Revu le 1/1/2008 en DVD enregistré
Film français (1973) de Philippe de Broca avec Jean Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Hans Meyer, Jean Lefèvre, Monique Tarbès…
Bob Sinclar (Jean Paul Belmondo, oui j’écris Sinclar, voilà) ne résout pas les problèmes de son temps aux quatre coins du monde, il les expédie. Agent séducteur et vraie machine à tuer légèrement parano, pianiste virtuose à ses heures, il est le héros macho et grandiose par excellence. Une sorte de James Bond ou plutôt de SAS. Ca tombe bien, Bob Sinclar n’existe pas, il est le héros d’un roman de gare. Son auteur, François Merlin (toujours Belmondo), est tout le contraire de Bob et achève péniblement son 43è roman.

Film qui a bercé mon enfance, Le Magnifique est une immense comédie aussi bien dans la « vraie » vie que dans celle imaginée par Merlin, ce « magicien » luttant contre les « boutiquiers », son éditeur (Vittorio Caprioli) entre autres. Sa vie pourrie nous rappelle que déjà dans les années 70, les problèmes des parigots étaient déjà les mêmes que maintenant : le divorce, les plombiers et électriciens qui ne viennent pas, la circulation, la pluie, le bruit, la machine à écrire, ordinateur antique, qui ne marche pas, les éditeurs/intellos à la con, les études de sociologie bidons…
Dès lors, la vie rêvée de Merlin n’est que le résultat de ses frustrations, de son humeur ou de ses influences (comme celle de son fils) qu’il exacerbe à travers des situations souvent très violentes et gores : Merlin a conscience de ce qu’il écrit et ne s’en cache pas. La mise en scène de Philippe de Broca, astucieuse et très précise, superpose les séquences réelles/imaginaires pour aboutir à un dernier acte complètement fou. Ces enchaînements aussi efficaces que drôles permettent la multiplication des moments d’anthologie (la perte de la lettre « R », les cinq interprètes), les outrances parsemées de nombreux détails et dialogues géniaux et une musique mémorable. De Broca s’amuse aussi en ajoutant d’autres mises en abîmes, « Vous seriez pas dans le cinéma ? » demande t’on à Merlin. Et il se moque de Christine/Tatiana (Jacqueline Bisset) dont la thèse de sociologie n’intéresse personne et passe finalement à côté de son sujet : Bob Sinclar n’a rien de magnifique. Ce n’est pas ce héros sublimé, ce « bien bel homme » évoluant dans des décors de rêves. C’est la vulgarité et l’exubérance qui l’emportent. Bob Sinclar est bien le reflet du monde merdique dans lequel on vit et au coeur d’un film au déroulement de plus en plus absurde, fou (le montage est plus rapide) et finalement pathétique. Et hilarant. Le magnifique est bien un film sur l’acte d’écrire mais centré sur l’auteur lui-même et non l’objet du livre.
Merlin devient lui-même notre propre reflet, l’homme moderne perdu et cherchant un exutoire. Et le film parodique devient naturellement une jolie comédie romantique avec une héroïne naïve, Christine, pas plus prise au sérieux que Merlin. Cette approche et cette réussite imposent un important travail d’écriture. De gros calibres sont à l’oeuvre : Philippe De Broca, Vittorio Caprioli, Jean Paul Rappeneau et Francis Veber. Un désaccord sur le traitement de l’histoire fit cependant qu’aucun d’eux ne fut crédité au générique ! Malgré tout, scénario, mise en scène et montage sont maîtrisées. Et pour transcender cette comédie, il y a Jean Paul Belmondo aussi immense que le film, se jetant voracement dans l’auto-dérision à tous les niveaux. Entouré par une troupe d’acteurs talentueuse jusqu’au plus petit rôle (le policier magnanime, l’électricien joué par Jean Lefèvre), il construit tout simplement sa légende. Son tandem avec Philippe de Broca, si on oublie (et encore il faut connaître) leur ultime collaboration pour Amazone, demeure un des grands moments de notre histoire cinématographique.
Le Magnifique est la comédie d’espionnage qu’il faut garder précieusement aux côtés du Grand Blond avec une chaussure noire, autre grande comédie parfaitement maîtrisée. De A la poursuite du diamant vert au récent Harold Crick ou même un peu Narco, on a revu ces « livres dans le film » mais Le Magnifique n’a jamais été dépassé. Et même si OSS 117 a redonné un peu d’espoir, le cinéma français ne semble plus pouvoir faire ce genre de film.







