Archives de janvier 2009
Vu le 26/1/2009 Ã l’UGC George 5 en VO
Porté par Jim Carrey, Yes Man s’inscrit dans la mouvance des comédies type Menteur Menteur ou Bruce Tout-Puissant . Pas forcément de très grands films mais de très gros succès par contre. Dans Menteur Menteur , un menteur invétéré se retrouve obligé de dire la vérité, son fils lui ayant jeté un sort. Je n’ai pas vu Bruce Tout-Puissant mais au vu du succès et du concept (Dieu/Morgan Freeman donne à Bruce/Jim Carrey ses pouvoirs), on peut deviner l’aspect énorme de l’entreprise tant au niveau des gags que des bons sentiments. Car la dernière partie des deux films consiste en une grosse louche de bonnes intentions, difficilement regardable car trop édifiante.
Yes Man suit ce canevas : Carl Allen, divorcé et banquier, dit toujours non à tout et décide de dire toujours oui. Le film a une structure très scolaire type thèse (non), antithèse (oui) et synthèse (oui et non) ce qui est en soit un progrès par rapport à Menteur Menteur (=c’est pas beau de mentir). L’élément de modification est lui personnifié par un Terence Stamp en gourou du oui que j’ai rarement vu aussi insipide. Il est donc celui qui va convaincre Carrey de dire oui grâce à un pacte de pacotille, Yes Man n’ayant pas vraiment d’argument fantastique. C’est à peu près à ce moment que le film démarre vraiment, le début étant fort longuet. J’étais pourtant bien disposé à rire et le début m’a vraiment effrayé par la pauvreté de son ton et des trois faire-valoirs amis/collègues de Carl sans intérêt. Une fois la machine à oui enclenchée, le film retrouve un peu de saveur (il faut toutefois se farcir une vieille nymphomane) d’où émerge même l’acteur Rhys Darby très sympathique en patron fan de Harry Potter et 300.
La comédie n’atteint quand même pas des sommets (une cuite à l’alcool et une autre à la Red Bull) mais le film se révèle plutôt plaisant surtout quand il lorgne dans la comédie romantique. L’atout charme de Yes Man est ainsi assurée par Zooey Deschanel, que je n’avais déjà pas oublié dans Phénomènes et Le Secret de Térabithia . Elle joue aussi Trillian dans Le Guide Galactique . En fille lunaire, chanteuse à ses heures et donnant des cours de « photofooting », elle est définitivement craquante et forme un jolie couple avec Carrey notamment dans cette grange sous la pluie, instant fort romantique. Toute l’escapade dans une ville des USA (Lincoln je crois, j’ai totalement oublié le nom de cette ville) constitue un des moments les divertissants dont la conclusion, rebondissement du film, est une amusante idée.
Après sa rupture peu convaincante, le réalisateur Peyton Reed se montre donc mal à l’aise avec ses gags vulgaires, on ressent bien que nous ne sommes pas dans une production Apatow, mais il réussit mieux ses moments romantiques nous permettant de regarder le dernier acte du film sans subir une avalanche de guimauve. Quant à la vedette Jim Carrey, elle est toujours parfaitement à l’aise, comme dans son récent Braqueurs Amateurs . Yes Man est donc beaucoup moins sirupeux que les deux comédies Menteur Menteur et Bruce Tout-Puissant . Il est aussi plus modeste et parfois ennuyeux mais finalement assez attachant.
Bonus et non des moindres : la musique dans le film, principalement par Eels, est excellente et originale pour le genre.
Par Pascal
30 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Revu le 15/1 en DVD
En 1327, un moine franciscain et son élève sont invités dans une abbaye pour résoudre la mort étrange d’un moine. Les morts ne tardent pas à s’accumuler.
Vu l’époque, on peut difficilement ne pas parler de la reconstitution. Le souci de réalisme qui émane du film, confirmé dans le making-of du dvd, est transcendé par une vision sans détour de l’époque. Le casting est constitué d’une multitude de gueules. Les moines sont pour la plupart maquillés/enlaidis, terriblement superstitieux, limités et effrayés à la moindre évocation du diable ou du démon. Jean-Jacques Annaud transforme ce monastère de l’Italie du Nord en une espèce de repaire des canards boiteux du monde. Et que dire des villageois autour du village, de la plèbe ? Entassée dans des petites maisons d’une pièce, affamés, ils sont tout juste bons à payer leur dû à l’abbaye, et accessoirement se prostituer. Ils ont aussi le verbe rare, limitant leur parole à des grognement et des rires gras : c’est l’état animal ou plutôt l’humain qui survit coûte que coûte.
