Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal – Commentaire
(voir aussi la longue introduction)
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal commence par un étrange monticule de terre en guise de représentation du logo de la Paramount puis vient une voiture très happy days en plein désert du Nevada avec de jeunes insouciants s’amusant à faire la course avec un convoi militaire rempli d’espions russes. Nous sommes dans les années 50, exit les nazis donc et bonjour les soviétiques, ennemis en quête d’un savoir absolu évoluant à travers une pensée collective : le must pour des communistes ! Notons que le parti communiste russe a condamné le film.
Cet ennemi emblématique colle parfaitement à l’esprit des années 50. Spielberg va plus loin en nous faisant traverser tout un pan de l’ambiance et de la culture de l’époque. C’est le temps de la chasse aux communistes et de la suspicion à grande échelle qui touchera même le héros Indiana Jones, devenu une cible privilégiée du FBI. Le metteur en scène parvient à recycler toute l’imagerie de l’époque à travers notamment deux grandes explosions : la première nucléaire au coeur d’un faux village restituant parfaitement l’american way of life et la seconde à partir du décollage d’une soucoupe volante. Et il y a cette séquence du bar. Dans des décors parfaits, le dialogue s’y déroulant est presque longuet mais la chute est hilarante puisqu’elle sera le théâtre d’une bagarre inattendue entre jeunes blousons noirs et jeunes teddies bleu. Outre la surprise, la séquence atteste que l’humour est bien présent dans le film.
L’aventure est aussi bien présente (avec en prime en plus une intrigante, mais peu développée, mise en abîme de l’archéologie). Se déroulant entièrement en Amérique, la saga reprend à son compte une légende ancrée dans notre imaginaire, l’Eldorado, la prolongeant d’un mythe plus contemporain qui a littéralement explosé à partir, justement, des fifties : l’intelligence extraterrestre. Assez astucieusement, le film joue avec un événement fantasmé à tendance conspirationniste à savoir Roswell. Cet approche nous conduit tout droit au « hangar secret des USA », relaté dans Indy 1, et donc à l’Arche d’Alliance tout en jouant sur le fait qu’Indy ignore totalement sa présence ! Un très bon clin d’oeil. La suite des découvertes reste dans la lignée des autres films : Tombes, squelettes, gardiens des secrets, objet clé aidant Indy (le crâne du film remplace en quelque sorte le journal dans l’épisode 3 et le médaillon dans l’épisode 1).
Indy 4 parle donc d’aliens. Et à quoi ressemblent t’ils ? A des aliens des fifties. Alors non ce n’est pas une bestiole de Tatopoulos mais ça reste cohérent avec l’ambiance posée. Et surtout, les auteurs désamorcent tout de suite ce qui aurait pu constituer un rebondissement un peu trop anticipé. Ils ont mis les pieds dans le plat en somme.
De la même manière, le film ne contourne pas la vieillesse de l’aventurier tout en évitant l’écueil de tourner celle-ci en dérision. C’est la force de l’interprétation d’Harrison Ford : il bondit, joue du fouet, se bat à mains nues et improvise presque toujours autant. Au fond, Indiana Jones est toujours Indiana Jones, aventurier et archéologue sceptique malgré tous les événements surnaturels dont il a été le témoin et toujours en quête de la part de vérité dans chacune des légendes les plus célèbres.
