District 9

Vu le 16/9/2009 Ă  l’UGC Normandie salle 1 en VO

Wikus Van De Merwe est un employĂ© du MNU, Multi-National United, fraĂ®chement nommĂ© pour une mission importante : faire signer des avis d’expulsion Ă  des centaines de milliers d’aliens naufragĂ©s sur la Terre et parquĂ©s dans un immense camp : le District 9. Malheureusement pour lui, tout ne se passe pas comme prĂ©vu.

Quand on interroge un scĂ©nariste ou un rĂ©alisateur expĂ©rimentĂ©, il nous raconte rĂ©gulièrement que toutes les histoires ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© racontĂ©es, qu’il existerait tout au plus une dizaine de schĂ©mas de base. Ce sont les petites variations qui peuvent captiver. Dans ce quartier dĂ©solĂ© de rĂ©fugiĂ©s aliens sur le point d’ĂŞtre transfĂ©rĂ©s dans un autre site encore plus sordide (mais Ă©loignĂ© du centre-ville), Wikus (Sharlto Copley, excellent – sa transformation physique et mentale est vraiment passionnante) va finir par ĂŞtre en relation avec un alien et son fils (splendides interprĂ©tations, si on peut dire cela d’ĂŞtres en images de synthèse) et prendre conscience de son action nĂ©faste Ă  leur contact. Une histoire fort classique en effet, rebattue dirons certains, mais racontĂ©e avec du coeur et du souffle jusqu’Ă  la fin et le beau dernier plan.

La mise en scène prend le parti du pure rĂ©alisme. Elle commence et se finit comme un documentaire avec interview et interactions entre le sujet et l’Ă©quipe de tournage. D’une manière très habile, et qui nĂ©cessite plusieurs visions ou quelques rudiments de mise en scène (pas tout Ă  fait mon cas), le film bascule dans la « fiction » pour mener tambour battant le parcours chaotique de Wikus jusqu’Ă  un dernier acte. La rĂ©ussite de ce cĂ´tĂ© est complète : nous sommes au cĹ“ur du District 9. Rien de mieux pour nous captiver. Au vu du budget (30 millions de dollars ce qui est assez peu pour un film de ce type) et de la qualitĂ© des effets, c’est vraiment impressionnant.

Car si District 9 est tournĂ© de manière très rĂ©aliste, la camĂ©ra filme des choses extraordinaires Ă  commencer par l’arsenal guerrier. Il y a cette scène oĂą on oblige un personnage Ă  appuyer sur la dĂ©tente de plusieurs armes extra-terrestre. MalgrĂ© toute l’horreur la scène, sĂ©ance de torture physique et mentale, provoquant une empathie rĂ©elle avec le personnage, on partage aussi l’enthousiasme des bourreaux face au potentiel de ces machines de mort tout droit sorties d’un FPS sauvage. SĂ©quence pas gratuite puisque le rĂ©alisateur Neill Blomkamp poursuit une deuxième partie de pĂ©taradante, intĂ©grant de manière cohĂ©rente des plans exploitĂ©s dans le jeu vidĂ©o (A la première personne mais aussi en contre plongĂ©e avec l’arme en premier plan). Le final au climax fou dans un District 9 dĂ©vastĂ© est une guerilla chaotique, sorte d’extension d’un duel Ă  trois avec des bons, des brutes et des truands et avec des robots ! Neill Blomkamp rĂ©ussit exactement lĂ  oĂą Ă©chouait Gamer en Ă©tant Ă©galement intense mais aussi dĂ©complexĂ© ET immersif pour le spectateur. Le rĂ©sultat est aussi limpide que jouissif, brillant avec une bataille finale crĂ©dible et ironique (les aliens ne se battent pas !). Très supĂ©rieur, l’arsenal des aliens n’est pas non plus indestructible face Ă  celui des humains plus nombreux et bien armĂ©s comme avec le BMG. C’est aussi pour ça que je vais au cinĂ©ma.

