L’inspecteur Chan Ka Kui est de retour mais en uniforme, forcé de donner des contraventions à une dizaine de camions à la fois (!) et de régler la circulation. Mais son ennemi du premier épisode, à qui il avait donné une sévère correction, sort de prison et veut se venger. Il intimide ainsi sa famille ce qui met Chan hors de lui au point d’infliger une sévère correction à ceux qui se moquent de lui. C’est mal de se venger de la sorte mais je dois reconnaître ce sentiment de plaisir délicieux de voir des méchants arrogants et bêtes s’en prendre plein la gueule. Ça arrive un peu moins souvent dans la vie donc profitons-en.
L’action semble encore une fois « simple » mais tellement dangereuse. Quand Jackie Chan traverse une quatre voie avec des voitures roulant à vitesse rapide, on se demande vraiment s’il le fait vraiment avec des cameramen le filmant à l’arrache. Et d’un autre côté, nous assistons à des bagarres très préparées et chorégraphiés avec des effets d’accélérés. Dans les deux cas, la fluidité des mouvements et la violence apparente des coups et des chocs sont vraiment impressionnants et immersifs. Une nouvelle fois, le générique du fin indique qu’on ne plaisante pas avec la moindre cascade.
Cette double histoire de chantage et vengeance est classique avec a priori un plus gros budget que Police Story et donc plus d’explosions. Le héros est toujours partagé entre son devoir et sa petite amie (toujours la craquante, et quelque peu horripilante, Maggie Cheung) et fera cavalier seul à la fin. Chan est plus sérieux que dans le premier opus, il accentue son côté excellent enquêteur et se met en retrait dans la comédie. Il faut quand même se taper la chiasse de son chef à plusieurs reprises. La version anglaise n’arrange rien à l’affaire et donc, entre deux bonnes séquences de baston et quelques prouesses physiques, on peut trouver le temps très long. A vrai dire, je préfère regarder Shanghai Kid. On peut trouver ça grave. C’est peut-être culturel. Et j’adore Owen Wilson.
Jackie Chan est connu pour sa pratique des arts martiaux. Au fait de sa gloire en Asie, il réalise ce Police Story soit une plongée dans l’action pure avec sa troupe de cascadeurs. Le début est pétaradant avec un gunfight dans un bidon ville puis surtout sa traversée en voiture. Il n’aura échappé à personne que Michael Bay a repris cette scène telle quelle pour son Bad Boys 2 près de 20 ans après. Ce plagiat est presque une bonne chose. Il montre que le fric ne fait pas tout : la séquence dans Police Story est plus sensitive que celle du film de Michael Bay. Nul doute que dans les deux cas, la préparation fut importante mais celle de Police Story donne l’impression d’une prise de risque et d’une spontanéité plus grande. Elle prend aux tripes. Il y a d’excellents films d’action américain mais une « simple » cabriole (de plusieurs minutes !) avec un parapluie de Jackie Chan pour s’accrocher à un bus est beaucoup plus spectaculaire que des fx numériques.
Le début de ce Police Story est donc excellent et ce ne sont pas les arts martiaux qui sont mis en avant mais bien toutes les capacités d’Action Man de Jackie Chan et son équipe. Et hélas de comédie. Police Story raconte une histoire de protection de témoin. Ce dernier est une dernière (Brigitte Lin). Le protecteur est Jackie Chan et il a une petite amie May (Maggie Cheung qui est très mignonne, ingénue). Nous avons donc droit à de la comédie. J’ai vu le film en anglais et il y avait déjà des contresens entre l’anglais doublé et l’anglais sous-titré ce qui limite la portée des gags. Mais bon en plus ce n’est pas excessivement drôle : certes on peut sourire lors du faux interrogatoire et de la fausse tentative d’assassinat mais les quiproquos dans l’appartement sont plutôt pénibles. Le procès, avec perruques, est si nul qu’on peut en rire au troisième degré (au-moins). Le problème est que tout ça dure plus de 45 minutes et qu’on peut trouver le temps long. Tout juste peut-on apprécier Chan se garant de manière incroyable, s’amuser avec des fils de téléphones et provoquer quelques chutes et accidents.
