Archives de mars 2010

Prédictions (2009) d’Alex Proyas

John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool à la main, John écoute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des années 50 se révélant être une série de chiffres prédisant les grandes catastrophes des décennies à venir. Et il en reste encore trois à se réaliser…

Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le résultat ne peut être totalement mauvais. Passée la très intrigante introduction, la progression repose surtout les épaules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inégale. Il entretient bien le mystère étrange autour d’une présence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan séquence autour de John constatant le désastre malgré des effets un peu approximatifs (les flammes).

On n’évite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophétiques. Il y a des effets spéciaux un peu limités, le feu particulièrement lors d’une scène « à travers la fenêtre ronde » faisant écho à celle de The Crow du même auteur. Plus grave, il y a des effets spéciaux vraiment ratés : l’accident de métro est très laid. Pour tout dire, les effets étaient plus réussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !

Mais les vingt dernières minutes sont géniales. La résolution de ces prédictions et lois des chiffres peut paraître exagérée mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, où une société en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinéma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du désenchantement. Et un Nicolas Cage, soulagé : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos généralisé au milieu du déterminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spéciaux se trouvent mêmes plus réussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bête noire actuelle du film apocalyptique raté.

Bien que le fond soit (très) grave, Prédictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgré les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des années 50 qui répond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revêt son « masque de génie » (un mime d’une demi-seconde, une idée bête mais tellement véritable qu’elle réhausse la scène) et la classe de petits génies au MIT où John travaille où l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquées au tableau quand même).

La toute dernière scène accrédite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blé et arbre de la vie, ou de la mort). Par son côté lègerement too much, la couper n’aurait peut-être pas nuit au film, ses détracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.

Par Pascal
Commenter27 mars 2010
Catégories : Apocalypse, Articles, Cinéma, Thriller

The Ghost Writer (2010) de Roman Polanski

En Anglais, nègre se dit Ghost Writer. C’est le métier du héros sans nom, normal vu qu’il doit rester d’anonyme, interprété par Ewan McGregor qui se trouve employé à la va-vite pour reprendre une autobiographie de l’ex premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan) demeurant aux USA et sur le point d’être attaqué en justice pour crime contre l’humanité.

L’essentiel de The Ghost Writer se déroule sur une île reculée et pluvieuse de l’Amérique. Que ce soit avec une BMW abandonnée ou un vélo, sous le porche d’une maison en bois ou dans la grande chambre d’une maison super design, Roman Polanski instaure rapidement une ambiance, un style où les personnages ne surjouent pas dans la gravité et la suspicion mais se tirent dans les pattes pour des raisons sans rapport avec l’enjeu principal du film. C’est une des qualités de The Ghost Writer : le complot n’intéresse que l’écrivain et semble toujours à côté comme si tout le monde avait autre chose à foutre. Le trouble et le sous-entendu sont donc ailleurs à l’image du triangle amoureux formé par Adam Lang, sa femme (Olivia Williams) et sa secrétaire particulière (Kim Cattrall).

Dans une sorte de faux rythme, The Ghost Writer est traversé par des scènes géniales telle l’entrevue pour le rôle de nègre, vrai moment de « real business ». Faux rythme donc car The Ghost Writer insiste parfois lourdement et parfois on ne sait pas trop où tout cela mène à l’image de ce voyage vers l’inconnu en GPS, bonne idée exploitée un peu longuement pour un résultat qui ne nous apprend pas grand chose. On devine à travers cette déambulation, apparemment vaine mais évidemment importante, l’art puissant pour brouiller les pistes et Roman Polanski le maîtrise plutôt bien avec une résolution sans grandiloquence à la fois ironique et suave, champagne à la main, où les écrits s’envolent autant que les paroles. Au fond, il y a dans ce cinéma quelque chose de délicieux, une sorte d’ambition modeste mais qui se révèle vertigineuse (on parle quand même de manipulation politique à l’échelle mondiale) et qu’on ne retrouve pas forcément dans un film Shutter Island qui sort au même moment.

The Ghost Writer se reverra même plus facilement avec des acteurs qui font du beau jeu sans avoir l’air de se donner de la peine. Je garderai en mémoire la performance de Kim Cattrall. En une descente d’escalier en tailleur serré, elle fait oublier 94 épisodes de Sex and the City. Quant à Pierce Brosnan, il étoffe son registre du double jeu à la foi séducteur et impressionnant mais aussi sensible et faussement puissant.