Avec des décors sublimes et des images froides, le metteur en scène nous plonge dans un Moyen Age sans concession mais aussi très conflictuel où l’église est le moteur d’une culture immense, où le dogme s’oppose à la connaissance (on pratique ainsi l’autopsie) en son sein. La bibliothèque labyrinthique de l’abbaye symbolise ce conflit interne : les moines y détiendraient de nombreux livres, avant Gutemberg, mais son accès est réduit à deux personnes !
Annaud fait jouer ce conflit à plus haut niveau : l’abbaye est ainsi une arène où vont s’opposer ces deux faces de l’Eglise alors que doit se dresser une importante rencontre entre les représentants du pape et ceux du courant Franciscain :« L’important n’est pas de savoir si Jésus est pauvre mais si l’Eglise doit l’être » .
Au-dessus de cette triste mêlée se trouvent quelques esprits plus vifs : un moine aveugle justement aveuglé par le dogme :« j’ai entendu rire de choses risibles… » et un responsable qui voudrait être volontiers plus conciliant mais écrasé par la médiocrité et la haine ambiante (excellent Michael Lonsdale). Enfin, les visiteurs extérieurs vont s’opposer. D’un côté, nous trouvons un juge de l’Inquisition. En donnant l’impression d’être parfaitement conscient des moyens qu’il emploie sans aucune trace de ferveur mystique, F. Murray Abraham est profondément terrifiant, adepte des méthodes sordides et des jugements hâtifs pour rétablir rapidement l’ordre et l’autorité de l’Eglise en ces périodes troublées où les tensions sont nombreuses. L’époque du film et du roman original de Umberto Eco ne sont pas neutres. Nous sommes dans un siècle de troubles religieux (Avignon devenant la cité papale) où des courants s’opposent au fonctionnement de l’Eglise parfois très violemment et où l’Inquisition devient facilement expéditive.
Au moine inquisiteur s’oppose un duo classique maître/élève. Avec obstination et orgueil, le maître Guillaume de Baskerville (Sean Connery), lui-même ancien juge de l’inquisition qu’il a même cautionné, se démarque de ce monde de superstition par une quête de la vérité. Témoin de l’histoire, l’élève Adso (Christian Slater) est un peu le point de vue du spectateur. Il se confronte au dogme et demande son avis au maître sur cette époque et ses codes mais aussi sur ses sentiments dont l’amour. De leurs discussions découlent des commentaires parfois très pertinents (et amusants).
La raison de l’affrontement est cette enquête sur les morts fort suspectes au sein de l’abbaye. Le Nom de la rose est au-moins autant un thriller qu’un film historique. Ce thriller est captivant et parfois même ludique : s’il ne lui ai pas permis de rire, Baskerville cache difficilement sa jubilation à résoudre l’enquête qu’on lui a soumis et son enthousiasme à percer les mystères de la bibliothèque. A ce jeu, Sean Connery est superbe, développant un personnage qui donnera en partie le la de ses rôles à venir : un sage à la fois serein et parfois troublé, très souvent amusé par le monde qui l’entoure. Ses échanges avec Michael Lonsdale, lui-même très majestueux, sont un délice. Sean Connery est en plus ici un Sherlock Holmes du Moyen-Age (les allusions, parfois directes, sont multiples), un détective au service d’une enquête vive, pleine de rebondissements, qu’Annaud construit habilement avec un flash back explicatif assez étourdissant.
Je n’ai pas vu tous les films de Jean-Jacques Annaud (L’Amant et ses deux premiers films en fait) mais je pense que Le Nom de la Rose est bien son meilleur film.
Anecdote personnelle que je me dois bien de révéler près de 20 ans après ma première vision de cet excellent film : il y a une scène de sexe inattendue et très brute. Elle constitue un de mes émois adolescents les plus forts sur une pellicule et c’est une des raisons qui m’ont fait aller voir Sa Majesté Minor en salle. Je fus, un peu, déçu de ce côté. L’âge mais aussi, disons, la multiplication des canaux d’accès à ce type de « programme », m’ont sans doute rendu légèrement plus blasé…
Par Pascal
25 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Vu le 20/1/2009 Ã l’UGC Danton Salle Prestige en VO
Pour ce premier visionnage de Slumdog millionaire , j’ai eu cette impression de voir le film pour la deuxième fois. L’affiche, la bande-annonce (vu une seule fois) et un buzz type « feel good movie » deluxe laisse assez peu de place au suspense d’autant que le début, qui est presque la fin du film, permet de mettre rapidement en place tout le fil conducteur du métrage ainsi que sa conclusion. N’en soyons pas pourtant trop navré, Slumdog millionnaire tient parfaitement ses promesses. Mais il est probable que voir ce film sans vraiment connaître son sujet doit être une expérience assez grisante.
