Cinq Films de Woody Allen

Cinq films un peu au hasard en DVD brassant une large période de la vie de réalisateur de Woody Allen. Ce grand auteur m’a toujours plu et ce n’est pas son superbe dernier film Whatever Works, qui changera la donne.


Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander
**1/2
everythingalwayswantedknowsex-posterAvec ce titre devenu célèbre, Woody Allen est encore dans sa période pré-Annie Hall. Ses films vont plus volontiers dans le loufoque. Tout ce que vous… n’est cependant pas une comédie pure mais une parodie. Et plutôt que faire une grande parodie d’un genre connu, Allen en effectue de multiples dans ce film à sketches. Il ne faut pas se voiler la face : le film a plutôt vieilli et la farce tourne souvent court. On peut aussi se demander si l’objectif du film était systématiquement le rire. Le premier sketch, où Allen enchaine les bides (hilarants), les gags visuels et une illustration des contraintes d’une ceinture de chasteté, fait très bien illusion. C’est d’ailleurs le plus drôle des sketches. Le dernier, une sorte d’Il était une fois la Vie pour adulte où Woody Allen s’illustre dans son costume de spermatozoïde, est également décalé et plutôt drôle (on notera la présence de Burt Reynolds, le film sort la même année que Délivrance). Dans l’histoire du sein géant, la satire des mÅ“urs contemporains laisse place à une parodie appliquée (et assez réussie) du film d’horreur qui n’aurait pas déplu à Mel Brooks. Soit.
Mais que dire de celui de la sodomie où un docteur perd tout à cause de son amour pour un mouton (!) ? On pouvait s’attendre à un marivaudage décalé mais Allen prend le spectateur à contrepied et signe un sketch tourné comme un film intimiste et destructeur, plus cruel que drôle. Gene Wilder est excellent en docteur tombant sous le charme de la bête jusqu’au déni lors de la séquence dérangeante où sa femme le surprend en compagnie de son mouton avec un porte-jarretelle (!!). On retrouve aussi ce ton amère dans le sketch du travesti grimée en femme et perdu à seulement quelques mètres de la sienne, qui ne sait rien, et également dans la parodie de jeu télévisé où la neutralité du présentateur devant les déviances de ses candidats ne prête pas forcément au rire. D’ailleurs ce jeu est finalement assez moderne. De l’absurde inconfortable en quelque sorte. Pour le spectateur non admirateur de l’auteur, on peut quand même (oser) dire que le film ne vaut pas, plus, la réputation de son titre.

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La Rose Pourpre du Caire
***1/2
purpleroseofcairo-posterCe n’est pas le film le plus connu de Woody Allen. Sa durée courte (1h20 à peine) et son principe, qu’il convient de ne pas trop dévoiler, mérite pourtant qu’on s’y attarde.
Pendant les années 80, Mia Farrow est de presque tous (tous en fait à part Stardust Memories) les films de Woody Allen. Comme Alice, elle tient ici (presque) seule le film. Pendant la crise des années 30, Cécilia, minée par un mari en perdition après la perte de son emploi, survit grâce aux séances de cinéma jusqu’à ce qu’un événement pour le moins incongru lui donne la possibilité de rêver à travers un amoureux joué par Jeff Daniels. La Rose Pourpre du Caire devient un véritable hommage au cinéma de l’époque et à ses codes et leur aura si particulière (louée aussi dans Crimes et Délits où un personnage s’enthousiasme pour les films avec ses acteurs portant des smokings alors qu’ici on admire les téléphones blancs et les affichages lumineux).
Il n’est alors pas étonnant de voir le film prendre des allures féériques tout en restant très drôlement prosaïque (Allen exploite complètement son idée-rebondissement) jusqu’à sa conclusion quelque peu inattendue. Pour résumer, la romance n’est pas un feel good movie total, Allen privilégie plutôt la cohérence de ses personnages mêmes quand ils sont tiraillés entre des choix délicats. Toute la conclusion/confrontation dans la salle de cinéma est brillante et touchante. « Last week I was unloved. Now two people love me and it’s the same two people. ». Mia Farrow doit choisir non pas entre réalité et fiction mais entre deux vies rêvées, aucune d’entre elles n’étant vraiment acquise. Et bien que fort simple, le plan final, le lumineux visage de Mia Farrow, est pour moi un des plus beaux plans de toute l’Å“uvre du metteur en scène. « I’m in heaven ».

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Crimes et délits
****1/2
crimes_and_misdemeanors-posterJe n’avais pas encore vu ce film, Å“uvre reconnue et maîtresse de son auteur (troisième film du classement de l’auteur sur imdb après les difficilement contestables Annie Hall et Manhattan). On ne peut pas dire que sa réputation soit sous-estimée. Le choc passé, je peux dire que Crimes et Délits est un très grand film. Bertrand Tavernier rapprocha ce film d’Hannah et ses sÅ“urs au sujet de sa structure et de son propos, en plus grave. La mise en scène est étonnante et complexe, faite de flash-back, parfois réduits à une seule image (l’enfance religieuse de Judah/Martin Landau) ou interagissant avec le présent où Allen pousse le concept du personnage spectateur de sa vie passée. Elle est au service d’histoires séparées d’une même famille. Alors que Judah fait tout pour que sa maîtresse folle amoureuse ne révèle tout à sa femme jusqu’à envisager le pire, Cliff (Woody Allen), réalisateur de documentaire, joue au père avec sa nièce et tombe amoureux de sa productrice (Mia Farrow) également convoitée par Lester, producteur à succès et beau-frère de Cliff.
Le titre est évidemment en référence au Crime et Châtiment de Dostoïevski. La manière frontale et complexe où le réalisateur aborde le crime et la culpabilité qui lui succède est vertigineuse. Martin Landau est à ce titre exceptionnel, inoubliable quand il revient dans la maison de son enfance (où on aperçoit France Conroy, Ruth dans Six Feet Under). Le triangle amoureux, quant à lui, aurait fait un beau sujet de comédie. Mais c’est la désillusion qui domine, même pas le cynisme. Dans Crimes et Délits, chacun a ses raisons et le cÅ“ur n’a pas grand chose à faire, sinon perdre. Je crois que Woody Allen a dit qu’il ne se trouvait pas bon acteur. Pourtant, à la fête qui clôt le film, il est bouleversant.
Chef d’Å“uvre lucide, Crimes et délits révèle des thèmes dont Woody Allen se servit dans ses films suivants. D’une blague sur la boxe, il fait un point de départ d’un film (comme Annie Hall) à savoir Anything Else. Deux films de sa filmographie récente reprennent le thème cher à Dostoïevski et Crimes et Délits : l’abrupt Rêve de Cassandre raconte ainsi l’opposition entre deux frères face à un acte horrible. Le joyau Match Point est quant à lui l’aboutissement de l’évocation du crime impuni où finalement c’est la chance (ou le destin selon les sensibilités) qui dirige notre existence sans autre forme de moralité.