J’adore aussi la science-fiction surtout quand les mondes/aliens dĂ©crits sont rĂ©ussis. C’est le cas pour District 9 et ses aliens. La mise en scène façon documentaire permet de nous donner beaucoup de dĂ©tails sans alourdir le propos que Blomkamp illustre avec des images-chocs comme la première image des aliens agonisants dans leur vaisseau ou livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes, c’est-Ă -dire sans Ă©lite puisque la civilisation dĂ©crite se rapproche d’une structure type fourmilière, quand ils errent, pisse ou vomissent Ă  mĂŞme la rue. En plus d’ĂŞtre parfaitement intĂ©grĂ© au dĂ©cor, le look des aliens est excellent, Ă  la fois terrifiant (ils peuvent sans mal dĂ©capiter quelqu’un) mais aussi quelque peu comique, les aliens devenant presque attachants par leur surnom, crevette, et par leurs moeurs Ă©tranges (ils sont dingue de la nourriture pour chat) qui ne sont pas sans rappeler sous bien des aspects le Docteur Zoidberg de Futurama.

zoidberg-district9 District 9

On dit souvent qu’un bon film de science-fiction doit rĂ©vĂ©ler des situations très contemporaines notamment du point de vue politique. Neill Blomkamp, nĂ© en Afrique du Sud et faisant se dĂ©rouler l’action du film Ă  Johannesburg, ne cache pas qu’il s’est inspirĂ© de sa propre expĂ©rience et du rĂ©cent passĂ© de son pays alors en pleine apartheid. Blomkamp aborde un thème cependant plus gĂ©nĂ©ral Ă  savoir la question de la concentration d’Ă©trangers (« aliens »). Le rĂ©alisateur dresse alors un constat peu reluisant avec les profiteurs : les officiels, la MNU faisant preuve au mieux d’une bienveillance très coloniale (le hĂ©ros avec ses procĂ©dures d’expulsion met mal Ă  l’aise) ou au pire d’une inhumanitĂ© glaçante (les expĂ©rimentations du sous-sol), et les officieux Ă  savoir ceux misant sur le commerce parallèle en boĂ®tes de chat, armes, alcool et prostitution et symbolisĂ©s ici avec un groupe de NigĂ©rians vivant dans des conditions Ă  peine meilleur que les aliens (Pourquoi des NigĂ©rians ? Je l’ignore mais ça donne un cĂ´tĂ© serie B/mafia tout en demeurant crĂ©dible).

District 9 demeure plutĂ´t une satire qu’un film Ă  message d’autant que Blomkamp brouille la situation en montrant un peuple avec une technologie très avancĂ©e mais qui semble avoir oubliĂ© ce qu’elle est et d’oĂą elle vient. Et il n’hĂ©site pas Ă  laisser quelques zones d’ombre au spectateur (Ă  commencer par la disparition de presque toute l’Ă©lite). Après la sĂ©quence des armes et le look des aliens, on retrouve encore une certaine ambivalence : Ces aliens, au système fort discutable* mais rendus sympathiques (ou au-moins victime de notre … inalienitĂ©) auraient-ils pu ĂŞtre hostiles ? Peuvent-ils avoir conscience d’eux-mĂŞmes et donc d’autrui Ă  l’image de cette mini-rĂ©volte (bien sauvage !) dans les dernières sĂ©quences ? Des pistes suffisamment inexplorĂ©es pour une suite.

Et si le film se suffit Ă  lui-mĂŞme, je n’aurais rien contre une suite. District 9 est un vrai premier film assurĂ©ment, une oeuvre de jeunesse en tout cas, plus maitrisĂ©e que bien des oeuvres de jeunesse mais avec tout autant de hargne et de passion.

* Au fond, critiquer l’action des humains envers les aliens revient Ă  critiquer leur système Ă©lite/ouvrier et critiquer prĂ©cisĂ©ment leur Ă©lite qui se sert d’eux (mĂŞme si je concède que rĂ©sumer ce statut Ă  Ă©lite/ouvrier est peut-ĂŞtre simpliste) et qui est ici symbolisĂ©e par le père alien George et son film, qui passent les deux personnages les plus sympathiques du film (et qui sont attristĂ©s par le sort de leur peuple). D’aucun diraient cependant que ce système est un peu le notre avec une populace de moutons guidĂ©s par une Ă©lite inaccessible… Demeure le libre arbitre.

district9-SharltoCopley

 Par Pascal     Commenter26 septembre 2009    Catégories: Articles CinĂ©ma

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