Slumdog millionaire raconte donc la trajectoire d’un gamin des bidons villes (un slumdog) de Mumbai (Bombay) candidat heureux de Qui veut gagner des millions puisqu’il est à une question du gros lot. Après l’horreur en Angleterre (l’horreur de la drogue pour Trainspotting et les zombies de 28 jours plus tard ) et dans l’espace (Sunshine ), Danny Boyle nous plonge au coeur de l’Inde et des indiens. Et c’est bien d’horreur dont on peut parler pour Jamal et son grand frère Salim, rapidement livrés à eux-mêmes sans aucune ressource. Le metteur en scène aborde frontalement les problèmes religieux, l’exploitation des enfants, les ordures partout, l’embrigadement dans la pègre…
Dans cet enfer tout ce qu’il y a de plus tristement réel, la réussite de Boyle, c’est sans doute de parvenir à garder cette toile de fond sordide tout en célébrant la débrouillardise des deux enfants (au Taj Mahal notamment, épisode particulièrement drôle) et l’obsession du cadet pour son âme soeur Latika. Ces épisodes tragi-comique couplée à cette obsession presque irationnelle du héros dans un environnement désenchanté rendent le film très picaresque.
Pour servir son propos, Danny Boyle se veut très dynamique, usant de caméra numériques et portatives comme un reportage sur le vif, avec des cadrages inattendus, mais très stylisé et coloré. C’est formellement discutable, on pourrait reprocher au réalisateur, et son directeur photo, une esthétique de clip MTV, mais l’aspect coup de poing l’emporte d’autant plus qu’il laisse passer étonnamment bien toutes les émotions du film notamment cette fuite éprouvante dans le train avec Latika sur la voie. Et si l’ensemble est donc relativement prévisible, Slumdog millionaire demeure passionnant à suivre et très attachant au point que Danny Boyle peut se permettre d’immortaliser le point culminant de son film avec la musique du générique de Qui veut gagner des millions . C’est très touchant en plus ! La musique ne se restreint cependant pas à ces thèmes et impose une sorte de genre electro-oriental qui va très très au-delà du easy listening qu’on passe dans les cafés à la mode. Certains morceaux renforcent profondément les images (celui de la fuite dans le train est génial). La bande originale est vraiment à acquérir.
Danny Boyle a ainsi saisi une destinée hindou mais à portée universelle, un mélange détonnant à l’image de son argument majeur : Qui veut gagner des millions . En plus d’être un puissant et réussi moteur narratif, la célèbre émission est une sorte de microcosme de la mondialisation. Carrément. Packagée parfaitement à l’identique dans le monde entier (si ce n’est la langue, même les présentateurs semblent interchangeables), l’émission est vecteur de rêve, d’évasion. Mais la culture y trouve droit de cité à travers les questions : très difficile pour un occidental de répondre à la toute première question alors que la dernière est évidente ! Slumdog millionaire peut donc largement passé pour un feel good movie d’exception porté par des acteurs très sensibles. On peut cependant voir dans le générique de fin, une euphorisante référence à ce qu’un européen comme moi imagine de Bollywood, un rappel : celui que tout cette histoire est un conte pour nous échapper d’une réalité très amère. Cette étrange ambivalence va comme un gant à Danny Boyle. Je ne suis pas certain de ma préférence entre Sunshine , mon préféré de Boyle, et ce film peut-être plus abouti. Mais le réalisateur anglais est assurément en très grande forme.
Par Pascal
23 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma Emissions Télévision
Revu le 13 janvier en DVD
Acheté au rabais chez un revendeur en ligne, je me suis posé cette question : Faut-il revoir Wall Street quelques vingt années après sa sortie ?
