Apocalypto

Vu le 17/01/2007 à l’UGC George V salle 4 en VO

Une paisible tribu d’Amérique est attaquée et emprisonnée par des Mayas. Patte de Jaguar, qui a caché sa femme, est bien décidé à revenir auprès d’elle.

Evidemment, Apocalypto, film réalisé presque en marge (avec un budget raisonnable de 40 millions de dollars mais qui n’a rien à voir avec les grosses productions hollywoodiennes actuelles) est réalisé par l’ « ignoble » Mel Gibson ce qui donne droit en France à des critiques aussi stériles que putassières comme n’hésite pas à le faire Cécile Mury dans Télérama.
Aussi la polémique autour du film tient plus de l’homme Mel Gibson et de son précédent film, la Passion du Christ, que du film lui-même.

Triste constat donc qui pourrait en faire passer plus d’un à côté d’un très bon film d’aventure. Comme pour son précédent film, Gibson tourne son film dans un dialecte « d’époque », le Yucatèque, et il soigne sa reconstitution. Le résultat est foudroyant. Tels les prisonniers du film, Gibson nous précipite au coeur de cette civilisation maya, légendaire mais peu connue. Toutes la séquence dans la cité Maya et ses abords fourmillent de détails vivants : travailleurs recouverts de poussières de chaux, femmes teignant les tissus, bâtiments et pyramides tous en construction ou en réfection, vente rapide d’esclaves… toutes ces images dynamiques, appuyées par des costumes, des bijoux et des tatouages étonnants, forment une tableau superbe, mouvementé et crédible.

apocalypto

La description du metteur en scène se veut également historique puisque la civilisation Maya était sur le déclin à l’époque du film pour des raisons multiples mais pas encore clairement établies. Sans extrapoler à outrance, Gibson donne quelques pistes en se servant toujours de sa caméra plutôt que de longs dialogues. Il évoque un peuple maya en proie à la famine et aussi à la peur et à folie, entièrement soumise à des élites qui le manipulent, le jeu de regards entre les différents chefs lors de l’éclipse en dit long. Cette folie conduit à des sacrifices humains à répétition et cette frénésie a des allures de fin de règne.

A ce besoin de sang et de puissance s’oppose la tribu de Patte de Jaguar qui vit en harmonie sous la bienveillance des sages perpétuant une tradition orale à travers des paraboles mettant en garde les hommes qui veulent tout avoir. Les échos avec la société d’aujourd’hui sont visiblement volontaires et discutables. Je n’irai pas plus loin puisque je m’hasarderai à dire qu’on ne peut rejeter les civilisations qui vont de l’avant au profit de celles se refermant sur elles-mêmes.

Et je n’irai pas plus loin car Apocalypto est aussi et surtout un film d’action constamment en mouvement. Outre ces visions parfois démentes, comme la petite fille malade lançant une malédiction à des guerriers, Apocalypto offre une heure haletante de poursuite dans la forêt d’Amérique centrale. Bien dirigés, la fureur spontanée, presque naturelle, des acteurs, inconnus, renforce les parti pris de Mel Gisbon et le côté très physique et brutal du métrage.

J’adore les films « en mouvement » et tous ces films de poursuites/chasses en forêt m’ont toujours plu, ainsi des excellents films comme Traqué, Predator ou Le Dernier des Mohicans. J’admire ces films pour leur côté sauvage et aussi parce que cet esprit de retour à la nature conduit à des récits linéaires mais hors normes, souvent démesurés et jouissifs.
Avec la débauche de violence et de sang, la course presque inhumaine des protagonistes, les rebondissements prophétiques et les déclamations menaçantes de Patte de Jaguar, Apocalypto rentre dans cette catégorie par la grande porte. Et la conclusion revient à Mel Gibson : « Mon désir était de tourner un film d’action et d’aventure trépidant qui ne laisse aucun répit ». C’est parfaitement réussi.

Fiche IMDB

Par Pascal
2 commentaires26 janvier 2007
Catégories : Cinéma

2 Commentaires Add your own

  • 1. Anderton  |  janvier 27th, 2007 at 4:10

    Intéressant. Ce que je pense d’Apocalypto :
    http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/mel-gibson-sacrifie-son-apocalypto.html
    Mad Max 4 est à l’étude… mais sans Mel Gibson :
    http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/mad-max-4-sans-mel-gibson.html

  • 2. Aska  |  janvier 27th, 2007 at 8:12

    Intéressant aussi. J’ai essayé de poster un commentaire sur ta critique du film mais ça n’a pas marché (ou c’est post-modéré et là tu vas te retrouver avec plusieurs fois le même commentaire :) )

    Et voici ce que je disais :
     »
    Pour la véracité historique, deux choses : Gibson a aussi consulté des spécialistes et la civilisation Maya est assez mal connu. De fait, la vision de Gibson doit faire nécessairement débat.

    Cependant, le ton de Charlotte Arnauld (sur le lien fourni dans ton blog) est choquant et ses interprétations du film grotesques.

    J’ai trouvé que la civilisation évoquée était plutôt bien décrite et que celle-ci était non restreinte à ces sacrifices même si c’est le point culminant, on est dans une civilisation totalement en déclin, soumis à la famine et sans doute à l’obscurantisme.

    Les connaissances en astronomie sont fort bien évoquées puisque les chefs s’en servent dans le film pour manipuler les foules. J’espère en effet que nous serons d’accord sur le fait que si la civilisation Maya connaissait l’astronomie, ça ne veut pas dire que le moindre de ses membres maitrisaient cette discipline, loin s’en faut. D’où les manipulations possibles…
    « 

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