Par Pascal
Commenter20 mars 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Thriller

Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

C’est le gros film dont on parle toujours un peu trop. Je suis heureux de lire les magazines un mois après leur parution surtout que Première a fait plutôt fort. Même le buzz et la bande-annonce ont activé mes neurones. Conséquence logique ma parano de spectateur de cinéma, en mode « tout le monde est suspect dans un film », s’est mis en marche bien avant que le métrage commence. Et je me suis retrouvé au Normandie, à comme regarder pour la deuxième fois Shutter Island.

Et c’est plutôt pas mal quand même. Martin Scorcese oublie sa fureur, ses films sensitifs qui l’ont rendu célèbre et assume le luxe de la logistique à sa disposition. Plastiquement, Shutter Island est constamment superbe promenant deux marshall dans une enquête sur une disparition insoluble dans une (as)île de fous où le mystère et le silence contraint semblent les seules règles imposées par un Docteur Cawley (Ben Kingsley) troublant psychiatre aux méthodes renvoyant plutôt à l’expérimental Docteur Moreau, lui-même maître sur son île.

Personnage central, Teddy Daniels tente de distinguer le vrai du faux tout en se battant avec ses démons et ses propres secrets. Martin Scorcese multiplie les flash back, mélange trauma et onirisme autour du passé de Daniels, ancien soldat de la deuxième guerre mondiale et qui libéra Dachau. Les visions évoquées, où la mort rôde, sont comme des tableaux vivants et paradoxalement macabres. Ce n’est pas une horreur viscérale mais bien la vision d’un peintre. Scorsese demeure un sacrément bon cinéaste et distille dans chaque scène l’inquiétude, l’instabilité et l’incompréhension de Daniels surtout lors de la fouille de la forteresse de l’île, dédale impressionnant et sombre.

Je ne suis pas certain de vraiment aimer le style de Leonardo DiCaprio qui s’efforce une fois encore de sortir de son look éternel de jeune premier, la même année un peu à côté de la plaque dans Gangs of New York et idéal dans Arrête-moi si tu peux. Dans un rôle aux contours incertains, il est profondément sincère. Et bien que de tous les plans, il ne tire pas la couverture sur lui et donne la belle réplique à un excellent Mark Ruffalo en fidèle acolyte ou à une Patrica Clarkson illuminée. La palme revient peut-être à Michelle Williams en fiancée d’outre tombe. Au fil de ses requêtes (« libère moi »), elle apporte à Shutter Island sa face la plus dérangeante, la plus malsaine (peut-être même trop malsain pour moi) avec une candeur glaciale. Et on comprend que ce n’est pas tant les retournements de situations que leur source qui sont prodigieux dans Shutter Island.

Par Pascal
Commenter16 mars 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Thriller

Hors de contrôle (2010) de Martin Campbell

Pour le retour du grand Mel Gibson en tête d’affiche après plusieurs d’années d’absence, Martin Campbell adapte sa mini-série anglaise Edge Of Darkness des années 80, presque un sous-genre en soi après d’autres adaptations comme Jeux de Pouvoir ou plus anciennement Traffic. J’ai toujours vu Martin Campbell comme une sorte de jeune réalisateur. En fait il est né en 1940 ce qui ne rajeunit personne. J’ai auparavant vu six de ses films avec du très bon (Le Masque de Zorro), du bon (Casino Royale, Absolom 2022), du moins bon (Vertical Limit, Goldeneye) et du mauvais (Tristement, la Légende de Zorro).

Le vigilante flick Hors de contrôle arrive tout juste dans le bon. Le policier Thomas Craven (un super nom) reçoit sa fille chez lui mais elle se fait assassiner devant sa maison. Alors que ses collègues pensent que Thomas était la cible des tueurs, le père plein de rage enquête de son côté et découvre que sa fille lui cachait des choses sur son travail. S’en suit une enquête plutôt prenante avec un rôle sur mesure pour Mel Gibson : il est parfait en mec droit et dur tout en assumant son âge et la souffrance qui va avec à l’image de cette bagarre contre un jeune où il prend le dessus de justesse et qui se prolonge par une assez longue scène où il reprend son souffle ! Dommage que le film soit souvent bavard avec beaucoup d’allers et venues qui frisent la redite. Les confrontations demeurent cependant bonnes notamment quand Craven se trouve face au mystérieux Jedburg (Ray Winstone), synthèse vivante de toutes les magouilles politico-truc imaginables qu’on nous cache.

