Petit écran

Revues ciné et séries TV

Congorama

Vu le 23/01/2007 à l’UGC Rotonde Salle 1

C’est sans doute le genre de film qu’on ne peut voir qu’au cinéma. Non pas que c’est un grand spectacle mais que tout simplement il n’a que peu de chance d’avoir une bonne visibilité lorsqu’il sortira en vidéo (s’il sort) et le voir passer à la télévision à une heure décente est difficile à imaginer. Tout un pan du cinéma francophone, subventionné (le générique, avec une liste incroyablement longue de partenaires publics du Canada, de la France et de la Belgique fait presque rire) et au public restreint, suit ce chemin de l’oubli. Qui vraiment se souvient ainsi du premier film de Philippe Falardeau, La Moitié gauche du frigo, à part quelques critiques ?

Des films de ce genre, il en sort régulièrement, par exemple l’Etrangère le 10 janvier 2007 (149 entrée la semaine de sa sortie) ou Le Dernier des fous sorti la semaine précédentes (Prix Jean Vigo mais seulement 640 entrées en première semaine) que peu de gens verront sans doute. Je ne m’aventure que rarement dans ces expériences. Une des plus tristement mémorables demeure la purge Errance de Damien Odoul qui bénéficiait d’un casting haut de gamme (Laetitia Casta et Benoît Magimel), vous trouverez même une critique de ma part dans les commentaires sur ce lien (trois posts, mon pseudo étant superaska). Il en ressort généralement une assez mauvaise image du cinéma d’auteur et, je dois dire, souvent à juste titre.

Dans ce paysage, Congorama fait finalement figure d’exception d’abord parce que Philippe Falardeau a écrit un récit qui se tient où il ne se contente pas de montrer quelque chose mais de raconter une histoire avec des rebondissements. Ainsi, lorsque le récit s’essouffle un peu durant les pérégrinations de Michel Roy, un accident puis un nouveau point de vue changent la donne. Aidé par l’excellent acteur Paul Ahmarani, Congorama prend des allures de thriller sur fond d’énergie renouvelable sans jamais nous laisser en route.

congorama

Entre le Québec et la Belgique, l’auteur donne une véritable dimension culturelle scrutant les moeurs villageoises (la leçon de danse traditionnelle (country?) en plein air à Sainte Cécile au Québec) et confrontant l’environnement des protagonistes à leur passé, les indiens au Québec, le Congo pour les belges.

Dès lors, Philippe Falardeau peut nous raconter une autre histoire, une histoire de famille et d’adoption, d’inné et d’acquis avec un style décalé, plutôt humoristique. Ce style évoque un ton sans doute belge rappelant l’émission Strip Tease avec un héros (Olivier Gourmet, parfait) entier et volontaire mais aussi maladroit.
Les personnages parfois atypiques (un inventeur incompris, un parano pieux, un muet paralysé…), les dialogues spontanées et les nombreuses situations incongrues renforcent cette impression et nous guident jusqu’aux dernières confrontations, nécessairement plus graves et porteuses de réflexions et d’interrogations.
Ce Congorama a donc de nombreuses qualités et Philippe Falardeau a le mérite de rendre accessible son propos en nous racontant une excellente histoire. Il est encore temps de découvrir ce film qui connaît un petit succès en salle.

Fiche Allociné



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