Cependant, outre les cheveux blancs, le poids des années est marqué par le spectre de la mort dont Indy prend conscience non pas en sautant dans le vide ou quand il a des mitraillettes pointées sur lui mais à travers une photo de son père, décédé, annonçant qu’il sera le prochain à partir. Son caractère est aussi changeant et les approches tant de l’acteur que du metteur en scène sont finalement très intelligentes faisant de Indiana un personnage à la fois sage et lucide mais aussi un peu fou et fringant. Caution scientifique durant tout le film aussi bien sur le magnétisme que la langue Maya (Indy peut traduire TOUTES les langues anciennes), son expérience et son culot, propre à ceux qui n’ont plus peur de choquer, le conduise à encourager un de ses étudiants à aller sur le terrain plutôt que jouer les rats de bibliothèque soit exactement l’inverse du professeur Jones dans l’Arche perdue (de mémoire : « 70% de l’archéologie se fait dans les livres ») dont les principes reposaient sur ces étranges paradoxe dans le plus pur style « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
Le retour de Marion dans ce nouvel opus s’inscrit également dans cette perspective. L’apparition annoncée de ce qui constitue sans doute l’unique grand amour d’Indiana Jones symbolise quelque peu le retour aux sources voulues par les auteurs (notons que Spielberg voulait encore voir apparaître Marion dans Indiana Jones et le temple maudit). Elle s’inscrit aussi dans l’air du temps : la figure imposée un film / une fille est moins à l’ordre du jour dans les productions familiales, les deux opus de Benjamin Gates l’attestant. A tel point que si l’actrice est indisponible, on préfère la remplacer par une autre pour le même rôle comme c’est le cas pour la Momie 3 où Maria Bello jouera le rôle détenu par Rachel Weisz auparavant.
Le rôle de Karen Allen au sourire amoureux et adolescent va évidemment au-delà du clin d’oeil. Si elle prend la même pose que dans l’Arche perdue lors de ses retrouvailles avec Jones, la joie authentique de ce dernier (sourire en plus brutalement éconduit) vaut tout les discours. C’est peut-être la scène la plus sincère de Ford. Indy ne se cache plus et a ravalé sa fierté et cette séquence sera suivie d’une déclaration d’amour devant témoin aussi rapide que définitive. De même que la révélation de Marion dans les sables mouvants montre un Indiana aussi hilarant qu’allant droit au but. Le héros n’a plus le temps d’hésiter et rattrape les erreurs du passé à la moindre occasion. La dernière scène ne dit pas autre chose : on ne vit qu’une fois.
Elle nous dit aussi avec amusement qu’Indy est encore assez arrogant, et en forme, pour ne pas passer la main. Passer la main est assez rare dans les films d’aventure. Dans Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal, le personnage de Mutt Williams s’impose quand même en compagnie d’Indiana Jones comme l’héritier impétueux et plein de certitudes. Indiana Jones tente de lui transmettre son expérience tout en lui laissant développer sa fougue. De fait, Mutt est autant présent sinon plus dans les scènes d’action qu’Indy. C’est une vraie relation maître/élève (dissipé) qui se dessine, ce qui fait un peu penser à la mythologie Jedi, et qui est bilatérale : à la manière que les enfants doivent s’occuper de leurs parents vieillissant, Mutt doit sauver la mise de son nouveau mentor.
A l’écran le duo fonctionne bien : Shia LaBeouf, dont j’ai déjà vanté ici les mérites, n’a rien du sidekick qu’il était dans Constantine et assure une interprétation toujours dans le bon ton ce qui n’était pas gagné d’avance. L’illustration la plus frappante est le peigne. Se recoiffant toutes les deux scènes, Shia Labeouf est crédible là où n’importe quel autre serait passé pour un ersatz de Fonzie. La classe.
L’absence d’une nouvelle femme pour Indiana Jones devait être contrebalancé. C’est naturellement que le grand méchant de l’histoire devient une femme. Totalement au service de son rôle, voire effacée derrière celui-ci, Cate Blanchett interprète une russe glaciale et impeccable en toute circonstance. Ajouté à son accent trop prononcé génial et son épée, le personnage a vraiment l’allure d’un ennemi juré dont la chute sera la conséquence de la volonté de s’octroyer des pouvoirs qu’elle n’est pas digne de recevoir. Comme tous les méchants dans Indiana Jones.
L’autre méchant, Mac (Ray Winstone), est réussi mais pas moins développé que les méchants d’Indy 3. Difficile en effet de nous faire avaler qu’une collaboration/amitié de plusieurs années se solde par une trahison grossière. Le personnage conserve néanmoins des aspects intéressants vis à vis de la quête de l’Eldorado car il traduit judicieusement cette fièvre de l’or qui empare son esprit dans la deuxième partie du film comme au temps des conquistadors.
