Après le Plaisir de chanter, on reste dans l’espionnage français mais en beaucoup plus sérieux. Secret Défense suit la trajectoire de deux jeunes inexpérimentés, une fille et un garçon, dans le monde de l’espionnage et celui du terrorisme jusqu’à l’impact. Puisqu’on est en France, qu’on a (un peu) envie d’y croire, que le réalisateur s’est entouré paraît-il d’experts de la question (on aperçoit même dans un bureau un habitué de C dans l’air !), il n’est pas déplaisant de suivre ce jeu de dupes et autres manipulations. Il y a toujours des rebondissements qu’on n’attend pas et quelqu’un d’indulgent mais amateur de thriller d’espionnage (on parle de moi en gros) pourra y trouver son compte.
Mais il ne reviendra sans doute pas sur ce film. On ressent bien que Philippe Haïm a écouté des experts, qu’on lui a dit des trucs. La restitution de ceux-ci demeure délicate. Secret Défense a tout du film avec « des gros sabots ». Le metteur en scène s’emploie très minutieusement à tout alourdir dès le générique que ce soit le contexte, le dialogue et même la musique jusqu’à mettre de la TRES grosse musique quand un mec fume son cigare tranquille devant la piscine. C’est parce que c’est le méchant. Pour faire un rendez vous discret, on se met sur un terrain totalement à découvert et sans aucune foule mais on discute dos à dos comme ça on ne se doute de rien (mais en fait c’était un coup monté). Et comme on est dans un film français, il faut mettre un arabe français agent secret qui prie Allah parce qu’il y a des bons et des mauvais arabes mais les français ils n’aiment quand même pas ça les tapis vers La Mecque. Il va sans dire que le sérieux de circonstance n’arrange rien. Curieusement, côté action c’est plutôt léger : une course en ombre chinoises et un parcours dans le métro. Et une explosion vraiment spectaculaire mais qu’on ne voit que dans un unique plan de trois secondes… Et nous apprenons donc que la DGSE résout plein d’affaires de terrorismes grâce à de gros coups de poker et des francs tireurs. Rassurant.
La partie terrorisme pouvait être plus intéressante. Et il y a des choses pas trop mauvaises comme le camp d’entraînement et quelques bonnes scènes en prison autour des relations entre Pierre et son mentor musulman. Nicolas Duchauvelle, qui joue Pierre, a un rôle assez difficile mais finalement c’est lui qui s’en sort le mieux avec Rachida Brakni mal servi hélas par un rôle incompréhensible style sergent instructeur le jour en France, agent infiltré au Maghreb la nuit. Ou l’inverse. Vahina Giocante en agent de charme, très jolie d’ailleurs, exulte plus qu’elle ne joue, Simon Abhakian est donc le super méchant cf la grosse musique et en plus il prend les femmes violemment par derrière. Enfin Gérard Lanvin est sérieux comme tout, pas mauvais mais sérieux, froid. Et triste évidemment de toutes ces pertes humaines.
Après l’également très laborieux Les Daltons, Philippe Haïm a eu raison de changer de registre mais on retrouve finalement un peu de son précédent métrage, son côté balourd sans doute. Son Secret Défense demeure un peu meilleur. Il reste du chemin à parcourir pour atteindre le niveau d’un simple Mensonges d’état ou, plus près de chez nous, d’un Agents Secrets.
Julien et Lisa sont amoureux et heureux avec leur enfant. Mais Lisa est arrêtée violemment pour un crime qu’elle n’a pas commis et se retrouve en prison pour 20 ans. Julien décide de lutter contre cette fatalité.
La fatalité est en effet implacable dans Pour elle. Pour concentrer tout le suspense sur les choix de Julien, Fred Cavayé évacue rapidement tout doute au spectateur, la scène du crime est ainsi montrée, tout en le laissant le doute aux protagonistes (au fond, peut-être une seule personne connait la vérité). Il souligne ainsi sans forcer tout l’amour et le courage de Julien. Et c’est l’un des talents de ce metteur en scène : il ne force jamais le trait, explique peu (on ne verra pas le procès), se reposant sur des dialogues concis et le talent des acteurs pour donner du corps à son film. Ce choix donne beaucoup de grandeur à Pour elle particulièrement dans les relations entre Julien et sa famille, frère et parents, et son fils.
Le coeur du sujet demeure les préparatifs et l’exécution du projet (d’évasion, ce n’est pas une surprise pour peu qu’on voit la bande-annonce) de Julien soit un chemin de croix, une douleur motivés par l’amour et un refus des circonstances. Fred Cavayé reprend quelques aspects classiques du genre. On pense notamment à ce plan sur le mur comme dans le meilleur moment de la série Prison Break où Scofield, seul dans un grand appartement vide, arrache tout son plan accroché au mur (Hélas, c’était une des toutes premières scènes du premier épisode de la première saison !) Ce n’est d’ailleurs pas la seule analogie avec la série. Ce qui fait la particularité de la préparation de Julien, c’est son ancrage réaliste où Fred Cavayé évoque le difficile passage à l’illégalité (recherche des faux papiers, filatures, élaboration du plan et surtout quête d’argent) jusqu’à l’irréparable.
