Le Nom de la rose

Revu le 15/1 en DVD

En 1327, un moine franciscain et son élève sont invités dans une abbaye pour résoudre la mort étrange d’un moine. Les morts ne tardent pas à s’accumuler.

Vu l’époque, on peut difficilement ne pas parler de la reconstitution. Le souci de réalisme qui émane du film, confirmé dans le making-of du dvd, est transcendé par une vision sans détour de l’époque. Le casting est constitué d’une multitude de gueules. Les moines sont pour la plupart maquillés/enlaidis, terriblement superstitieux, limités et effrayés à la moindre évocation du diable ou du démon. Jean-Jacques Annaud transforme ce monastère de l’Italie du Nord en une espèce de repaire des canards boiteux du monde. Et que dire des villageois autour du village, de la plèbe ? Entassée dans des petites maisons d’une pièce, affamés, ils sont tout juste bons à payer leur dû à l’abbaye, et accessoirement se prostituer. Ils ont aussi le verbe rare, limitant leur parole à des grognement et des rires gras : c’est l’état animal ou plutôt l’humain qui survit coûte que coûte.

Avec des décors sublimes et des images froides, le metteur en scène nous plonge dans un Moyen Age sans concession mais aussi très conflictuel où l’église est le moteur d’une culture immense, où le dogme s’oppose à la connaissance (on pratique ainsi l’autopsie) en son sein. La bibliothèque labyrinthique de l’abbaye symbolise ce conflit interne : les moines y détiendraient de nombreux livres, avant Gutemberg, mais son accès est réduit à deux personnes !
Annaud fait jouer ce conflit à plus haut niveau : l’abbaye est ainsi une arène où vont s’opposer ces deux faces de l’Eglise alors que doit se dresser une importante rencontre entre les représentants du pape et ceux du courant Franciscain :« L’important n’est pas de savoir si Jésus est pauvre mais si l’Eglise doit l’être ».

Au-dessus de cette triste mêlée se trouvent quelques esprits plus vifs : un moine aveugle justement aveuglé par le dogme :« j’ai entendu rire de choses risibles… » et un responsable qui voudrait être volontiers plus conciliant mais écrasé par la médiocrité et la haine ambiante (excellent Michael Lonsdale). Enfin, les visiteurs extérieurs vont s’opposer. D’un côté, nous trouvons un juge de l’Inquisition. En donnant l’impression d’être parfaitement conscient des moyens qu’il emploie sans aucune trace de ferveur mystique, F. Murray Abraham est profondément terrifiant, adepte des méthodes sordides et des jugements hâtifs pour rétablir rapidement l’ordre et l’autorité de l’Eglise en ces périodes troublées où les tensions sont nombreuses. L’époque du film et du roman original de Umberto Eco ne sont pas neutres. Nous sommes dans un siècle de troubles religieux (Avignon devenant la cité papale) où des courants s’opposent au fonctionnement de l’Eglise parfois très violemment et où l’Inquisition devient facilement expéditive.

Au moine inquisiteur s’oppose un duo classique maître/élève. Avec obstination et orgueil, le maître Guillaume de Baskerville (Sean Connery), lui-même ancien juge de l’inquisition qu’il a même cautionné, se démarque de ce monde de superstition par une quête de la vérité. Témoin de l’histoire, l’élève Adso (Christian Slater) est un peu le point de vue du spectateur. Il se confronte au dogme et demande son avis au maître sur cette époque et ses codes mais aussi sur ses sentiments dont l’amour. De leurs discussions découlent des commentaires parfois très pertinents (et amusants).

La raison de l’affrontement est cette enquête sur les morts fort suspectes au sein de l’abbaye. Le Nom de la rose est au-moins autant un thriller qu’un film historique. Ce thriller est captivant et parfois même ludique : s’il ne lui ai pas permis de rire, Baskerville cache difficilement sa jubilation à résoudre l’enquête qu’on lui a soumis et son enthousiasme à percer les mystères de la bibliothèque. A ce jeu, Sean Connery est superbe, développant un personnage qui donnera en partie le la de ses rôles à venir : un sage à la fois serein et parfois troublé, très souvent amusé par le monde qui l’entoure. Ses échanges avec Michael Lonsdale, lui-même très majestueux, sont un délice. Sean Connery est en plus ici un Sherlock Holmes du Moyen-Age (les allusions, parfois directes, sont multiples), un détective au service d’une enquête vive, pleine de rebondissements, qu’Annaud construit habilement avec un flash back explicatif assez étourdissant.

Je n’ai pas vu tous les films de Jean-Jacques Annaud (L’Amant et ses deux premiers films en fait) mais je pense que Le Nom de la Rose est bien son meilleur film.

Anecdote personnelle que je me dois bien de révéler près de 20 ans après ma première vision de cet excellent film : il y a une scène de sexe inattendue et très brute. Elle constitue un de mes émois adolescents les plus forts sur une pellicule et c’est une des raisons qui m’ont fait aller voir Sa Majesté Minor en salle. Je fus, un peu, déçu de ce côté. L’âge mais aussi, disons, la multiplication des canaux d’accès à ce type de « programme », m’ont sans doute rendu légèrement plus blasé…

nomdelarose

 Par Pascal     Commenter25 janvier 2009    Catégories: Articles Cinéma

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