Espion(s)
Vu le 24/2/2009 à l’UGC George V salle 9
Vincent travaille à l’aéroport de Roissy. Alors qu’il fouille des bagages, en quête de bien à voler, avec un collègue, ce dernier meurt lorsqu’il manipule une valise diplomatique piégée. Il se retrouve alors embarqué dans une affaire d’espionnage… Vincent devient une « source » pour la DST (que le réalisateur Nicolas Saada compare à un pigiste).
D’entrée, ce qui fait plaisir dans Espion(s), c’est la rapidité de sa mise en place, le résumé ci-dessus ne prenant qu’une poignée de minutes dans le film. Présentant quelques similarités avec Secret Défense (un espion débutant, du terrorisme), Espion(s) se distingue sans peine par une approche plus modeste et surtout plus efficace.
Avec peu d’effets (et de moyens), Nicolas Saada distille un excellent suspense. L’idée de faire se dérouler l’action à Londres avec des russes, des syriens et des français renforce un contexte sur fond terrorisme international. Le réalisateur se plie même aux conventions du genre, là où par exemple le Plaisir de chanter n’en avait joliment cure. L’air de rien, on retrouve donc dans Espion(s) quelques moments classiques du genre type James Bond. Il y a ces deux scènes de dîners, en costume, où les ennemis se jaugent sans véritablement savoir exactement à quoi s’en tenir. Et la tension s’instaure sans excès (parfois sans musique) lorsque la couverture de Vincent est mise à l’épreuve (sur sa prétendue action en Afrique) ou que son acolyte installe un micro. La réalisation est donc très soignée, précise et ne nous égare pas dans un scénario à tiroirs comme le suggérait le titre ce qui n’est pas vraiment plus mal… quoique légèrement déconcertant puisque je me suis surpris à attendre les rebondissements qui tuent. De l’importance du titre ?
Le casting est bon. Hyppolyte Girardot a très peu de scènes mais il est absolument génial en agent français lucide et cynique. Acteur de premier plan au début des années 90 (les très bons Un Monde sans pitié, Hors la vie et Confession d’un barjo), on ne le voit surtout au cinéma que dans des seconds rôles. Il mériterait pourtant largement toujours la tête d’affiche. Ne boudons cependant pas notre plaisir. Outre manche, c’est Stephen Rea qui mène la barque : tout aussi lucide, il excelle dans un registre plus triste, celui de l’agent accablé, résigné à faire le sale boulot pour son pays, jusqu’au bout.
Et il y a un très joli couple à l’écran : deux personnages au passé effleuré mais qu’on devine douloureux et comme condamné à toujours en payer le prix. Voir Claire dans le magasin de jouets rêver d’une autre vie est aussi émouvant que très habile dans la mise en scène. Vincent est lui continuellement dans l’impulsion, solitaire comme en fuite. La rencontre de ces deux âmes, est d’abord anonyme dans l’ascenseur puis de plus en plus dans l’intimité malgré les enjeux « supérieurs » autour d’eux dans le jeu classique de la mission de séduction qui brise les carapaces. Face à Géraldine Pailhas, lumineuse et pourtant si triste, Guillaume Canet est insaisissable. Entre culpabilité et amour (ou est-ce de la pitié) son attachement n’est pas sur jusqu’à cet ultime regard qui dit tout. Nicolas Saada n’a pas besoin d’aller plus loin. Avec peu, il dit beaucoup et de belle manière : un réalisateur à suivre.



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