Logiquement, l’action est rare. Elle arrive souvent par surprise notamment une paralysante scène de meurtre sur la route, piqûre de rappel pour nous dire que Campbell ne se contente pas de filmer la star. Le final sonne comme un exutoire crépusculaire tel un western avec méchants très méchants (la scène entre le sénateur et ses collègues est terriblement cynique) et un Craven complètement à bout. Si on est réceptif, on peut trouver ça vraiment jouissif avec une délicieuse sensation d’être sur le fil du « too much ». D’ailleurs, ces instants font penser à l’épisode des Simpson où Homer retouche le remake de Mr Smith au Sénat avec Gibson dans le rôle titre et empalement avec le drapeau américain (Mel Gibson au sénat)

J’aurai pas contre bien du mal à défendre la fin « route du paradis » (et pas du tout edge of darkness) qui rappelle celle bouleversante de The Constant Garderner mais en franchissant gaillardement ma ligne imaginaire du grotesque. Mais, au fond, je crois que je peux tout pardonner dans un film avec Mel Gibson.

Par Pascal
Commenter14 mars 2010
Catégories : Cinéma, Thriller

Lovely Bones (2009) de Peter Jackson

Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinée par un de ses voisins. De l’au-delà, une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.

Pour son « retour » vers des films moins énormes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mélangeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique Créatures Célestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinéma et de coups de génie, le résultat m’a parfois décontenancé et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.

Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur côté : le père enfermé dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rêve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, généralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois même assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquée par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maîtrise et son amour du cinéma notamment dans ce travelling étrange de Susie parcourant plusieurs paysages.

La virtuosité la plus palpable de Jackson réside dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son découpage (avec la famille de Susie à table) et son inéluctabilité. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiétantes et parfois mêmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’écrasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans véritables indices mais à travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent séparément.

Bien que tournée comme un thriller, la scène clé du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette séquence est aussi dérangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement émouvante et profonde. Elle nous ramène aux désirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier à l’accroche sur l’affiche de Créatures Célestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.

Alors si le déroulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la découverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traités qui nous accompagnent après la séance de cinéma, ce qui n’est pas si évident. Lovely Bones est bien une réussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les émotions avec adresse et audace. Un vrai bon cinéaste.

Par Pascal
1 commentaire9 mars 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Thriller

Gainsbourg (vie héroïque) (2009) de Joann Sfar

Je n’avais vu qu’une poignée de photos de ce biopic français sur la vie d’un cet artiste singulier. Par contre, difficile de ne pas passer à côté de la médiatisation du film qui est sortie du classique affiche de cinéma et presse spécialisée. L’acharnement de Joann Sfar à dire qu’il ne s’agit pas tout à fait de la vie de Gainsbourg, que c’est « un conte de Joann Sfar » (ajout à la demande de Jane Birkin) mais que, malgré tout, ces mensonges peuvent faire surgir le vrai Gainsbourg m’a quelque peu soûlé. Je connais assez peu de biopic qui n’essaient pas de faire ressortir la vraie personnalité de l’homme/femme qu’ils décrivent. L’approche du réalisateur est certes originale, iconoclaste mais le but est le même, classique. Ce mélange j’assume/j’assume pas est un peu difficile à tenir. Et j’ai encore un peu de mal à digérer l’auto-citation très Alain Delon dans le générique de fin.

Mais l’oeuvre elle-même ? Elle est réussie. Je ne m’attendais pas à grand chose et le début, toute l’enfance de Gainsbourg, est formidable. C’est une vie onirique vue comme un fantasme d’où vont naître tous les gainsbourg : le juif, le pianiste, le séducteur, gainsbarre… l’apparition en arrière-plan de son alter ego (une marionnette) puis sa charge frénétique au piano (son père : « tu joues mieux la nuit » !) est le meilleur du film, superbement éclairé. Faussement timide, le gamin Lucien/Serge a du culot et dessine bien les femmes nues lui attirant toute sorte de sympathie (ce qui le sauvera au moment d’une rafle pendant la guerre).

Gainsbourg enfant, c’est l’acteur Kacey Mottet. Il est assez prodigieux, enfantin et espiègle mais déjà très Gainsbourg, en mesure de voler la vedette à Gainsbourg adulte. Mais l’interprète Eric Elmosnino est lui-même étonnant. Outre le maquillage et la ressemblance physique, il exécute toute une gestuelle et un langage qui évoluent tout au long du film. Sfar raconte le succès de Gainsbourg par une série de rencontres et de coups de foudre : la danse avec chaque femme qui le séduit et qu’il séduit est importante. Javanaise pour Juliette Greco, yé-yé pour France Gall, slow dans une boîte gay pour Birkin, danse lascive et libre pour Bardot (Laetitia Casta est formidable, Sfar a sur retranscrire tout le choc de la chanson initials B.B. lors de son arrivée sur le palier de l’appartement de Gainsbourg), boîte de nuit aux lumières dures pour Bambou.

