Bobby
Vu le 30/1/2007 Ă l’UGC George V salle 4 en VO
Bobby suit le destin d’une galerie de personnages le 4 juin 1968 Ă l’Hotel Ambassador oĂą le sĂ©nateur Robert Kennedy trouvera la mort juste après sa victoire aux Ă©lections primaires californiennes peu après minuit.
Plus qu’une petite histoire, Emilio Estevez nous donne un instantanĂ© de la fin des annĂ©es soixante. Mariages rapides pour Ă©viter de se rendre au Vietnam, prises de LSD, campagne Ă©lectorale Ă l’ancienne, droits civiques… le tout ponctuĂ© de remarquables images de discours de Robert Kennedy. Quand on Ă©coute ceux actuels en France, on peut vraiment dire, c’est quand mĂŞme autre chose.
Il glisse Ă©galement dans son film de jolis portraits de femmes, dont celui de Demi Moore, Ă©tonnante en star presque vieillissante et alcoolique, au dĂ©triment de sous-intrigues plus convenues comme l’amourette entre Lindsay Lohan et Elijah Wood ou la relation entre William H Macy et Heather Graham. Au spectateur de se laisser charmer par l’une ou l’autre de ces petites chroniques oĂą l’Ă©lĂ©gance de la mise en scène laisse leur chance Ă tout ce prestigieux casting. Les acteurs se dĂ©fendent tous bien comme Freddy Rodriguez (dĂ©couvert dans Six feet under) en serveur sympa et surtout Nick Cannon si convaincant en militant noir timide qu’on est Ă©tonnĂ© de dĂ©couvrir que c’est un rappeur tonitruant.

Le point culminant de Bobby est l’assassinat lui-mĂŞme pendant la frĂ©nĂ©sie de la sortie de discours de Kennedy oĂą tous les protagonistes se retrouvent. C’est dans ces derniers moments que le rĂ©alisateur Emilio Estevez (impayable dans Alarme Fatale par ailleurs) rĂ©ussit son coup montrant la mise Ă mort du « futur prĂ©sident » comme une sorte d’anĂ©antissement, la fin d’un combat dans une cuisine ravagĂ© par une foule paniquĂ©e et des blessĂ©s hagards.
Cette perte d’espoir est un bon contrepoint Ă la nostalgie naĂŻve et joliment filmĂ©e qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Très marquĂ© par cet Ă©vènement, Emilio Estevez nous dit : « Ă€ compter du 5 juin 68,je pense que nous avons commencĂ© Ă cĂ©der au cynisme et Ă la rĂ©signation. Cela explique en grande partie ce que nous sommes aujourd’hui ». Il n’est que trop temps de se replonger dans la lecture des Ă©vènements de cette dĂ©cennie par James Ellroy. Avec American TabloĂŻd et American Death Trip, l’Ă©crivain nous rappelle que ça ne date peut-ĂŞtre pas de ce jour lĂ et nous fait Ă©prouver, encore plus que les superbes photos du gĂ©nĂ©rique, toute cette fascination, cette admiration et cette haine qu’ont engendrĂ©s les Kennedy sur leur entourage et sur le peuple amĂ©ricain.
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