Au fond, Julien est un débutant qui n’évite pas quelques erreurs un peu trop visibles pour nous conduire au dernier acte du film. Ces ficelles scénaristisques un peu grossières se révèlent cependant très payantes pour mettre en place un suspense plutôt intense. Ca passe, comme on dit, et plutôt efficacement.
Dans le rôle de la femme emprisonnée, Diane Kruger est exceptionnelle. En finalement assez peu de scènes, elle dégage une peine qui transperce l’écran. Elle est bien plus qu’à la hauteur du rôle et du titre du film. Il ne faut pas pour autant oublier Vincent Lindon, que j’adore, car c’est lui qui porte tout le film. Si la détresse de Lisa nous imprègne, c’est aussi par son regard triste et ses actes insensés. L’alchimie entre les deux amoureux est palpable et éclate lors d’une séquence coup d’éclat dans la chambre d’hôpital : Julien tombe le masque et crie tandis que Lisa arrive à peine à balbutier quelques mots. Du très bon cinéma où rarement, l’histoire extraordinaire d’un type ordinaire n’a été aussi forte.
Durant mes études, j’ai été initié aux mangas grâce à un club du même nom (chaque école d’ingénieur doit avoir ce type de club d’animation japonaise) et j’ai pu ainsi apprendre à connaitre des auteurs comme Miyazaki, qui fut l’auteur de la plutôt bonne série animée Sherlock Holmes avant de devenir le réalisateur que nous connaissons, Takahata ou Otomo. J’ai pu revoir des dessins animés de mon enfance que je regardais finalement assez peu : Ken le survivant, Niki Larson ou même le Collège fou fou fou vraiment rigolo. Par contre, des séries comme Jayce dont j’adorais les véhicules ou les mystérieuses cités d’or se sont révélées fort longuettes. Des redécouvertes donc mais aussi des découvertes dont principalement Kenshin, Lain (une série obsédée par les câbles et dont je n’ai vu qu’une poignée d’épisodes) et surtout Evangelion, vu en 2000/2001, série sur des robots géants prodigieuse et fort complexe dont les derniers épisodes m’obsèdent encore. M’est alors venu un certain goût pour ce qui touche le Japon et son mode de vie. J’aime beaucoup les sonorités de la langue japonaise.
j’ai dansé sur fond de ce générique
Et puis plus rien. J’ai certes une très grande admiration pour l’œuvre de Miyazaki que je suis toujours de près. J’ai vu quelques excellents long métrages tels Perfect Blue, Jin Roh, Steamboy, le tombeau des Lucioles (que je ne peux vraiment plus revoir), les cérébraux Ghost in the shell et sa suite ainsi qu’Avalon ou encore Metropolis. Hormis cette poignée de films d’animation japonais sortis en salle, je n’ai pas suivi de mangas animés depuis la fin de mes études, faute de temps principalement. Ce renoncement est aussi un peu lié au rythme général des mangas (et des films japonais en général) qui ont un curieux effet soporifique sur moi. Je ne pense pourtant pas trouver les films ennuyeux. Je crois que c’est culturel, quelque chose que j’ai du mal à appréhender.
Un ancien collègue m’a donc convaincu de me remettre à regarder des mangas et en particulier cette série : Death Note. Son format, un épisode dure 22 minutes, est pour moi idéal pour renouer avec le manga. C’est donc l’histoire de Light Yagami, un étudiant très brillant qui trouve par hasard un carnet : le Death Note. Suivant des règles précises, il est en mesure de tuer les gens dont il inscrit le nom sur le carnet. Ce Death Note n’est pas là par hasard, c’est un Shinigami, un ange de la mort, qui l’a laissé tombé dans le monde des humains tout simplement pour se divertir. Il descend sur terre pour suivre et converser avec Yagami, ce dernier étant le seul à pouvoir le voir.
