Foul King
Vu le 28/6/2007 en DVD en VO
Film coréen (2000 - Banchikwang) de Kim Ji-woon avec Song Kang-ho, Chang Jin-Young, Park Sang-Myun, Jeong Woong-in
Mauvais employé de banque rabaissé par son patron et mal aimé par son père, Dae-Ho tente de trouver une seconde vie en jouant au catch sous l’identité du Foul King, spécialiste des coups bas, comme utiliser une fourchette en plein combat.
La première heure de Foul King est un véritable spectacle comique. Très peu de scènes ne comportent pas un gag. Des gags absurdes, pathétiques et/ou visuels du téléphone qui sonne quand on fait semblant de téléphoner au test d’endurance grâce à la position du jockey. Et il y a tout ces gags impensables allant jusqu’au gore lors d’un combat qui tourne, drôlement, mal.
Si on rit beaucoup, Dae-Ho, lui, prend très au sérieux sa passion et s’entraîne plus que jamais dans son nouveau rôle. En portant le masque, il espère surmonter ses difficultés : déclarer sa flamme à une de ses collègues, faire face à son patron et tout simplement tenir bon quand son collègue tout aussi perdu que lui finit par craquer.
Et de fait, la deuxième partie du film est plus sérieuse. Beaucoup de films abordent ce thème du masque pour permettre à des personnages de se dépasser ou d’être enfin eux-mêmes. Dae-Ho a cet espoir. Une séquence de karaoké tournant mal nous ramène à une réalité cruelle et Kim Ji-woon semble nous dire que le masque ne sert plus à grand chose dans la société coréenne. L’ultime face à face entre Dae-ho et son patron est pour moi une séquence forte et pathétique, parfaitement typique de l’esprit des films coréens récents que j’ai vus. Elle évoque une société désenchantée et sclérosée où la loi du plus fort règne sans espoir d’évolution, une vision pessimiste du monde.
Après le méconnu mais pourtant très amusant Super Nacho avec Jack Black, Foul King est le deuxième film traitant du catch que j’ai vu en moins d’un an et sans doute dans toute ma vie. Il est ici traité par le réalisateur de A Bittersweet life comme un exutoire et à première vue comme un spectacle : « Un catcheur doit savoir divertir ». L’aspect chorégraphique du catch est décrit de manière très naturelle, sans aucune ironie, avec des scénarios de combat préparés à l’avance. Le réalisateur semble avoir de la tendresse pour ce milieu, particulièrement le catch amateur, et le transmet au spectateur.
Au fur et à mesure que la comédie devient moins systématique, le metteur en scène inversera son propos : « Tu crois que le catch c’est du spectacle, c’est la vie qui est un spectacle » dit-on a Dae-Ho. Le temps d’un combat incroyable, véritable apothéose du film, contre une vedette locale, le Foul King tentera une fusion désespérée traduisant une volonté immense de se sortir de sa condition. Dans ce combat, on ne joue plus du tout.
Drôle et pessimiste, Foul King est une grande réussite. Elle est fortement liée à l’acteur Kim Ji-woon dont j’avais déjà parlé dans mon commentaire sur The Host. Comique grandiose et gueule étonnante, il est vraiment l’incarnation de ce cinéma coréen tragi-comique si singulier.