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Tout le Monde dit I Love You
****1/2
everyonesaysiloveyou-posterDepuis 40 ans, la comédie musicale est un genre se faisant rare dans le paysage hollywoodien. Bon il y a eu Grease ainsi quelques films musicaux plus axés sur le dépassement de soi dans les années 80 (Flashdance, Fame, La Fièvre du Samedi soir) puis dans les années 2000 (8 mile ou le remake de Fame, High School musical que je ne connais pas du tout). Au milieu des années 90, Allen se lance dans ce projet de comédie musicale qui me marqua à vie d’où sa présence dans les films de ma vie. En le revoyant, je ne me peux m’empêcher d’être aux anges. Ce film restera pour moi un film enchanteur. A 60 ans, Woody Allen s’offre un petit plaisir en embrassant une actrice de la moitié de son âge et par ailleurs star de Hollywood, Julia Roberts. Il passe même pour le meilleur coup de sa vie !
Casting de stars (tellement que Liv Tyler et Tracey Ullman furent coupées au montage !) donc avec notamment des jeunes qui montent comme Natasha Lyonne, Natalie Portman, Lukas Hass. Woody Allen n’a également pas son pareil pour les embaucher les nouveaux talents (Billy Crudup ici) ou les relancer : c’est peut-être un hasard mais Drew Barrymore comme Julia Roberts sont à ce moment à la veille de (re)devenir des grandes stars. Barrymore est sur le point de devenir culte dans Scream tandis que Roberts va enchainer de nombreux succès (après plusieurs bides dont Mary Reilly) à commencer par le Mariage de mon Meilleur Ami. Toutes assurent un spectacle inoubliable en poussant la chansonnette de manière fort respectable (sauf Drew Barrymore qui refusa de chanter, se trouvant trop affreuse. Elle chante pourtant correctement dans Le Come Back). Le bonheur je vous dis.

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Anything else
***
anythingelse-posterNous sommes à New York. Woody Allen commence par raconter une histoire drôle (déjà racontée dans Crimes et Délits) sur la boxe qui résume en grande partie le film. Les plans sont fixes et les personnages discutent hors et dans le champ. Les blagues (souvent hilarantes) de stand-up s’accumulent. Le héros est un gagman voulant devenir écrivain sérieux, a des problèmes de couple, voit un psy, s’adresse à la caméra. On prend les même et on recommence ? Anything Else est une variation mineure mais souvent délicieuse de l’Å“uvre de Woody Allen. Et ce sont bien ces petites variations et différences qui font plaisir. Les personnages principaux ont rarement été aussi jeunes, à peine plus de 20 ans et Woody Allen s’octroie ici un rôle presque inattendu de vieux sage face à son alter ego classique (Jason Biggs)

Le personnage de Woody Allen est une variation étrange du névrosé (très) cultivé qui vieilli en devenant un mentor terriblement paranoïaque et armé. Impossible de ne pas y voir le Alvy d’Annie Hall ou le Isaac de Manhattan demeuré solitaire, presque une conscience (il n’apparaît qu’avec Jerry). Jason Biggs/Jerry est un condensé proche de la caricature de l’homme s’enfermant très tôt dans des situations inextricables. Et drôles : psy muet, copine prétendument frigide, belle-mère envahissante, agent jouant de la torture affective… Face à son autre lui-même Woody Allen « père » en finit par exhorter son disciple à quitter New York (et à donner des coups) pour Los Angeles, chose dont il fut lui-même incapable (ou alors le temps d’une escapade désastreuse) quelques 25 ans auparavant. Le lien élève/maître (à ce propos un thème également abordé dans… Crimes et Délits !) devient jeu de miroir temporel, le fantasme d’une deuxième chance.

Dans ce rôle miroir, Jason Biggs s’en tire honorablement mais sort peu de l’exercice d’interprétation d’un personnage du répertoire allénien (à ce jeu, Larry David dans Whatever Works est excellent et plus inspiré). Christina Ricci joue de son visage à la fois beau et étrange et s’avère être une vamp énervante mais aussi terriblement sexy en culotte et tshirt blanc. Car le Woody Allen des années 2000, avec des actrices comme Evan Rachel Wood, Christina Ricci, Penelope Cruz et évidemment Scarlet Johansson, se veut plus « hot » qu’il ne l’a jamais été. Cela ne nuit aucunement au(x) film(s)…

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 Par Pascal     Commenter3 octobre 2009    Catégories: Cinéma

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