La dernière demi-heure est beaucoup plus sérieuse, également au niveau de l’intrigue, avec des combats spectaculaires et des chorégraphies brutales. Certaines scènes sont accélérées mais ce qui pouvait nuire est ici plutôt bien mené (c’est pas les Anges Gardiens, quoi). Jackie Chan fait des choses inimaginables jusqu’au final anthologique dans le centre commercial. Ça fait un bon tiers d’hallucinant. C’est largement suffisant pour nous impressionner d’autant que, comme souvent dans les films de Chan, le générique de fin nous rappelle que toutes ces acrobaties ont un prix.
Enfin vu ce film de John Cameron Mitchell, comme Carrie hein, en même temps, il serait temps que je vois ces environ 1500 films que je dois enfin voir. Il se trouve qu’Hedwig and the Angry Inch est le film préféré de ma femme. Les personnes les plus incroyables sur terre se souviennent certainement de mon petit commentaire sur Shortbus et qui fit les beaux jours des visites sur le site (top 10 des articles, le sexe sans doute). Sans elle, je pense que je ne me serais pas déplacé (quoique peut-être, le sexe sans doute). Malgré un avis quelque peu mitigé, je garde plutôt un bon souvenir de ce film. Je suis quelqu’un de plutôt pessimiste et triste mais j’ai la chance de surtout garder en tête les bons moments des films.
Je risque de garder un excellent souvenir d’Hedwig and the Angry Inch. Déjà, j’ai adoré le tout premier instant du film présentant Hedwig en diva jetant son parapluie. Trois secondes, peut-être cinq, géniales, le genre de moments abrupts et absurdes que j’adore. Hedwig and the Angry Inch, c’est l’histoire glorieusement triste d’Hedwig, est-allemand muni d’un terrible pouce au mauvais endroit et chantant dans tous les USA à la traîne d’un chanteur à succès interprétant ses chansons qu’il a volé à Hedwig. Le film est d’abord une splendide comédie musicale joyeuse et terriblement entraînante. Les chansons sont toutes excellentes. The origin of love a un texte sublime tandis que Wig in a box bouleverse complètement dans le film. Ceux qui ne verront jamais « enfin » le film peuvent se laisser tenter :
« Good things come to those who wait ». Quand on voit dans quel contexte est prononcé cette sentence et la tête de Hedwig, nous plonge dans un mélange de tristesse profonde teintée d’un certain humour. Et ça fait déjà plusieurs fois que je tente de mélanger des adjectifs positifs et négatifs dans ce court commentaire (saurez-vous les retrouver ?) et il faut dire que la mise en scène de John Cameron Mitchell, truffée de flash back géniaux, repose sur cette narration joyeuse d’un homme-femme triste se battant pour devenir lui-même.
John Cameron Mitchell joue Hedwig. Acteur dans les années 90, il a arrêté depuis ce film sauf pour une apparition dans Shortbus. Est-ce vraiment un hasard tant il semble avoir absolument tout donné dans ce personnage comme une sorte de don au cinéma ? Original et libre, Hedwig and the Angry Inch est un vrai bonheur, à voir pour son interprétation kamikaze (type The Wrestler avec Mickey Rourke en plus euphorisant) et par tout fan de comédie musicale.
Enfin vu ce classique du film d’horreur, qui fait en outre partie des 100 films fantastiques (sur en gros 1975-1993) de MadMovies paru pour leur centième numéro, réalisé par Brian de Palma. Le metteur n’en est pas à son coup d’essai et a déjà mis en boite un film fantastique, le bon Soeurs de sang. Carrie est une jeune adolescente, tête de turc des pétasses de son lycée (soit à peu près tout le monde), élevée et martyrisée par une mère illuminée. Peu à peu, dès lors qu’elle a ses premières règles, elle se découvre des pouvoirs télékinésiques.
