Vu le 23/11/2006 à l’UGC Danton Salle 2 en VO
On peut aimer le roman éponyme (ainsi que toute son oeuvre) de James Ellroy pour de nombreuses raisons. Les plus évidentes seraient l’intrigue pleine de mystères sur le meurtre sanglant et jamais élucidé d’Elisabeth Short et l’obsession de certains personnages du livre, en plus de l’auteur, pour ce célèbre fait divers.
Mais c’est un roman difficile à adapter parce qu’on peut aussi l’adorer pour son style vif et addictif, qui donne l’envie voire le besoin de lire le livre d’une traite, pour sa grande brochette de personnages troubles et sa multitude d’anecdotes glauques et lucides, pour ses références à des personnages existants… autant de détails, annexes mais sans doute essentiels, qui font du Dahlia Noir un grand roman noir et autant d’éléments qui sont complexes (impossibles?) à porter à l’écran.
Le scénario de Friedman passe donc outre et se concentre dans sa plus grande partie sur quelques personnages. Quant au réalisateur, aidé par un casting quatre étoiles centré autour d’un Josh Hartnett inattendu mais tout à fait à la hauteur (et peut-être plus), le metteur en scène fait donc du cinéma.
Son cinéma : l’amateur ne sera pas dépaysé. On retrouve vite un côté un peu cru et voyeur avec toute une scène en caméra subjective et avec toujours une fenêtre ou un rideau sépare la caméra des couples folatrant quand ce n’est pas un film dans le film comme toutes les images assez dérangeantes d’Elisabeth Short (Mia Kirshner, superbe) passant des castings.
Le règlement de compte dans l’immeuble, très découpé et géométrique, rappelle celui des Incorruptibles et il y a même un moment grandiloquent et théâtral lors d’une confrontation furieuse avec les Linscott.

L’aspect visuel est également très soigné. L’intrigue de ce Dalhia Noir est bien menée et rarement confuse. Le style du réalisateur se fond très bien dans le Los Angeles d’après guerre, un Los Angeles luxueusement reconstitué avec des costumes et des voitures superbes, des rues, des appartements et des bars lesbiens clinquants parfaitement photographiés. Des plans lisses, très beaux qui nous montrent paradoxalement l’envers du décors, la vérité poisseuse que décrivait Ellroy, d’où se discernent peu à peu les fissures des principaux protagonistes à l’image de ce jeu de miroirs dans la salle de bain de Kay où Bucky (Josh Harnett) fait une découverte embarrassante ou ce féroce combat de boxe superbement orchestré et narré par Bucky.
Le Dahlia Noir est donc un bon film simplement parce que De Palma s’est approprié l’histoire d’Ellroy et a cherché à faire du cinéma. Une des raisons sans doute pour laquelle l’écrivain a aimé cette adaptation.

