Le Signe de Zorro (1920) de Fred Niblo

Star du cinéma d’aventure, l’inventeur plus ou moins du Swashbuckler au cinéma, le virevoltant Douglas Fairbanks s’empare de la légende de Zorro. Je connaissais le Douglas Fairbanks bondissant, il fait ici des merveilles dans ce Signe de Zorro, mais le double rôle Zorro/Diego permet de voir Fairbanks sous un angle comique inattendu. Don Diego ne peut révéler son identité secrète et donc révéler son amour à Lolita (Marguerite De La Motte). Toutefois, ses allures de minet, ses mouchoirs livrent un sous-texte homosexuel assez gonflé surtout quand il n’accepte un mariage que par dépit : »My father insists that i get married. It’s an awful nuisance… but i suppose one must please one’s father ». Les intertitres sont d’ailleurs parmi les plus drôles que j’ai lus dans un film muet. Le secret de Don Diego ne serait donc pas d’être Zorro mais d’être gay !

Sa relation avec son père, qui considère Diego comme un faible, est également intéressante. Fairbanks trouve les mines les plus justes et touchantes dans les scènes plus graves, parfois assez douloureuses. Et évidemment, il est un Zorro crédible et magnifique. Peu avant sa première apparition, quand Diego sort d’un bar dans l’ombre, de dos avec son manteau noir, il est déjà Zorro. Il est même un Zorro quelque peu frivole au début et assez peu concerné par le sort des pauvres si ce n’est par son discours (un politicien quoi) mais arrange tout sur la fin en ralliant à sa cause les nobles de Californie (!). Moment drôle, ou cynique : quand il part libérer ses alliés et sa belle de prison, il ne libère pas tous les prisonniers de la cellule, les laissant à leur triste sort !

Derrière la caméra, Fred Niblo laisse Douglas Fairbanks assurer le spectacle mais impose quelques scènes excellentes typiques de l’époque d’où peut jaillir une violence inattendue (les coups de fouet sur le moine) et un travail sur les ombres ici très réussi. Accusant parfois son âge, nanti d’une musique un peu kitch, Le Signe de Zorro avec son joli dernier moment romantique (avec un baiser « au mouchoir ») est un bon film d’aventure, à voir pour un Douglas Fairbanks « total ».

Par Pascal
Commenter23 juillet 2010
Catégories : Articles, Cape et d'épée, Cinéma

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