Le film n’a pas vraiment subi l’épreuve du temps si ce n’est qu’on peut dire qu’il serait difficile de réaliser un film pareil aujourd’hui. Je reconnais avoir eu un peu peur de me retrouver avec un film surtout connu pour sa dernière partie et un peu pénible dans les deux premiers tiers. Le film choque dès ses premiers instants dans cette scène très voyeuriste dans le vestiaire des filles s’achevant comme un meurtre alors que Carrie a ses règles pour la première fois. Le retour éplorée de Carrie chez sa mère (terrifiante Piper Laurie) est assez traumatisante. Toute la suite sonne parfois comme un film de casse où les pétasses, notamment Chris (Nancy Allen, que j’avais vu dans l’hilarant 1941), préparent un mauvais coup à Carrie pour le bal de fin d’année où elle est invitée par le beau Tommy. Les hommes dans Carrie semblent d’ailleurs hors du coup, manipulés, ou plutôt soumis, aux femmes.
Et donc, le final est bien le morceau anthologique prévue avec des images marquantes où la violence de Carrie explose littéralement à l’écran. Sissy Spacek, du bal de promo à la crucifixion avec des ciseaux, rentre dans l’Histoire du cinéma. Bien des amateurs ont décrit longuement tous les degrés de lecture du film et sa mise en scène. Un classique en somme mais aussi une expérience intense et violente de bout en bout.
Quelques encarts furtifs nous placent dans l’uchronie : Europe écolo sans armes nucléaires, OTAN dissoute, révolutions dans les pays d’Amérique centrale… et une union soviétique au bord de la famine qui tente une fuite en avant. Cela rappelle d’ailleurs le point de départ du roman Tempête Rouge de Tom Clancy où, privée de gros approvisionnements en pétrole, l’URSS se résout à déclencher une offensive en Europe.
Après un court générique, on voit deux frères qui vont à l’école dans une ville du Colorado. En pleine classe, les parachutistes russes tombent du ciel et sèment la désolation. Les deux frères et quelques collègues vont alors se cacher dans la montage. C’est l’art d’aller droit au but en quelques minutes. Le réalisateur John Millius ne s’embarrasse pas de longues expositions des personnages et nous précipite rapidement dans l’invasion puis la résistance.
John Milius ne s’intéresse pas vraiment à la grande Histoire mais préfère se concentrer sur ce groupe d’adolescents qui décident de résister à l’envahisseur. Et dans le genre, je crois qu’on peut difficilement faire plus patriotique. L’Aube Rouge est vraiment porteur des grandes valeurs de l’Amérique que ce soit dans l’évocation de la chasse (on boit le sang de la bête qu’on a tué) que dans l’héroïsme exacerbé. Le groupe de teenagers n’est pas en effet L’Armée des Ombres mais une bande armée revancharde qui signe ses actes (Wolverine, la mascotte de leur école) au fil de ses nombreuses victoires.
Nombreuses en effet, L’Aube Rouge est sorti en 1984 ce qui n’est pas si lointain. Il fut considéré comme un film très violent au point d’être au Guinness Book of Records d’après Wikipedia ! Rien de bien méchant en fait mais il est vrai que les escarmouches et actes de guérilla s’accumulent. Les pyrotechniciens ont du beaucoup s’amuser et du coup l’amateur devrait largement trouver son compte dans ce récit quelque peu binaire. Car dans L’Aube Rouge, les russes sont très méchants, le véritable ennemi de l’amérique. Les américains sont gentils et valeureux façon all american hero avec sens des responsabilités et du sacrifice autour d’un gamin (Patrick Swayze) qui est aussi (évidemment ?) le quaterback de son bahut.
Il y a aussi un grand sens de la stratégie puisque les gamins tuent un grand nombre de soldats et provoquent des dégats importants sans vraiment subir de grandes pertes. Quand ils retrouvent un pilote de l’US air force échappé de son avion qui s’écrase, celui-ci leur dit qu’il a abattu quatre avions ennemis avant d’être touché à son tour. On se demande presque comment les US peuvent perdre alors qu’une dizaine tout au plus de gamins, dont le seul avantage est de connaitre le terrain (c’est bien sur non négligeable), déjoue fort longtemps l’armée d’occupation !
