Apocalypse 2024 (1975) de L.Q. Jones
Je critique souvent les traductions actuelles de titres de film mais dans les années 70, on savait y faire aussi. A boy and his dog, dont on voit l’affiche dans Le Livre d’Eli, devient donc en français Apocalypse 2024 !
La troisième guerre mondiale dura 33 ans de 1950 à 1983. Mais c’est la quatrième guerre qui mit tout le monde d’accord en 5 jours et mit fin au monde telle que nous le connaissons. Vic (Don Johnson, avant Deux flics à Miami) erre dans ce monde désolé avec son chien, avec qui il communique par télépathie, en quête de nourriture… et de sexe. L’introduction géniale met tout de suite en place le lien entre Vic et son chien et leur(s) raison(s) de vivre. Rien de reluisant en somme : »You are not a good person » dit le chien à son maître alors que ce dernier assiste au viol d’une femme et regrette que les ravisseurs l’aient tuée (sauvagement tailladée) car elle aurait pu « servir trois-quatre fois ».
Le générique est une chanson un peu country et semble en complet décalage avec ce désert jonché de souvenirs de notre ancienne société de consommation, d’ordures diverses, de cadavres et de rats. Ce ton, plus propre à la comédie, est celui entre Vic et son chien. Vic n’est pas vraiment le maître mais au mieux un compagnon et souvent un élève/fils puisque le chien enseigne aussi bien la grammaire que l’histoire (!), enchaîne les remarques cyniques tout en rêvant de se rendre sur une terre promise. Leurs échanges donnent un peu de légèreté dans la barbarie ambiante et flirte un peu vers le western comique lors d’un vol de nourriture gonflé avec à nouveau musique country et gunfight.
De Mad Max à La Route, Le Post Apocalyptique est souvent un genre qui se rapproche du western. Sans l’esprit pionnier mais exactement l’inverse vu qu’il s’agit d’un monde qui se termine s’accrochant à quelques souvenirs comme le cinéma, représenté dans Apocalypse 2024 par des films érotiques en noir et blanc dont un western justement, A Fistful of Rawhide, vrai film qu’on risque pas de voir en DVD, et dont le titre emprunte aux titres de gloire de Clint Eastwood (qui joua dans A Fistfull of dollars et la série Rawhide).
Alors qu’on se dit que toute cette histoire va devenir une amourette, via l’apparition très voyeur de Quilla (Susanne Benton), vers la Terre Promise, Apocalypse 2024 bifurque vers une très étrange évocation d’une société ultra-aseptisée et abominable perdue dans une espèce de joie obligatoire. Le village du Prisonnier n’est pas si loin et Quilla devient un personne très troublant. Le film trouve ici toute son originalité jusqu’à une fin relativement logique sur son issue mais avec une ellipse très immorale, tout en humour noir. Scénarisé par Harlan Ellison, A boy and his dog ne vole vraiment pas sa relative notoriété.





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