Duplicity
Vu le 25/3/2009 à l’UGC George V salle 2 en VO
Deux agents secrets, Ray et Claire, décident de démissionner de leur travail pour trouver leur place au soleil en montant un gros coup dans le privé. Ils se lancent donc dans l’espionnage industriel profitant du combat entre deux entreprises de cosmétiques où tous les coups sont permis.
Au vu de cet imbroglio apparemment comique, je pouvais avoir du mal à retrouver l’auteur de la trilogie Jason Bourne et le réalisateur de Michael Clayton. Les liens avec ce film sont pourtant évidents puisque la toile de fonds est la même : les grandes corporations. Ici, elles prennent la forme de deux entreprises se tirant dans les pattes. Tony Gilroy décrit l’espionnage industriel avec férocité : les consignes de sécurité énormes, la parano ambiante (micro et filatures), la réunion où on passe en revue les actions suspectes des employées… ou encore le patron achetant une décharge pour fouiller les ordures de ses concurrents ! Rien que par cette approche, Duplicity est presque un prolongement de Michael Clayton, en un peu plus ludique.
La mise en scène expose les enjeux avec concision : un générique au ralenti très amusant pour exprimer la haine entre les deux corporations et un discours pour mettre en place toute l’intrigue. Quelques flash-back et un dialogue de retrouvailles brillant plusieurs fois répétés suffisent pour captiver. La réalisation de Tony Gilroy est fluide et développe une intrigue riche sans nous perdre en chemin. La force du film est également ce grand sens du détail. D’abord dans la description de l’espionnage industrielle mais aussi dans la manière de poser une ambiance à travers des décors ou des costumes. La villa de rêve à Miami ou la suite princière à Rome illustrent l’envie de luxe (et de luxure) du couple d’ex agents secrets. Un bureau minimaliste très design avec un bonsai est indissociable de son propriétaire américain (Tom Wilkinson) tandis qu’une poignée d’hommes d’affaires avec une hôtesse d’un certain âge au maintien impeccable impose tout un style européen. Ces scènes, ces plans, peuvent durer que quelques secondes secondes mais j’y ai été particulièrement sensible. On pardonnera alors aisément le tassement de l’intrigue et du suspense dans la deuxième partie (dont une scène de photocopie un peu laborieuse).
Pour les amateurs d’Hitchcock et de McGuffin, le Saint Graal de toute cette histoire est joyeusement anodin mais il n’empêche que la résolution ne l’est pas tant les derniers instants échappe à la mécanique hollywoodienne (avec cependant le même artifice que pour Michael Clayton) nous abandonnant sans bonheur factice mais avec le coeur même de toute cette histoire pas si éloignées des enchainées du maître du suspense : un couple.
Duplicity raconte surtout une histoire d’amour entre deux amants obligés de cacher leur relation. Leur attirance est évidente mais comment être sur d’avoir confiance en l’autre ? Claire dit que l’avantage de leur relation est leur lucidité que leur a conféré leur métier d’agents secrets mais il n’est qu’un rien face à leur incapacité à rendre sincère cette relation d’autant que celle-ci commence par une arnaque de Claire. Derrière l’attirance mutuelle et l’amour, le couple doit faire face à une suspicion permanente et un instinct de domination traité plutôt justement. Le couple est en déséquilibre, Claire prenant l’ascendant sur Ray, viril et confiant mais plus souvent sur la défensive et obligé de jouer ses meilleures mais peu reluisants atouts : maitre queue !
Au cours de ce jeux de dupes, Claire doit interroger une employée qui a couché avec Ray, pensant qu’il était medecin en Afrique. Claire écoute, mutique, la femme, heureuse, qui l’a rend cocue. Le travail et les déboires de la vie conjuguale sont joliment mélangées dans un étrange cocktail drôle mais amer. C’est la meilleure scène du film. Dans les films de ce style, les seconds rôles sont souvent très justement choisie. En femme célibataire buvant son martini dans un bar, Carrie Preston (que j’ai vu sans l’avoir vue dans Lost et Vicky Cristina Barcelona. Elle a un rôle principal dans la série True Blood) est fabuleuse.
Les autres seconds rôles sont tous très bons. Paul Giamatti est décidément génial en grand patron, surtout lors de sa présentation aux actionnaires. Enfin, il y a le beau couple Julia Roberts/Clive Owen, un couple déjà sexy dans Closer. Dans Duplicity, la domination est inversée (Julia Roberts à le dessus) et encore plus agressive. Clive Owen est une fois de plus parfaitement dans son élément en agent sublime mais orgueilleux dans ses attitudes. Quant à la vedette, bientôt vingt ans nous séparent de Pretty Woman. Mais Julia Roberts assure toujours une présence incroyable à l’écran. Et en une seule bête scène, elle nous rappelle qu’elle a le plus beau sourire sincère du cinéma.


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