Le Premier Jour du reste de ta vie
Un prĂŞt de DVD inattendu m’a fait regarder il y a un mois un film de Sophie Fillière avec Emmanuelle Devos : Gentille. AurĂ©olĂ©e de critiques fort flatteuses Ă sa sortie en 2005, Sophie Fillières est considĂ©rĂ©e comme une auteur fantaisiste mĂŞme loufoque Ă l’image du nom de l’hĂ©roĂŻne de Gentille : Fontaine Leglou.
Le problème de Gentille est que sa mise en scène est d’une platitude sidĂ©rale si bien que si on peut rire ou sourire, tout sonne faux. La rĂ©alisatrice semble se reposer uniquement sur le talent certain de ses interprètes ainsi le monologue de Michael Lonsdale mais il ne faut attendre aucune Ă©motion, aucune rĂ©flexion un tant soit peu juste. Ce n’est pas du cinĂ©ma. Tout au plus un tĂ©lĂ©film s’achevant sur un long et inattendu (et involontaire?) placement publicitaire pour les vĂŞtements North Face et agrĂ©mentĂ© de scènes de nuditĂ© gratuites et surtout d’une fouille de matière fĂ©cale, Fontaine y cherchant sa bague de fiançaille qu’elle avait avalĂ©e. De cette longue sĂ©quence ni drĂ´le ni touchante mais en fait profondĂ©ment con, rien de nous est Ă©pargnĂ©. John Waters aurait aimĂ© mais rien dans le contexte ne justifie ce moment (une simple ellipse avec la bague au doigt suffisait) si ce n’est de la provocation vulgaire et toc. Il y a peut-ĂŞtre quelque chose de cĂ©rĂ©bral qui m’Ă©chappe. Et puis c’est loufoque… Le film a fait 47000 entrĂ©es. C’est un certain cinĂ©ma français.
Trois mois avant ce film sortait Ma Vie en l’air de RĂ©mi Bezançon, une comĂ©die romantique lumineuse. Avec son nouveau film, Le Premier Jour du reste de ta vie, Ă©galement aurĂ©olĂ© de critiques flatteuses, RĂ©mi Bezançon continue de nous faire croire que le film d’auteur, puisqu’au fond il Ă©crit et rĂ©alise, n’est pas toujours consternant.
Il y a une mĂŞme scène qui aurait pu ĂŞtre totalement idiote dans Le Premier Jour du reste de ta vie, c’est lorsque Fleur qui vient de faire une gâterie Ă son copain file au toilette pour cracher mais tombe sur les parents du copain. Et pourtant, on rigole franchement. Ca doit ĂŞtre la mise en scène.
A première vue, ce titre, est de ces saillies rĂ©chauffĂ©es façon slogan de 68 pour ados gentiment torturĂ©s, quelque chose d’Ă©culĂ© en somme qui ne donne pas nĂ©cessairement envie. C’Ă©tait une grossière erreur, le Premier Jour du reste de ta vie est un film rĂ©jouissant.
Le titre trouve sa justification par la construction du film puisqu’il narre cinq journĂ©es d’une famille, les parents et leurs trois enfants, sur douze ans, chacune des journĂ©es Ă©tant centrĂ©e sur un des protagonistes. IllustrĂ© par la chanson Ă©ponyme d’Etienne Daho, le rĂ©alisateur RĂ©my Bezançon assume mĂŞme le cĂ´tĂ© ado torturĂ© puisque c’est Fleur, la cadette, alors âgĂ©e de 16 ans qui Ă©crit le titre dans son journal intime !
Pour son deuxième film, RĂ©mi Bezançon s’attaque Ă la chronique familiale et de fort belle manière. Il est certain que le film a de fortes tonalitĂ©s nostalgiques sur les annĂ©es 90 et l’auteur s’amuse Ă dissĂ©miner des moments collectifs forts sans pour autant chercher le consensus facile ainsi l’humiliation de la disqualification de 1994 que la victoire de 1998 mais aussi la mort de Kurt Cobain et le grunge, l’affaire Monica Lewinsky / Bill Clinton. Il est sur que le film va bien fonctionner chez le trentenaire moderne et qu’on pourra trouver ça facile. Et donc j’ai marchĂ©.
Mais le film ne se limite pas Ă ces très courts instants et s’en dĂ©tache mĂŞme pour nous conter une très touchante histoire de famille. Si on n’est pas obligĂ© de se retrouver dans un personnage en particulier, si le film n’Ă©chappe pas Ă certaines simplifications, aucun moment n’est ratĂ©. Le long mĂ©trage demeure ainsi d’une belle justesse et nous raconte avec de la nostalgie mais aussi de la luciditĂ© la fin de l’enfance mais aussi la transmission, la mort et tout simplement tous ces liens aussi Ă©vidents mais si complexes que ceux entre frères et soeurs, parents et enfants.
Et l’apport de RĂ©mi Bezançon ne s’arrĂŞte pas Ă un scĂ©nario habile. Le jeu des ellipses et des flashback est très important pour chaque protagoniste Ă l’image de cette rencontre dĂ©cisive pour le frère cadet lors d’une soirĂ©e avec une fille dont il perd bĂŞtement le numĂ©ro. C’est aussi très ludique pour le spectateur qui se retrouve Ă interprĂ©tĂ© ces ellipses. RĂ©mi Bezançon a donc soignĂ© sa mise en scène aussi notamment dans son approche de chacune des journĂ©es (comme on peut le lire ici). Rien de rĂ©volutionnaire mais c’est rĂ©flĂ©chi et cohĂ©rent.
Et de cette rĂ©ussite sur la forme comme sur le fond avec des comĂ©diens formidables ressort des moments inoubliables et nombreux que ce soit dans la comĂ©die ou le drame. Pour la comĂ©die, l’après-midi que passe le père avec ses deux fils maintenant adultes en est un exemple frappant d’autant plus qu’il est difficile de transmettre au spectateur les « dĂ©lires » d’une bande de potes ou d’une famille. Quant Ă l’Ă©motion, aucun pathos mais de l’attendrissement et de la tristesse. Je retiendrai le face Ă face bouleversant entre Fleur et elle-mĂŞme plus jeune (la très jeune actrice, dont je n’ai pas retrouvĂ© le nom, est formidable) et cette porte se fermant sur cette dernière signe simple mais si beau de la fin de l’enfance. Et enfin, il faudra ĂŞtre très insensible pour ne pas craquer lors de cette ultime sĂ©quence en solitaire de Marie-Jeanne (Zabou Breitman) dans la voiture. Finalement, Le Premier Jour du reste de ta vie, c’est un beau film. Et un beau titre.
Par Pascal 3 commentaires27 juillet 2008 Catégories: CinĂ©ma


3 Commentaires Add your own
1. gabrielle | août 23rd, 2008 at 5:17
Bonjour
Le nom de la fillette (Fleur Ă 10 ans) est Nina Rodriguez, j’ai retenu ce nom.
2. Pascal | août 23rd, 2008 at 7:53
Merci beaucoup pour cette info
3. Denis | novembre 29th, 2008 at 4:53
Bonjour! Juste pour anecdote le taxi jaune (une 405 Mi16 en fait repeinte…) c’est ma voiture! Du moins avant que je la revende. En effet elle a participĂ© au tournage donc je l’ai prĂŞtĂ©e, en Ă©change d’une peinture neuve Ă l’oeil! VoilĂ autrement j’espère avoir l’occasion de voir ce film notamment parce qu’on en dit grand bien! Salut!
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