Bien que peu exploitée, la réponse est sans doute à chercher dans cette défiance envers l’autorité, thématique assez récurrente dans les années 80. Outre, l’abandon des états (l’Europe est neutre dans le conflit – et on pourrait presque voir dans ces révolutions dans les pays du sud qui se retournent contre les US une certaine justification de l’interventionnisme), le seul personnage américain qui a une autorité légale (le maire) est impuissant face à l’ennemi. C’est l’américain seul et armé que Milius loue, celui qui agit, a parfois des scrupules mais fait son devoir, des choses importantes et qu’on comprend de moins en moins de nos jours. Milius pointe peut-être du doigt notre société de consommation avec des générations de jeunes plus préoccupés par leur nombril que ce questionnement. Dans ce cas, son film est presque porteur d’espoir.
L’Aube Rouge illustre souvent ce propos par un style un peu trop glorificateur et même pompier pour être totalement convaincant, sans être déplaisant loin s’en faut. Dans cet esprit de sublimer la force de l’Amérique et sa jeunesse, il n’est pas étonnant que John Milius n’évoque que très peu l’aspect macro du conflit ni même son issue, dévoilée implicitement grâce à un monument aux morts, puisque celle-ci ne fait aucun doute. Le metteur en scène évite cependant de donner une vision idyllique de cette résistance. La mort, la trahison, les exécutions, le meurtre de sang froid sont aussi le lot de ces gamins devenus trop rapidement soldats. Malgré la condition étrange des femmes dans le groupe, égales des hommes mais assez hystériques dans un environnement relativement asexués (on est plus dans l’admiration et l’amitié), les séquences au sein du groupe sont bonnes, souvent douloureuses quand elles ne bouleversent pas notamment lors d’un suicide déchirant à la grenade.
Au final, je suis content d’avoir pu découvrir ce film que je voulais voir depuis quelques temps et sans m’attendre à un chef d’oeuvre et certainement plus profond qu’un film bourrin. On retrouve en outre quelques jeunes acteurs comme le couple Patrick Swayze/ Jennifer Grey avant Dirty Dancing ainsi que Charlie Sheen, déjà au cœur de la guerre une poignée d’années avant Platoon. J’ignorais par contre que l’histoire originale était de Kevin Reynolds, qui réalisera plus tard Robin des Bois et Waterworld.
Jean-Pierre Melville filme la Résistance après l’arrivée inexorable des allemands en France (la première scène qui envahit littéralement l’écran illustre l’invasion ; Melville hésita à mettre à la fin du métrage jusqu’à la sortie du film) et la lutte d’une poignée de français d’horizons divers mais guidés par une abnégation et une volonté de vivre. DansL’Armée des Ombres, il est bien question de vie, ou plutôt de survie. Le réalisateur ne décrit pas un héroïsme éclatant et des actions spectaculaires, comme des sabotages, que nous verrons pour ainsi dire pas. Tout juste parle t’on de réseaux et de ravitaillement. Le reste n’est qu’mprisonnement, torture, évasion, double-vie et secret absolu, même auprès de ses proches.
Surtout auprès de ses proches : la cause transcende ces êtres. Ils passent à l’acte pour celle-ci : le parcours de Philippe (Lino Ventura) évoque constamment la prise de conscience de ce dépassement à travers les meurtres ou le saut en parachute. Ils prennent tous les risques pour se sauver les uns les autres mais n’hésitent pas non plus à se sacrifier, ou sacrifier, pour protéger le groupe. Cet engagement total, et son implacable fin (la mort) est la plus belle illustrations de l’héroïsme et de la résistance à l’adversité.
Pour évoquer cet engagement et cette volonté de (sur)vivre face à l’occupant, Melville réalise des scènes épurées tout en nuances de gris, bleu et vert en y insufflant une tension permanente, qui arrive par surprise (le contrôle dans le métro ou l’enlèvement par la gestapo d’un résistant en pleine rue) ou qui est étiré jusqu’à l’insoutenable (la venue dans la prison de Lyon et le bruit stressant des portes qui s’ouvrent et se ferment). L’escapade en Angleterre, protocolaire (De Gaulle) et touristique (cinéma et visite), fait figure de court bol d’air.
Et au fil des visions, c’est l’impression que chaque scène compte des premières scènes dans un camp de prisonnier jusqu’aux dernier instants, considérés parfois comme onirique, et ce visage insondable et bouleversant de Mathilde (Simone Signoret). Porté par un casting exceptionnel, L’Armée des Ombres est un des plus beaux films que j’ai vus, sans doute le plus important sur la Résistance durant l’occupation.