Revoir Wall Street , c’est supporter quelques tics des années 80. Entre autres une (inévitable ?) scène de cul en ombres chinoises avec une Daryl Hannah fort laide (si) et une musique façon Vangelis du pauvre avec un horrible « tube » au générique de fin. C’est aussi supporter une intrigue aussi classique que poussive soit un jeune loup, Bud Fox, pris sous l’aile d’un grand manitou du monde financier : Gekko (Michael Douglas). Peu à peu, le jeune loup va se rendre compte que le sens de la vie n’est pas le nombre de zéros dans son salaire mais le bien être social. Le meilleur du film est évidemment le personnage Gekko , archétype du vrai requin en col blanc avec ses gros cigares et ses bretelles. C’est peu dire que Michael Douglas est génial dans ce rôle, cette caricature magnifique. Quand il n’est pas à l’écran, Wall Street a moins d’allure d’autant que les Sheen père et fils à la ville comme dans le film sont bien falots.
Enfin, en plus de décrire le monde de la finance, Oliver Stone donne son avis et raconte Wall Street à travers une arnaque et des tractations illégales. On peut trouver le raccourci aussi révélateur que facile façon provoc du style « tous pourris » avec une fin idiote (encore un coup du micro caché) avec la SEC, l’autorité de régulation majeure des opérations boursières aux US, qui a le dernier mot : le système fonctionne. Ouf.
Faut-il voir en Wall Street un film qui a vieilli ? Pas tout à fait, la toile de fond est donc Wall Street, la bourse, les golden boys. Oliver Stone dépeint les dessous des marchés financiers. Volontiers sans pitié, ce monde est le repaire des coups fourrés entre milliardaires qui n’ont que faire des entreprises sur lesquelles ils spéculent. Bien des points sont abordés, ou survolés : les OPA, les assemblées d’actionnaires, les licenciements abusifs, les démantèlements, les golden parachutes… Oliver Stone raconte cet ère Reagan, ces années frics. Les années frics, voilà ce que dépeint Stone avec un certain plaisir : pas une scène où on ne parle pas de pognon, qui ne pue pas le pognon. Tout le film tourne autour de ça comme une obsession. Pour la plupart des protagonistes, il est le vrai et le seul symbole de la réussite. C’est donc aussi le culte de l’apparence que Stone illustre explicitement : un courtier doit vivre à Manhattan pour ne pas passer pour un imbécile, il doit porter de beaux costards, décorer son appart à la mode, avoir les poches remplies de billets…
Il faut évidemment posséder : les gadgets et passions de Gekko me faisaient bien marrer : la petite télé de deux pouces noir et blanc portative, le robot « Riptide style » qui sert à boire et des tableaux/objets contemporains un peu partout. Plus dérangeant encore, ce désir de posséder, le fric ont tout remplacé : Fox ne gagne pas la fille à la fin. Bien qu’elle reconnaisse l’aimer, elle le plaque quand elle se rend compte qu’il perd pour rester sous l’aile du mec qui l’a trahi ! Et que penser de Gekko qui montre son enfant obèse comme il montre ses pistolets de collection pour finalement le remettre auprès de la nourrice comme s’il le rangeait dans une boîte ? L’argent nous ferait perdre le sens des choses. C’est un lieu commun mais il est traité ici sans ménagement. Ces années frics, ostentatoires donnent des ambitions et des exemples aux jeunes américains. Un film comme A la recherche du bonheur raconte finalement un tel parcours, réussi cette fois-ci, Will Smith / Chris Gardner étant attiré par ce boulot en voyant un de ces golden boys garer sa Ferrari. Stone nous rappelle qu’il y a, si j’ose dire, un prix à payer.
Cette époque, vingt ans déjà , est-elle révolue ? Pas tant que ça, notre monde n’est pas tellement différent. La loi du dernier cri fait que la mini-télé noir et blanc et le robot serveur ont été remplacés par l’iPhone et les produits bios et l’art contemporain n’en finit plus de flamber dans les ventes aux enchères. Tout le monde parle de fric et des marchés financiers, du gréviste de Saint Lazare au président des USA, et veut une part du gâteau. Et, en cette période de crise où tout le monde perd, toutes les arnaques tombent comme des mouches, des entreprises truquant leurs résultats à la fameuse arnaque Maddoff à 50 milliards de dollars. Une ultime (pour le moment) esbrouffe réalisée au nez et à la barbe, voire peut-être la collaboration, de la multitude d’autorités de régulation dont la SEC, seul garde fou du film de Stone !
