Bellamy

Vu le 25/2/2008 à l’UGC George V salle 2

Bellamy est la première rencontre de deux poids lourds du cinéma français : Gérard Depardieu et Claude Chabrol. Ce dernier a écrit spécialement le film pour Depardieu. Comme il arrive régulièrement dans ces rencontres arrangées, le résultat n’est pas étincelant et le film n’est pas un succès (il marche moins bien que les quatre précédents métrages du réalisateur). Il ne faut pas s’en détourner pour autant car il est souvent plaisant. Depardieu est donc Bellamy, un commissaire connu et réputé en vacances avec sa femme bien aimée et aimante (Marie Bunel). Mais il ne peut s’empêcher d’enquêter « à titre privé » sur une escroquerie à l’assurance où il s’intéresse au coupable présumé en cavale. Pendant ce temps, son frère (Clovis Cornillac) mal aimé lui rend visite.

De ces deux histoires, Chabrol privilégie la partie familiale plus pesante, remplis de ressentiments. Ce sont donc les tensions chez les Bellamy que Chabrol met en valeur. Presque chaque scène a son lot de sous-entendus teintée de paranoïa (Bellamy est-il trompé par sa femme ?). Ce n’est pas ennuyeux, certaines scènes sont très biens, mais ces retrouvailles m’ont laissé quelque peu de marbre. Si la sentence finale est éclatante (« J’ai trouvé de la dignité à me mépriser moi-même »), la révélation associée est décevante et la conclusion laisse autant de regrets au protagonistes qu’à moi le spectateur, un peu déçu de n’avoir pas été plus captivé. L’enquête, une histoire de sosies, illustre la première histoire : le flic Bellamy préfère régler les problèmes des autres au lieu de balayer devant sa porte. Je préfère cette enquête un peu décousue car elle est plus drôles. Les rencontres de Bellamy avec le coupable ou les apparitions de la femme fatale (excellente Vahina Giocante) sont savoureuses. Et la chute au tribunal fait preuve d’un mépris très joyeux pour la justice.

Bellamy, c’est aussi tout le savoir faire de Chabrol : l’art du décors bourgeois sous toutes ses coutures (avec l’irruption ostentatoire de l’écran plat). Les dialogues sont souvent très forts avec une certaine délectation pour les répliques délicieusement idiotes. Dans un bricomarché, Bellamy regarde des clous et une vendeuse lui dit :« Vous êtes venus pour des clous ? – J’espère pas. ». Oui, ça me fait vraiment rire tout comme le repas gastronomique chez le couple homosexuel.

Le metteur en scène fait toujours la part belle aux acteurs. Je ne connaissais pas vraiment Marie Bunel (vu pourtant dans La Fille coupée en deux) mais elle est lumineuse tout comme les deux autres femmes du film, Vahina Giocante et Adrienne Pauly. Trois femmes et tempérament forts mais tous distincts. Chez les hommes, Jacques Gamblin semble beaucoup s’amuser dans ses multiples rôles. Clovis Cornillac, déjà avec Depardieu dans Astérix 3, est toujours bon, toujours lui-même.
Et le metteur en scène fait la part belle à Depardieu/Bellamy, moteur et donc raison d’être de ce bon film. Séducteur, lubrique, ironique, drôle, triste, méprisant, curieux, amical, amusé, désagréable, lucide, chanceux, malheureux… le personnage sonne comme un portrait de l’acteur. Encore plus que le récent Diamant 13, Gérard Depardieu n’est pas gros mais imposant, immense. Certes, Bellamy n’est pas un film passionnant mais il a suffisamment de moments délicieux pour qu’on s’y attarde.

A part ça, ça fait beaucoup de Bellamy(s) dans le texte.

bellamy-depardieu-gamblin

Par Pascal
Commenter5 mars 2009
Catégories : Articles, Cinéma

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