L’Aube Rouge (1984) de John Millius

Quelques encarts furtifs nous placent dans l’uchronie : Europe écolo sans armes nucléaires, OTAN dissoute, révolutions dans les pays d’Amérique centrale… et une union soviétique au bord de la famine qui tente une fuite en avant. Cela rappelle d’ailleurs le point de départ du roman Tempête Rouge de Tom Clancy où, privée de gros approvisionnements en pétrole, l’URSS se résout à déclencher une offensive en Europe.

Après un court générique, on voit deux frères qui vont à l’école dans une ville du Colorado. En pleine classe, les parachutistes russes tombent du ciel et sèment la désolation. Les deux frères et quelques collègues vont alors se cacher dans la montage. C’est l’art d’aller droit au but en quelques minutes. Le réalisateur John Millius ne s’embarrasse pas de longues expositions des personnages et nous précipite rapidement dans l’invasion puis la résistance.

John Milius ne s’intéresse pas vraiment à la grande Histoire mais préfère se concentrer sur ce groupe d’adolescents qui décident de résister à l’envahisseur. Et dans le genre, je crois qu’on peut difficilement faire plus patriotique. L’Aube Rouge est vraiment porteur des grandes valeurs de l’Amérique que ce soit dans l’évocation de la chasse (on boit le sang de la bête qu’on a tué) que dans l’héroïsme exacerbé. Le groupe de teenagers n’est pas en effet L’Armée des Ombres mais une bande armée revancharde qui signe ses actes (Wolverine, la mascotte de leur école) au fil de ses nombreuses victoires.

Nombreuses en effet, L’Aube Rouge est sorti en 1984 ce qui n’est pas si lointain. Il fut considéré comme un film très violent au point d’être au Guinness Book of Records d’après Wikipedia ! Rien de bien méchant en fait mais il est vrai que les escarmouches et actes de guérilla s’accumulent. Les pyrotechniciens ont du beaucoup s’amuser et du coup l’amateur devrait largement trouver son compte dans ce récit quelque peu binaire. Car dans L’Aube Rouge, les russes sont très méchants, le véritable ennemi de l’amérique. Les américains sont gentils et valeureux façon all american hero avec sens des responsabilités et du sacrifice autour d’un gamin (Patrick Swayze) qui est aussi (évidemment ?) le quaterback de son bahut.

Il y a aussi un grand sens de la stratégie puisque les gamins tuent un grand nombre de soldats et provoquent des dégats importants sans vraiment subir de grandes pertes. Quand ils retrouvent un pilote de l’US air force échappé de son avion qui s’écrase, celui-ci leur dit qu’il a abattu quatre avions ennemis avant d’être touché à son tour. On se demande presque comment les US peuvent perdre alors qu’une dizaine tout au plus de gamins, dont le seul avantage est de connaitre le terrain (c’est bien sur non négligeable), déjoue fort longtemps l’armée d’occupation !

Bien que peu exploitée, la réponse est sans doute à chercher dans cette défiance envers l’autorité, thématique assez récurrente dans les années 80. Outre, l’abandon des états (l’Europe est neutre dans le conflit – et on pourrait presque voir dans ces révolutions dans les pays du sud qui se retournent contre les US une certaine justification de l’interventionnisme), le seul personnage américain qui a une autorité légale (le maire) est impuissant face à l’ennemi. C’est l’américain seul et armé que Milius loue, celui qui agit, a parfois des scrupules mais fait son devoir, des choses importantes et qu’on comprend de moins en moins de nos jours. Milius pointe peut-être du doigt notre société de consommation avec des générations de jeunes plus préoccupés par leur nombril que ce questionnement. Dans ce cas, son film est presque porteur d’espoir.

L’Aube Rouge illustre souvent ce propos par un style un peu trop glorificateur et même pompier pour être totalement convaincant, sans être déplaisant loin s’en faut. Dans cet esprit de sublimer la force de l’Amérique et sa jeunesse, il n’est pas étonnant que John Milius n’évoque que très peu l’aspect macro du conflit ni même son issue, dévoilée implicitement grâce à un monument aux morts, puisque celle-ci ne fait aucun doute. Le metteur en scène évite cependant de donner une vision idyllique de cette résistance. La mort, la trahison, les exécutions, le meurtre de sang froid sont aussi le lot de ces gamins devenus trop rapidement soldats. Malgré la condition étrange des femmes dans le groupe, égales des hommes mais assez hystériques dans un environnement relativement asexués (on est plus dans l’admiration et l’amitié), les séquences au sein du groupe sont bonnes, souvent douloureuses quand elles ne bouleversent pas notamment lors d’un suicide déchirant à la grenade.

Au final, je suis content d’avoir pu découvrir ce film que je voulais voir depuis quelques temps et sans m’attendre à un chef d’oeuvre et certainement plus profond qu’un film bourrin. On retrouve en outre quelques jeunes acteurs comme le couple Patrick Swayze/ Jennifer Grey avant Dirty Dancing ainsi que Charlie Sheen, déjà au cœur de la guerre une poignée d’années avant Platoon. J’ignorais par contre que l’histoire originale était de Kevin Reynolds, qui réalisera plus tard Robin des Bois et Waterworld.

Par Pascal
Commenter4 avril 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Guerre

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