Le Petit Nicolas
L’univers de Goscinny, et plus largement la bande dessinĂ©e, est rĂ©gulièrement malmenĂ© au cinĂ©ma. Avec un capital sympathie intact voire renforcĂ©, l’adaptation du Petit Nicolas Ă©tait plutĂ´t une gageure. Et le pari est plutĂ´t rĂ©ussi et le film est en plus un succès, ce qui n’est pas si Ă©tonnant au vue de sa couverture mĂ©diatique. Outre la promo très lourde, mais habituelle, ces dernières semaines, Le Petit Nicolas a bĂ©nĂ©ficiĂ© de beaucoup de publicitĂ© pendant la prĂ©paration et le tournage, TĂ©lĂ©rama ayant mĂŞme honorĂ© le film d’une couverture plusieurs mois avant sa sortie.
Cette adaptation tient plus de l’hommage. Laurent Tirard ne s’est pas emparĂ© du sujet pour se l’approprier mais a cherchĂ© Ă rendre le plus palpable Ă l’Ă©cran le ressenti de ces nouvelles illustrĂ©es par SempĂ©. Du coup, Laurent Tirard soigne dĂ©cors, costumes et effets puis fait appel Ă Alain Chabat, sans doute celui qui a le mieux rĂ©ussi l’adaptation une adaptation de Goscinny avec Asterix : Mission ClĂ©opâtre, pour les dialogues.
Figure imposĂ©e : les prĂ©sentations. On ne pĂ©nètre pas dans le monde du Petit Nicolas comme si tout le monde le connaissait. Les livres se vendent toujours bien mais pour beaucoup dont moi, le Petit Nicolas, c’est surtout un souvenir d’une lecture d’enfance. Nicolas doit donc nous raconter sa vie et son entourage. Et c’est très rĂ©ussi. En une poignĂ©e de minutes, ses amis, ses parents, le surveillant, la maĂ®tresse, le patron de son père sont tous très bien caractĂ©risĂ©s et le charme opère. Le gĂ©nĂ©rique qui succède Ă cette prĂ©sentation est vraiment joli avec une excellente musique et thème musical signĂ©s Klaus Badelt (protĂ©gĂ© de Hans Zimmer, il est Ă©galement compositeur sur des blockbusters comme Pirate des CaraĂŻbes). Autant dire qu’on est dans de bonnes dispositions dès le dĂ©but.
Le film de Laurent Tirard tient la route (de la comĂ©die) pendant toute son 1h30. Le metteur en scène compile plusieurs histoires avec un fil conducteur (le petit frère), assez naturellement au fond puisque Le Petit Nicolas est une sĂ©ries de petites nouvelles. La reconstitution, ou plutĂ´t la reprĂ©sentation, des annĂ©es 50 (60 ?) est colorĂ©e et joliment dĂ©suète. Et lisse pourrait-on dire, nous sommes bien dans la fantaisie et pas dans l’Ă©vocation rĂ©aliste d’une Ă©poque rĂ©volue. Au-moins, le poids de la nostalgie (c’Ă©tait mieux avant) ne risque donc pas de nous Ă©crase. Quelques biens pensants grincheux et autre partisans de la Halde s’alarmeront peut-ĂŞtre et verront dans cette adaptation une Ă´de Ă la (vieille)-France d’avant forcĂ©ment nausĂ©abonde. Et nous dĂ©couvrons pas contre des enfants dynamiques et amusants en culottes courtes et cravates. La troupe de gamins est vraiment attachante et très bien interprĂ©tĂ©e. Laurent Tirard tire le meilleur des enfants sans forcer dans le cabotinage. Mon prĂ©fĂ©rĂ© est peut-ĂŞtre Clotaire/Victor Carles, vraiment naturel, hilarant quand il passe le test de Rorschach.
La visite mĂ©dicale a d’ailleurs quelque chose d’absurde. Et avec un peu de recul, on peut oser dire qu’on retrouve un peu l’esprit de dĂ©rision de Goscinny transcrite au cinĂ©ma : un peu d’absurditĂ© tendre tout au long du film entre les quelques sĂ©quences autour du gosse de riche Geoffroy et son valet ou tout simplement des parents de Nicolas. Laurent Tirard s’amuse Ă©galement avec quelques astucieuses mises en abĂ®mes (le magazine Pilote et la recette de la potion magique) et mĂŞme un camĂ©o (un personnage d’un film rĂ©cent Ă très grand succès apparaĂ®t trois secondes) qui m’a fait Ă©clater de rire. Enfin, On rit beaucoup avec les diverses catastrophes de chacun : la tĂ©lĂ©vision, le dĂ®ner avec le patron, les lignes Ă copier… Et sans ĂŞtre vraiment dĂ©veloppĂ© au delĂ de la description initiale de Nicolas, chaque acteur adulte a sa chance. Si on peut donner une mention spĂ©ciale Ă ValĂ©rie Lemercier, je n’oublierai pas le visage catastrophĂ© de Sandrine Kiberlain, l’institutrice, quand on lui annonce qu’elle devra prĂ©parer un spectacle avec sa classe pour la venue du ministre !
A vrai dire, vu l’Ă©tat actuel de notre cinĂ©ma, vu les comĂ©dies françaises qui cartonnent (Neuilly sa mère…), on pouvait difficilement espĂ©rer mieux que ce film sincère et vraiment drĂ´le. Une surprise pour moi, mĂŞme si j’avais dĂ©jĂ aimĂ© Molière et Mensonges et trahisons et plus si affinitĂ©s.

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