L’Armée des Ombres (1969) de Jean-Pierre Melville

Jean-Pierre Melville filme la Résistance après l’arrivée inexorable des allemands en France (la première scène qui envahit littéralement l’écran illustre l’invasion ; Melville hésita à mettre à la fin du métrage jusqu’à la sortie du film) et la lutte d’une poignée de français d’horizons divers mais guidés par une abnégation et une volonté de vivre. Dans L’Armée des Ombres, il est bien question de vie, ou plutôt de survie. Le réalisateur ne décrit pas un héroïsme éclatant et des actions spectaculaires, comme des sabotages, que nous verrons pour ainsi dire pas. Tout juste parle t’on de réseaux et de ravitaillement. Le reste n’est qu’mprisonnement, torture, évasion, double-vie et secret absolu, même auprès de ses proches.

Surtout auprès de ses proches : la cause transcende ces êtres. Ils passent à l’acte pour celle-ci : le parcours de Philippe (Lino Ventura) évoque constamment la prise de conscience de ce dépassement à travers les meurtres ou le saut en parachute. Ils prennent tous les risques pour se sauver les uns les autres mais n’hésitent pas non plus à se sacrifier, ou sacrifier, pour protéger le groupe. Cet engagement total, et son implacable fin (la mort) est la plus belle illustrations de l’héroïsme et de la résistance à l’adversité.

Pour évoquer cet engagement et cette volonté de (sur)vivre face à l’occupant, Melville réalise des scènes épurées tout en nuances de gris, bleu et vert en y insufflant une tension permanente, qui arrive par surprise (le contrôle dans le métro ou l’enlèvement par la gestapo d’un résistant en pleine rue) ou qui est étiré jusqu’à l’insoutenable (la venue dans la prison de Lyon et le bruit stressant des portes qui s’ouvrent et se ferment). L’escapade en Angleterre, protocolaire (De Gaulle) et touristique (cinéma et visite), fait figure de court bol d’air.

Et au fil des visions, c’est l’impression que chaque scène compte des premières scènes dans un camp de prisonnier jusqu’aux dernier instants, considérés parfois comme onirique, et ce visage insondable et bouleversant de Mathilde (Simone Signoret). Porté par un casting exceptionnel, L’Armée des Ombres est un des plus beaux films que j’ai vus, sans doute le plus important sur la Résistance durant l’occupation.

 Par Pascal     Commenter1 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Guerre

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