Vu le 27/2/2007 à l’UGC George V salle 1
Tout concourt a faire de La Môme un film d’une grande qualité formelle avec des décors et costumes jamais envahissants mais vraies et luxurieux et indiquant subtilement les époques. L’image est également superbe magnifiée par la photo de Tetsuo Nagata jouant sur les ombres notamment sur l’entourage de Piaf. Je ne suis pas un spécialiste de cette discipline mais Nagata a vraiment un talent incroyable qui m’avait tapé dans l’oeil dans Laisse tes mains sur mes hanches de Chantal Lauby.
Ces qualités permettent au néophyte que je suis d’entrer élégamment dans La Môme et donc dans la vie d’Edith Piaf qui est bel et bien romanesque, de l’enfance au bordel au vieillissement, à l’épuisement, accélérée de l’artiste, de la carrière d’artiste accomplie à l’amour fou avec Marcel Cerdan. De cette vie, Dahan mélange la chronologie et en dégage des moments clé et des fulgurances logiquement montées en plan séquence. Celui de l’annonce de la mort de Cerdan où l’onirisme se mêle à la triste réalité, est beau et intense.
Le casting, riche, est évidemment au diapason. Au delà du sujet, et pour qui a vu l’intrigante bande annonce, ce n’est pas Piaf, presque muette, mais bien la présence de Depardieu en découvreur de talent qui convainc de voir le film. Son rôle est court mais décisif et précieux. Et il y a évidemment Marion Cotillard. Les quelques photos d’elle grimée et vieillie m’ont presque effrayé. Mais à l’écran, la magie opère totalement. L’actrice émerveille et émeut avec ou sans maquillage en étalant une gouaille jamais artificielle. Toujours dans un enthousiasme franc et presque enfantin, elle révèle l’artiste Edith Piaf dans des séquences émouvantes comme lorsqu’elle reprend vie en entendant pour la première fois Je ne regrette rien par son compositeur. Cette révélation d’une grande chanteuse est telle que Cotillard fait corps avec les chansons qu’elle chante en playback.

Les dernières scènes sont superbes du triomphe à l’Olympia aux images dans sa tête que Piaf ne veut pas voir. On ressort secoué. Quoiqu’on puisse connaître de l’oeuvre et de la vie d’Edith Piaf, pour ma part pas grand chose, la Môme et sa musique obsèdent.
La légende, enfin les notes de production, raconte que tout est parti d’un texto d’Olivier Dahan « Un grand film d’amour, musical, populaire, tragique et romanesque. Un sujet français, un film international, un grand film sur Piaf. ». La réussite est totale. L’homme qui voulait adapter Albator au cinéma et qui a pris des risques pour imposer sa vision du Petit Poucet signe son de très loin son meilleur film (bon je n’ai vu de lui que le Petit Poucet, assez bon, et Les rivières pourpres 2, assez mauvais). Olivier Dahan est parvenu à mettre en scène en France une biographie à la hollywoodienne stylée et visionnaire, un vrai film populaire. C’est presque une certitude, si la Môme était américain, il serait une sensation aux Oscars et Marion Cotillard triompherait. Le meilleur film français de l’année 2007 est donc sans doute sorti en février.