Wall Street n’est pas un film trépidant, pas toujours très fin, Oliver Stone n’est pas non plus connu pour être un réalisateur tout en finesse, mais on y trouvera un des meilleurs rôles de Michael Douglas et une chronique de ces années yuppies dont pas mal de choses demeurent encore d’une troublante actualité. Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes. Plikssen a une nouvelle fois raison.
Par Pascal
21 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Patrick McGoohan est mort à 80 ans. Il aura eu une carrière plutôt riche et variée et s’est notamment distingué dans les meilleurs épisodes de Columbo . Mais il ne se faut pas se voiler la face : l’acteur sera toujours pour moi le Prisonnier . Lui-même le reconnaissait. Je ne ferai pas cet article autrement. En 1967, Patrick MacGoohan a créé cette courte série (17 épisodes) qui devint une des plus mémorables de toute l’histoire de la télévision. Une série sur la liberté avec des instants déments et un dernier épisode totalement fou entre psychédélisme très sixties et modernité, où le chemin vers la libération est une allée de jukebox.
Pour avoir durablement marqué ma vie devant mon petit écran, je lui rend hommage.
Par Pascal
17 janvier 2009 Catégories: Articles Séries
Vu le 12/1/2009 Ã l’UGC George V salle 7 en VO
Je me souviens d’une critique, négative, de Télérama sur Twister où le film de Jan de Bont était comparé à une fête foraine, un spectacle avec des attractions. Je n’ai jamais trop compris, enfin un peu quand même, pourquoi il faut dénigrer ce style de film. L’oeil du Mal rentre un peu dans cette catégorie. Après son sympathique Paranoïak qui se réfèrait à Fenêtre sur cour , D.J. Caruso reprend à son compte la Mort au trousse . Son film est une sorte de tour de montagnes russes. Ainsi, deux inconnus reçoivent, séparémment, un coup de téléphone et entendent une femme les ordonnant de suivre rapidement des instructions délirantes. Ses prédictions, ses menaces et ses capacités d’action, comme dérouter un métro ou manipuler des grues, se révèlent de plus en plus insistantes. Et c’est parti pour un tour avec deux personnes qui n’ont pas la moindre idée de leur présence dans cette galère…
En toile de fond, il y a une histoire de terrorisme et des choix difficiles à faire au Moyen Orient mais je crois qu’on peut en avoir rien à faire. Seul compte la course trépidante de Jerry et Rachel. Le rythme est en effet frénétique. D.J. Caruso privilégie l’action à tout va ce qui a quelques conséquences dont un certain manque de lisibilité dans les grands moments d’action. On pourra aussi oublier un final très conservateur limite all american hero avec une réconciliation factice père-fils, une médaille du congrès (ou équivalent) délivrée, des responsables du désastre qui ne sont pas mis à l’écart et un baiser final certes tendre mais sur la joue. On pourrait aussi discuter de la deuxième partie du film, conçue autour d’un twist à mi-parcours. Ce dernier était relativement nécessaire, la femme au téléphone ayant une capacité un peu trop exceptionnelle d’improvisation, mais il se révèle légèrement invraisemblable. Il est cependant tellement ludique qu’on a vraiment envie d’y croire pour au-moins une autre heure.
Et il y a d’excellents moments de suspense particulièrement dans la salle de traitement des bagages dans un aéroport, déluge de tapis roulant, rarement montré au cinéma je crois (j’ai uniquement en mémoire Toy Story 2 seulement). Cet enfer de tapis roulants est pourtant très cinématograhique. Au fond, même si on ne comprend pas toujours tout, c’est souvent jouissif.
Et comme Paranoïak , le film est tiré vers le haut grâce à un excellent Shia Labeouf très bien épaulé par Michelle Monaghan. Shia Labeouf, protégé de Steven Spielberg producteur du film comme il le fut pour Transformers est toujours très bon, très vif. C’est aussi un peu mon chouchou actuel, dont le nom incite à me déplacer dans les salles obscures. Particulièrement grâce à ce couple et à un plutôt drôle Billy Bob Thornton, on sort de la salle obscure sur les rotules et ravi : pendant deux heures, j’ai oublié mon quotidien. C’est pas la Mort au trousse hein mais Ce soir-là , c’est exactement ce qu’il me fallait. Merci Shia.
Par Pascal
16 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Vu le 6/1/2009 Ã l’UGC George V salle 11 en VO
Trois hommes, mais aussi des gangs et une armée, se mettent en quête d’une carte au trésor, le fameux trésor de la Mandchourie .
