Le voleur de Bagdad (1924) de Raoul Walsh
Tout en n’étant pas une adaptation d’un conte des mille et une nuits, Le Voleur de Bagdad raconte précisément l’histoire d’un voleur libre et rigolard dans l’orient des califes transpercé par l’amour qu’il porte à la princesse au point de se dépasser et devenir un héros pour la conquérir.
Le Voleur de Bagdad est un film muet de 1924 de Raoul Walsh. Mais Walsh ne fut sans doute pas le principal visionnaire de ce conte. C’est son ami et star Douglas Fairbanks et le directeur artistique William Cameron Menzies qui oeuvrèrent le plus pour le film. Egalement auteur de l’adaptation, Fairbanks est la grande vedette de ce swashbuckler passant la moitié du métrage torse nu avec un sourire et un rire ravageurs et des postures de géant. Il fait de son corps un objet aérien, sautant avec élégance au travers de rampes, balcons et autres murs.
William Cameron Menzies quant à lui, qui officiera plus tard dans Autant en emporte le vent, dresse des décors à la hauteur des enjeux qui se jouent (la bataille des prétendants pour une princesse et accessoirement, le contrôle de Bagdad). Dans un format presque carré, la plupart des décors sont incroyablement verticaux et fastueux. Ils écrasent les personnages comme si le spectateur regardait un opéra. Dans ce blockbuster à deux millions de dollars, ce qui en 1924 est une sacré somme, les changements de décors sont incessants. Il ne se passe pas cinq minutes (vraiment) sans que nous découvrions un nouveau et impressionnant tableau, Bagdad et son palais en tout premier lieu mais aussi celui d’un roi mongol, d’autres dans les profondeurs des océans et dans les nuages lunaires. Dans les plans plus rapprochés, ce sont les costumes, barbes et épée qui prennent de la hauteur : stylisé à outrance, Le voleur de Bagdad est visuellement impressionnant (pour peu qu’on ne soit pas hérmétique au muet et à des films qui, malgré tout ce qu’on pourra en dire, font leur âge).
A décors multiples, péripéties multiples : à la première partie, presque d’exposition comparée à la suite, où le héros, incroyant et égoïste, se remet en question en se tournant vers la religion et un imam bienveillant, survient une chasse aux trésors frénétique où les morceaux de bravoures s’accumulent sans temps mort et où les effets spéciaux (le tapis volant), les transparences (le pouvoir d’invisibilité) rendent le spectacle étonnant. Je pense que les enfants adoreraient sincèrement. Voir Fairbanks sautant à travers les flammes et les monstres, courant dans des décors immenses renvoient directement au jeu Prince Of Persia. En fait, cette variété d’épreuves, le rapport hauteur du décors/hauteur du personnage très élevé, impensable sur une telle durée de nos jours, l’expressivité et les postures exagérées des acteurs propre au muet préfigurent le style des jeux de plate forme type Super Mario.
Aux côtés de Fairbanks, il y a la princesse interprétée par Julanne Johnston mais il y a surtout son esclave/traitre Anna May Wong, actrice américaine d’origine chinoise, crèvant extraordinairement bien l’écran et au look ovniesque. Dans un Hollywood encore habitué à grimer les blancs pour les transformer en minorités visibles, l’actrice put hériter de rôles où une asiatique était requise, de quoi lui donner une notoriété inespérée à l’époque. Dans Le Voleur de Bagdad, elle est remarquable en traitresse, ou patriote selon le camp.
Attention toutefois à la version : celle, gratuite, sur archive.org semble être un enregistrement avec logo et sous-titres en espagnol. L’image m’a paru correcte quoiqu’en voyant des photos de tournage, c’est plutôt médiocre en fait. Plus embarrassant, la musique est une partition très insipide à l’orgue (datant de 1974 d’après le générique) alors que d’autres versions restaurées ont repris les partitions originales, bien meilleures d’après dvdclassik.













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