Introduction à Indiana Jones 4
18 ans d’attente quand même. Je me souviens encore de mes séances d’Indy 3. La première au Kinopanorama à Paris 15, actuellement une salle de gym (si), à deux pas de chez moi puis deux fois d’affilée dans un cinéma de Montparnasse. J’avais douze ans. C’était quelques années avant que la salle de cinéma marque définitivement son emprise sur moi avec Jurassic Park (encore Spielberg) et Meurtre mystérieux à Manhattan (seul dans la salle un samedi après-midi).
Le fait d’avoir vu ce film au cinéma n’est sans doute pas étranger au fait que c’est mon préféré (j’ai peut-être vu le Temple Maudit au cinéma mais je ne m’en souviens pas). Voir un film dans une salle de cinéma me rend beaucoup plus indulgent et surtout plus émerveillé.
Que pouvais-je attendre au fond du nouvel épisode d’Indiana Jones ? Peut-être le retour en enfance que j’évoquais en voyant la bande-annonce.
Annonçons-le de suite : j’ai pris beaucoup de plaisir à voir Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal mais ce n’est pas le retour en enfance attendu mais bien un vrai et bon plaisir à revoir un héros au mieux de sa forme fusse t’il a priori dans le moins génial des épisodes de la série. Et toujours cette question qui revient : pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Sans aller jusqu’à faire des considérations philosophiques Bergsonnienne sur le temps, on peut quand même dire que celui-ci provoque généralement le vieillissement. Et les enfants d’Indiana Jones ont grandi dans un monde que l’on dit incertain et dans une société de plus en plus de consommation. Ils sont devenus un des fers de lance de toute cette vague de nostalgie auquel s’ajoute par opposition toute une caste de cyniques en tout genre dont l’oeil critique, « oh regarde j’ai plein de beaux arguments pour te dire que ce que tu aimes, c’est de la merde. », va de pair avec une immense auto-satisfaction.
Il n’en faudra pas plus pour en déduire qu’étant donné cette trop longue attente, Steven Spielberg, George Lucas et Harrison Ford ont voulu surfer sur cette mode, que l’entreprise est bassement mercantile et destinée à un public d’« adulescents » avide de plaisirs régressifs. Ce soupçon est évidemment confirmé par la personnalité même de George Lucas devenu l’iiiiiignoble producteur qui mange les enfants et veut transformer le monde en image de synthèse depuis la prélogie Star Wars et qui aura refusé tous les bons scripts, dont le fameux et magnifique script de Frank Darabont que peu ont cependant lu. Tout ça pour imposer des chiens de prairie dans un scénario mou du genou. Si on peut difficilement douter du succès du film, même si on pourra gloser dans les salons sur le fait que le film n’aura rapporté « que » 300 millions de dollars, le contexte n’est pas nécessairement propice.
Sur l’aspect commercial, Indiana Jones 4 a longtemps été évoqué et espéré depuis au-moins 1997. Ses principaux protagonistes ne l’ont jamais vraiment caché comme on ne nous cache pas en effet que ce nouvel opus a été fait pour les fans. C’est le cas du troisième film mais aussi du second. C’est un peu le principe d’une suite, on la fait pour le public : si Indy 1 avait été un four, nous n’en serions tout simplement pas là. De même que des réalisateurs comme Alfred Hitchkock ou Cecil B. DeMille accordait beaucoup d’importance aux recettes de leurs films, Steven Spielberg et George Lucas demeurent soucieux du succès de leurs créations. Mais c’est une escroquerie de vouloir assimiler Indy 4 à une pure et simple machine commerciale. A croire que ces vingt dernières années, de plateaux de télé en making-of, les principaux protagonistes du film ne désiraient voir se concrétiser un Indy 4 uniquement pour l’appât du gain ou pour redorer une carrière chancelante.
Sur le côté nostalgique, il faut bien se rendre compte qu’on ne regarde pas un film de Steven Spielberg comme on revoit un générique du club Dorothée. Je me suis trompé : Indiana Jones ne joue pas sur cette corde sensible du retour en enfance mais sur un plan plus profond cité plus haut : l’émerveillement. Il s’applique aussi bien à un chef d’oeuvre incontestable qu’à un bon film d’aventure comme Indy 4. Il n’est donc pas question de justifier son côté enfantin mais de se dire que les adultes ont lu et lisent encore les trois mousquetaires, Bob Morane ou Arsène Lupin. Plus que l’enfance, c’est l’aventure, l’évasion et l’héroïsme qui priment. Et le panache : celui qui fait qu’on saute d’une voiture à une autre lancée à pleine vitesse au coeur de la jungle sans se poser de question.
Au vu de l’attente suscitée et des inévitables critiques négatives, on pourra surtout regretter que le film ne soit pas sorti en 1996 ou avant, laissant l’espoir d’une autre suite et évitant les excès d’enthousiasme et surtout les excès d’amertume et de rejet.
Ceci était une longue introduction.


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