Bien que largement vu comme principalement américain, le western, ses grands espaces et ses grandes histoires, a toujours dépassé les frontières jusqu’en Europe mais aussi en Asie. Le réalisateur coréen Kim Ji-Woon n’a pas résisté à s’attaquer au genre en citant explicitement Sergio Leone et son Le Bon, La Brute et le Truand . Mais alors que le réalisateur italien situait son film en Amérique, Kim Ji-Woon transpose l’action en Mandchourie dans les années 30. Film cosmopolite tourné en trois langues (Coréen, Japonais, Chinois), le metteur en scène magnifie le désert de Mandchourie et dresse un décorum de western traditionnel poussiéreux avec un petit côté post-apocalyptique pour sa présence d’éléments plus modernes car nous sommes dans les années 30 : armes automatiques,motos et jeeps.
C’est donc dire s’il règne un joyeux bordel dans la première partie du film où tout le monde semble l’ennemi de tout le monde jusqu’au vertige lors des fusillades diverses où les différents camps ne sont pas toujours clairement identifiés (peut-être est-ce lié à une méconnaissance culturelle). Les fusillades et séquences mouvementées sont très nombreuses dans le film avec un ton très singulier, mélange d’humour noir ou absurde (la séquence où Kang-ho Song revêt un casque de scaphandre est tordante) et de gore explicite, le sang jaillissant à profusion. Kim Ji-Woon nous propose ainsi un cocktail mémorable et imprévisible.
Les moments de répits en deviennent un peu longs, Le Bon, la Brute et le Cinglé a en effet un peu moins de corps dans son développement mais il trouve une conclusion dantesque partant d’une chevauchée explosive et terriblement jouissive pour se terminer sur le génial et attendu duel à trois. A moins d’être totalement hermétique aux films d’action, Cette dernière bonne demi-heure, très bien filmée, est un véritable bonheur.
La toile de fond est aussi intéressante puisqu’elle évoque l’occupation japonaise en Corée sous la forme d’exilés en terre chinoise. Ces mercenaires coréens, tels les Ronins japonais, cherchent pour la plupart la bonne fortune et ont une vision empreinte de fatalité sur cette occupation loin des velléités patriotiques. Il n’est alors pas étonnant que la quête de ces hommes tournent comme à vide, se raccrochant à quelques grandes espérances (l’argent pour le Bon, la terre et le troupeau pour le cinglé, la gloire, et la vengeance, pour la brute) que le regard de Kim Ji-Woon rend pathétique. Ce côté dérisoire, cette absence de sens se retrouvent donc dans ces belles images et ces fusillades sans fin. Les déracinés n’ont plus que cela à faire : errer et se battre.
La réussite du film est aussi celle du trio d’acteurs. Loin de l’ironie du « Bon » Clint Eastwood, Jung Woo-Sung interprète un chasseur de prime monolithique très proche héros solitaire sans peur et sans reproche. Combiné à son sérieux à toute épreuve, il tranche avec les deux autres protagonistes. Mais il n’est pas sans un certain humour, le réalisateur poussant cette figure héroïque à massacrer à lui tout seul la moitié d’un régiment japonais !
Byung-hun Lee est la brute ou plus ou moins le méchant de l’histoire aux motivations et actions tordues. Acteur principal du précédent film de Kim Ji-woon, le bon A Bittersweet Life , l’acteur est plus survolté et inquiétant, parfait.
Enfin, j’ai déjà dit à deux reprises, pour The Host et Foul King (de Kim Ji-Woon également) tout le bien que je pensais de Kang-ho Song. Excellent cinglé et singulièrement comique tout au long du film et capable de changer en un regard totalement son attitude dans ses derniers instants. Star en Corée, il est tout simplement un des meilleurs acteurs actuels.
Par Pascal
15 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Vu le 22/12/2008 Ã l’UGC George V salle 2
Il était largement prévisible de voir porter au grand écran la bande dessinée Largo Winch , l’enfant caché par son père qui l’adopta pour préparer la succession de son immense fortune. L’oeuvre de Jean Van Hamme et Philippe Françq a déjà fait l’objet d’une adaptation télévisée mais elle ne semble pas avoir laissé de grands souvenirs. Si on sent le potentiel pour un film, voire toute une saga, l’adaptation peut s’avérer délicate notamment visuellement. Il y a par exemple ce moment dans la BD où Winch laisse tomber les actes de propriété de son empire du haut d’une falaise. Très belle page de BD, terriblement révélatrice mais difficile à placer tel quel car trop invraisemblable.
