Largo Winch
Vu le 22/12/2008 Ă l’UGC George V salle 2
Il Ă©tait largement prĂ©visible de voir porter au grand Ă©cran la bande dessinĂ©e Largo Winch, l’enfant cachĂ© par son père qui l’adopta pour prĂ©parer la succession de son immense fortune. L’oeuvre de Jean Van Hamme et Philippe Françq a dĂ©jĂ fait l’objet d’une adaptation tĂ©lĂ©visĂ©e mais elle ne semble pas avoir laissĂ© de grands souvenirs. Si on sent le potentiel pour un film, voire toute une saga, l’adaptation peut s’avĂ©rer dĂ©licate notamment visuellement. Il y a par exemple ce moment dans la BD oĂą Winch laisse tomber les actes de propriĂ©tĂ© de son empire du haut d’une falaise. Très belle page de BD, terriblement rĂ©vĂ©latrice mais difficile Ă placer tel quel car trop invraisemblable.
Le metteur en scène JĂ©rĂ´me Salle avait donc prĂ©venu d’entrĂ©e Jean Van Hamme que son film, qui se fonde sur les premiers albums, allait prendre quelques libertĂ©s avec la BD. Ainsi l’alliĂ© Simon Ovronnaz passe Ă la trappe au profit d’un homme de main de l’ombre (impeccable Gilbert Melki) et un personnage de femme plus ou moins fatale interprĂ©tĂ©e par MĂ©lanie Thierry actrice superbe qui a le mĂ©rite d’avoir dernièrement tentĂ© sa chance dans des films fantastiques ratĂ©s (Chrysalis, Babylon A.D.) plutĂ´t que des films d’auteur ratĂ©s. Et il y a bien entendu Tomer Sisley qui n’a pas vraiment la carrure du personnage dessinĂ© par Philippe Francq. L’acteur très investi est Ă l’aise dans toutes les scènes. Il est un choix crĂ©dible qui se rĂ©vèle mĂŞme fort judicieux car son allure tranche « physiquement » avec l’empire qu’il est censĂ© diriger et impose naturellement un fossĂ©.
Fort d’un matĂ©riau de base plutĂ´t riche, le scĂ©nario est solide et dose bien les rebondissements, issus pourtant d’une très vieille marmite contenant notamment le coup de l’enregistrement en micro/camĂ©ra cachĂ©. Certaines scènes explicatives sont mĂŞmes assez captivantes (la description de l’OPA) et un humour pince sans rire ressort (« Je suis le mĂ©chant de l’histoire, – vous ĂŞtes parfait »). Il demeure quelques facilitĂ©s et quelques maladresses mais elles sont mineures. JĂ©rĂ´me Salle a pris quelques distances avec la BD mais il n’a cependant pu s’empĂŞcher de faire quelques clins d’oeil aux fans Ă travers l’apparition sans intĂ©rĂŞt de Miss Pennywinkle (dans les toilettes…) ou d’un majordome Ă la coiffure atypique. Ces deux personnages auraient gagnĂ© Ă ĂŞtre dĂ©veloppĂ©s. Peut-ĂŞtre pour une suite…
Le point faible de Largo Winch est l’action. Tomer Sisley affirma qu’après avoir montrĂ© son film Ă des distributeurs amĂ©ricains, ceux-ci croyaient Ă une production de 100 millions de dollars alors que le film n’en coĂ»ta que 34,3 (au taux du jour). Les scènes d’action sont pourtant très courtes, filmĂ©es de trop près (le premier combat est incomprĂ©hensible) et faites Ă l’Ă©conomie. JĂ©rĂ´me Salle Ă©voque souvent son tournage d’une course Ă pied (encore une cf ma remarque sur Quantum of Solace) dans les rue de Hong Kong sans autorisation et en Ă©quipe rĂ©duite. Cela se voit. Et en regard des standards amĂ©ricains actuels, sauter d’un bus n’est pas très spectaculaire. Reste un ultime combat très sauvage sur le toit d’un immeuble. C’est peu pour un rival de James Bond. Mais Largo Winch est moins frustrant que la dernière mission de l’agent de sa MajestĂ© et se rĂ©vèle bien supĂ©rieur dans les moments intimes. Car cet Ă©pisode de Largo Winch est avant tout une histoire de famille et du poids de l’hĂ©ritage surtout quand il est mal acceptĂ©. JĂ©rĂ´me Salle propose finalement un film assez rĂ©ussi dont on peut espĂ©rer une suite si le succès, plutĂ´t modĂ©rĂ© (Le film atteindra difficilement deux millions d’entrĂ©es en France), le permet.
Par Pascal Commenter10 janvier 2009 Catégories: Articles CinĂ©ma

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