Autre déception : le personnage de Ox. Même pas une déception mais une mauvaise surprise. Le personnage incarné par John Hurt est un professeur pérpétuellement à demi-fou et à côté du ton du film, plus embarrassant que raté. Peut-être qu’au film des visions, il se bonifiera telle Willie dans Indy 2.
Bien entendu, la quête multiplie péripéties et destruction de la plupart des décors. On retrouve avec plaisir en terrain connu. A la première vision, l’action est plutôt réussie. Le résultat est pour moi sans appel : en tant que spectateur, j’ai pris beaucoup de plaisir et trouvé l’action presque toujours fort distrayante et bien découpée, lisible en fait. Outre les deux énormes explosions, les différentes poursuites sont le théâtre de nombreuses acrobaties dont le gimmick amusant est de voir Indy sauter d’un véhicule à l’autre. Le combat d’épée, évidemment annoncé, est assez anthologique. A l’inverse, les jeunes guerriers adeptes de la capoeira sont plus ludiques que menaçants.
C’est sans conteste la séquence des lianes qui est le vrai moment raté du film. L’idée des lianes et l’hommage à Tarzan était une belle idée. Malheureusement, son déroulement est trop long ou mal foutu (1).
Autre traditionnel danger : la faune. Le numérique a parfois du bon car la séquence des fourmis rouges est surprenante et tendue. Nous aurons droit aussi à quelques scorpions, le talon d’Achille de Mutt?, et la traditionnelle apparition des serpents ici sur un ton (vraiment) comique. J’avais estimé dernièrement qu’Indy avait peut-être vaincu sa phobie des serpents à travers l’expérience dans l’antre de l’Arche d’Alliance mais je me trompais.
Au fond ce qui surprend le plus c’est l’utilisation des CGI. On nous avait plus ou moins promis un usage parcimonieux des effets de ce type. Si Spielberg les a largement utilisé pour donner donner vie à des visions inédites, il ne semble pas un fanatique des fonds bleus. Et surtout, les effets se fondaient dans le décors avec beaucoup de classe. L’impression est différente dans Indy 4, les CGI sont très utilisés contrairement à ce qui avait été annoncé mais aussi assez voyants. Toute la partie dans la jungle fait très tournage en studio. Ce n’est pas choquant à première vue car le spectacle l’emporte. Il demeure que les intentions, entre manque de temps à parfaitement finaliser les effets ou une véritable volonté de faire studio, demeurent peu claires. (2)
Je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir. Je sais que la deuxième partie déséquilibre un peu l’excellente première moitié du film, comme dans de très nombreux films. Mais comme Harry Knowles, j’ai bien vu un Indiana Jones, un aventurier vieillissant mais toujours espiègle au coeur du danger qu’il passe sa vie à trouver. Il s’amuse visiblement autant que moi. Je n’avais pas d’attente finalement démesurée, je voulais juste revoir Indiana Jones encore une fois. Je suis comblé.
(1) J’ai lu une comparaison avec celle de poutres / barres asymétriques dans Le Monde Perdu. Aussi saugrenue puisse t’elle être, ce que je ne crois pas, la scène avait le mérite de l’efficacité et de la surprise : ce qui se déroulait juste avant (l’attaque des Raptors dont cette horrible scène où l’un deux passe la tête dans le trou que deux femmes creusaient pour s’échapper) était très tendue si bien que la salle où je voyais le film a applaudi de soulagement. Bon j’aime cette scène ! Pour revenir aux lianes, on ne retrouve rien de tout ça. Peut-être qu’une ellipse en voyant simplement Mutt surgir de la jungle aurait mieux fonctionné mais je préfère éviter le plus possible la critique type « on refait le film ».
(2) Il s’avère que la partie dans la jungle a été tournée en extérieur !
Par Pascal Commenter30 mai 2008 Catégories: Articles Cinéma Indiana Jones




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