Le metteur en scène Jérôme Salle avait donc prévenu d’entrée Jean Van Hamme que son film, qui se fonde sur les premiers albums, allait prendre quelques libertés avec la BD. Ainsi l’allié Simon Ovronnaz passe à la trappe au profit d’un homme de main de l’ombre (impeccable Gilbert Melki) et un personnage de femme plus ou moins fatale interprétée par Mélanie Thierry actrice superbe qui a le mérite d’avoir dernièrement tenté sa chance dans des films fantastiques ratés (Chrysalis, Babylon A.D. ) plutôt que des films d’auteur ratés. Et il y a bien entendu Tomer Sisley qui n’a pas vraiment la carrure du personnage dessiné par Philippe Francq. L’acteur très investi est à l’aise dans toutes les scènes. Il est un choix crédible qui se révèle même fort judicieux car son allure tranche « physiquement » avec l’empire qu’il est censé diriger et impose naturellement un fossé.
Fort d’un matériau de base plutôt riche, le scénario est solide et dose bien les rebondissements, issus pourtant d’une très vieille marmite contenant notamment le coup de l’enregistrement en micro/caméra caché. Certaines scènes explicatives sont mêmes assez captivantes (la description de l’OPA) et un humour pince sans rire ressort (« Je suis le méchant de l’histoire, – vous êtes parfait » ). Il demeure quelques facilités et quelques maladresses mais elles sont mineures. Jérôme Salle a pris quelques distances avec la BD mais il n’a cependant pu s’empêcher de faire quelques clins d’oeil aux fans à travers l’apparition sans intérêt de Miss Pennywinkle (dans les toilettes…) ou d’un majordome à la coiffure atypique. Ces deux personnages auraient gagné à être développés. Peut-être pour une suite…
Le point faible de Largo Winch est l’action. Tomer Sisley affirma qu’après avoir montré son film à des distributeurs américains, ceux-ci croyaient à une production de 100 millions de dollars alors que le film n’en coûta que 34,3 (au taux du jour). Les scènes d’action sont pourtant très courtes, filmées de trop près (le premier combat est incompréhensible) et faites à l’économie. Jérôme Salle évoque souvent son tournage d’une course à pied (encore une cf ma remarque sur Quantum of Solace ) dans les rue de Hong Kong sans autorisation et en équipe réduite. Cela se voit. Et en regard des standards américains actuels, sauter d’un bus n’est pas très spectaculaire. Reste un ultime combat très sauvage sur le toit d’un immeuble. C’est peu pour un rival de James Bond. Mais Largo Winch est moins frustrant que la dernière mission de l’agent de sa Majesté et se révèle bien supérieur dans les moments intimes. Car cet épisode de Largo Winch est avant tout une histoire de famille et du poids de l’héritage surtout quand il est mal accepté. Jérôme Salle propose finalement un film assez réussi dont on peut espérer une suite si le succès, plutôt modéré (Le film atteindra difficilement deux millions d’entrées en France), le permet.
Par Pascal
10 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma
Comme une sorte de tradition, la période janvier-avril est généralement propice aux « grosses » comédies françaises. C’est ainsi que vont débarquer sur nos écrans des pointures du rire dans des comédies packagées pour être de grands succès. Voici mes a priori sur quelques-unes des prochains mois. Il en faut bien car on ne peut tout voir, et comme on peut le lire sur MovieBlog , ce n’est pas un drame.
Benoît Poelvoorde dans La guerre des miss
Le film est réalisé par Patrice Leconte qui met donc en scène une lutte entre deux villages voisins.. On dit aussi du bien de la performance d’Olivia Bonamy. Mais vraiment, la bande-annonce est laborieuse et terne. Le film aussi ?
La bande annonce
Gérard Jugnot et Gérard Lanvin dans Envoyés très spéciaux
Soit deux journalistes partant pour couvrir la guerre en Irak. L’un d’eux a des problèmes maritaux. Normal, le second couche avec sa femme. La bande-annonce laisse traîner un ou deux gags qui font sourire et s’illustre par des décors très pauvres. Surtout elle semble bien raconter 80% du film. Je risque donc de m’en contenter.
La bande-annonce
Pierre-François Martin-Laval et Florence Foresti dans King Guillaume
Un couple fauché hérite d’un titre royal sur une île de Bretagne. L’affiche est assez nulle mais, surprise, la bande-annonce m’a beaucoup bien fait rire et elle ne raconte visiblement pas tout.