La reste est une solitude étrange et des provocations diverses. Sfar ne montre pas frontalement, comme Leaving Las Vegas, l’alcoolisme (quel intérêt au fond ?) mais sa mise en scène de plus en plus saccadée, comme si Gainsbourg avait de moins en moins de moments de lucidité, semble traduire la fuite dans les spiritueux. Et on allume une quantité astronomiques de clopes dans ce film.

Au final, Gainsbourg (vie héroïque) est un bon biopic avec une bonne moitié vraiment enlevée et un dernier tiers plus triste, moins captivant. Il faut dire que je n’aime pas le reggae et sa reprise de la Marseillaise, qui a visiblement choqué, est surtout pénible à écouter. Sfar sait toutefois rester très sensible. Il peut être fier de son film et de sa vérité sur Gainsbourg.

Par Pascal
Commenter6 mars 2010
Catégories : Articles, Biopic, Cinéma

Le Livre d’Eli (2010) de Albert et Allen Hughes

Quelques mois après La Route un autre film post-apocalyptique débarque sur les écrans : Le Livre d’Eli soit la longue marche d’Eli mué par une volonté de faire parvenir son seul livre, une Bible, à destination à travers un monde dévasté.

Contrairement à La Route, il ne reste pas que deux balles dans le revolver d’Eli et il sait aussi se servir d’un couteau. Le meilleur du film sont ces scènes d’action qui sonnent toutes comme des règlements de compte, vifs et prenants. La fusillade autour de la maison (en aller-retours type travelling incessants ?!) est un très grand morceau de bravoure. Les frères Hughes empruntent au western, bien sur, mais aussi à divers genres de films d’arts martiaux avec un homme (Denzel Washington) se servant de tous ses sens pour exécuter des gestes précis et fatals.

La toile de fond est ce monde apocalyptique où règne la cruelle loi du plus fort. La scène où Eli assiste à un viol en se suppliant de ne pas intervenir est douloureuse. Le Livre d’Eli alterne les bonnes idées (le traitement des cannibales et les mains qui tremblent, l’usage des lunettes de soleil et les aveugles) et des invraisemblances qui laissent perplexe à l’image de l’héroïne (Mila Kulis, craquante dans Sans Sarah, rien ne va, un peu moins ici sauf dans sa petite robe) en pantalon slim sexy dans le chaos. On me répondra à raison que si le monde explose demain, les magasins seront remplis principalement de ce type de fringues. Et il y a aussi ce curieux paradoxe de trouver des étendues verdoyantes abandonnées alors que le reste de l’humanité s’entassent au milieu du désert. Radioactivité peut-être mais dans ce cas, je ne ferai pas coucher mes héros dans une centrale nucléaire.

Cela ne gêne tout de même pas pour suivre la quête mystique d’Eli. L’affiche de A Boy and his dog (un homme et son chien communique par télépathie dans un monde post-apocalyptique) dans une chambre sonne comme une note d’attention sur les capacités hors norme du héros, accentuée par une conclusion quelque peu inattendue (avec un Malcom McDowell assez grotesque) mais qui touchera ceux qui sont sensible en cette foi qui transporte les montagnes. Dans ce rôle, Denzel Washington est exemplaire en tout point et iconique quand il recule dans la pénombre le couteau à la main. Gary Oldman retrouve quant à lui un rôle de vrai méchant qui lui colla à la peau dans les années 90. J’ai même cru une bonne minute qu’on allait avoir une redite du Cinquième Elément lorsqu’il ouvre une boîte précieuse. Pour les amateurs de la série Rome, on retrouve l’excellent Roy « Titus Pullo » Stevenson dans le rôle du bras droit un peu sous-exploité.

Pour résumer, Le Livre d’Eli est plus accessible et moins sordide que La Route. Plus fun, plus sexy (c’est pas Charlie et ses drôles de dames non plus hein), moins déprimant, moins contemplatif. Les deux films sont bons mais disons que celui-ci se reverra beaucoup plus facilement.

Par Pascal
Commenter2 mars 2010
Catégories : Apocalypse, Articles, Cinéma


Catégories

Archives