La bande annonce
Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h dans le Séminaire
Ne regardant pas trop caméra café, j’ai bien apprécié Espace Détente . Je ne l’ai pas revu et j’ai finalement assez peu de souvenirs mis à part la dernière partie. Les teasers-saynètes sont plutôt amusantes avec un Jean Claude Convenant outrancier comme toujours.
La bande annonce
Dany Boon et Marina Foïs dans Le Code a changé
La réalisatrice Danièle Thompson continue dans la comédie chorale autour d’un dîner un peu comme dans la Bûche . Le teaser fleure bon la comédie à dialogues avec ses répliques piquantes et Dany Boon en mari un peu innocent. Ca pourrait être pas mal et puis après tout La Bûche et Fauteuil d’orchestre n’étaient pas déplaisants. Notons quand même le budget annoncé de douze millions d’euros ce qui est bien cher pour des plans dans des voitures et dans une maison mais il y a peut-être des choses coûteuses qu’on nous montre pas…
La bande annonce
Elie Semoun dans Cyprien
Elie Semoun revient au cinéma avec son personnage célèbre de frustré cherchant les blondes à forte poitrine tout en plongeant dans l’univers des geeks/nerds. A cela s’ajoute une touche de fantastique façon Dr Jekyll et Mr Hide. La bande-annonce est une promesse de grosse caricature rendant ce Cyprien d’entrée distancé par les films américains similaires dont le savoir faire en terme de vulgarité étonnamment bien dosée semble très supérieur. Elie Semoun n’ayant, souvent à très juste titre, pas eu beaucoup de succès au grand écran, on peut rester sceptique.
La bande annonce
Gad Elmaleh dans Coco
Comme Elie Semoun, Gad Elmaleh puise dans ses sketches pour trouver des points de départ de comédie. Il reprend donc ici un personnage d’un de ses spectacles dont le nom et aussi le titre du film. Gad Elmaleh l’a déjà fait pour Chouchou qui fut un grand succès. Ce dernier film m’a pour ainsi dire « eu » grâce à de nombreux atouts : une bande-annonce très drôle, Alain Chabat et une salle de cinéma comble et acquise à sa cause (qui applaudit dès le générique). La deuxième vision à la télé révéla de nombreuses tares, un faux rythme et une histoire fort dérisoire. En se mettant également derrière la caméra, Gad Elmaleh a peut-être voulu prendre mieux les choses en main. Le teaser promet un abattage énergique d’un comique de tout premier plan avec sans doute une trame classique (on peut supposer que Coco rachètera ses « fautes » et lubies dans la dernière partie). Tout ceci semble un peu facile mais je lui laisse le bénéfice du doute.
La bande annonce
On finit deux films à commencer par ce que j’attends le plus : OSS 117 : Rio ne répond plus
Le teaser, une scène, me fait beaucoup rire et me donne d’espoir pour retrouver l’esprit étonnant du premier épisode et un grand Jean Dujardin.
L’autre comédie est celle que j’attends le moins : De l’autre côté du lit . Il faut d’abord commencer la bande annonce :
Je n’ai rien contre Dany Boon, comique aux spectacles souvent rigolos, dont le succès démesuré de ses ch’tis doit autant lui faire plaisir que l’embarrasser. Quant à Sophie Marceau, je l’adore mais sa filmographie n’est pour moi pas à la hauteur sans beaucoup de films inoubliables et aussi pas mal de navets. Et j’en reviens toujours à regretter qu’elle n’est pas fait plus de film comme La fille de d’Artagnan , un de mes films de chevet, où elle est virevoltante, tout à fait dans son élément.
Que dire finalement de ces quelques images ? Au delà de l’idée de départ, assez peu originale à l’ère de la télé réalité type « vis ma vie » et « on a échangé nos mamans », on nous remet une couche féministe façon le mari pense que mère au foyer c’est les vacances (qui pense vraiment ça de nos jours ?) agrémenté d’enfants insupportables le tout littéralement surligné au fluo (la vie de bureau, c’est tout noir et gris, la vie à la maison c’est rose bonbon). Et des répliques déjà cultes : »plus de chocapic ? Et pourquoi pas une pénurie de nutella pendant que vous y êtes ? ». Je crois donc que je vais passer mon chemin ce qui est plutôt agaçant tant j’aime bien Sophie Marceau.
Bonne année cinéma.
Par Pascal
9 janvier 2009 Catégories: Articles Cinéma