Le ton demeure très sérieux : conscient du pouvoir qu’il détient, Yagami s’emballe et décide de tuer à distance tous les criminels. La police finit par prendre conscience qu’une personne se cache derrière ces centaines de meurtres. C’est alors qu’un mystérieux (personne ne le connais) détective prénommé L s’empare de cette enquête et provoque l’étudiant désormais surnommé par ses « fans » Kira. Un duel pour découvrir leurs identités respectives commence…
L’introduction de l’intrigue est très bonne et nous met d’entrée dans une curieuse position puisque le héros auquel on s’identifie se prend pour un dieu qui veut changer le monde pour en faire un monde honnête. Il est une sorte de justicier sans sentiment tuant aussi pour se protéger. La criminalité baisse d’ailleurs et la police a du mal à se voiler la face tout en devant tout faire pour l’arrêter. C’est dans le deuxième épisode qu’apparaît L et son entrée en matière donne lieu à une intrigue très forte et astucieuse puisqu’il identifie rapidement, et très logiquement, où se trouve Yagami. La suite est à l’avenant : des scénarios solides, passionnants mêmes, élargissant subtilement les tenants de l’histoire avec beaucoup de rebondissements et qui posent des questions sur la justice et la famille. Cet univers est très prometteur. Avec des dessins ternes, morbides, la série est un jeu de manipulation froid, parfois très ludique dans son côté très tortueux, comme peut l’être Yagami accompagné de son très étrange ange gardien, au sourire rappelant celui du joker, celui de la mort, et amusé par l’intelligence du nouveau propriétaire du Death Note. Une série qui est donc fortement recommandable.
Les disparus du Zoos de New York décident de retourner chez eux par un avion piloté par les pingouins. Autant dire qu’ils n’arriveront pas vraiment à destination…
C’est donc reparti pour les aventures de Alex, Marty, Melman et Gloria qui découvrent à nouveau un monde qui n’est pas vraiment le leur mais qui s’avère pourtant être leur berceau. Rien ne change et nous retrouvons aussi le même design carré qu’on peut ne pas adorer. Si les personnages sont bien croqués (Alex en bébé lion est vraiment trognon), ils sont très marqués. Le bon souvenir que laissa l’épisode précédent est cependant suffisant pour l’adhésion.
Les intrigues sont multiples du fait du nombre de personnages et les thèmes abordés fort nombreux : amour, amitié, identité, origine et paternité. Conséquence directe : sans être affligeant, tout est survolé et l’intérêt que ces histoires suscitent est principalement lié aux gags qu’elles engendrent. En cela, on reste toujours bien en deçà des productions Pixar au-moins pour ces deux aspects, design et histoire, beaucoup plus soignés dans la filiale de Disney. Je dois dire ça à peu près à chaque film de Dreamworks
Au demeurant, Madagascar 2 est vraiment tordant. Les intrigues « sérieuses » sont éclipsées par des intrigues fort loufoques. On retrouve évidemment les pingouins, animal très à la mode en ce moment (les Rois de la glisse, Happy feet pour ne citer que ceux où ils sont les héros) et ils sont largement à la hauteur. Accompagnés d’une troupe de singes (dont deux intellos syndiqués !), leurs apparitions sont toujours hilarantes. A ce titre, il convient de signaler cet excellent dessin animé dont ils sont les héros. L’autre intrigue surprenante tourne autour du roi Julien. Totalement à côté de la plaque mais sur de lui, ses certitudes et sa cruauté sont géniales jusqu’à l’étonnant quand il propose un sacrifice. Derrière les gags, se dégage même un pamphlet absurde autour des croyances idiotes et de la manipulation.
Certains méchants du métrage sont tout aussi surprenants. Si on oublie le méchant classique, un lion raffiné, lâche et sournois à la Georges Sanders, l’autre méchant est l’Homme, ou plutôt des hommes guidés par une vieille dame (vu dans le premier épisode), tous New-Yorkais et embarqués dans un délire façon survivor ! Et tout se termine par « la danse vaut mieux que la violence ». Un peu étrange, évidemment moralisateur mais le message passe plutôt bien. Et puis j’aime authentiquement « i like to move it »…
Vu le 1/12/2008 à l’UGC Orient Express salle 1 en VO
En se fumant un joint tranquillement, Dale Denton assiste à un meurtre. Pas de bol, l’assassin est le boss de son (gentil) dealer.
Délire Express est une comédie d’action. Le scénario efficace, plus étoffé qu’un scénario prétexte, a le soucis de la continuité et du gag réussi. Ainsi, le film est toujours bon esprit, jamais ennuyeux. On ne rigole pas toujours mais quand on rigole, c’est très fort. Dans une salle de cinéma, c’est plutôt euphorisant surtout que Délire Express ose beaucoup de choses de l’assez facile mais toujours drôle (le beau papa à la gachette facile) au plus gonflé (la vente de drogue aux mineurs sans véritable conséquence).
A travers les personnages immatures de Seth Rogen et ses compères, on va plus loin que l’histoire du gars ordinaire à qui il arrive une histoire extraordinaire car leurs repères, notamment cinématographiques, sont vraiment les notres, ceux des 20-40 ans : On cite Jude Law et Jeff Goldblum et les personnages, souvent défoncés, tirent comme dans les John Woo (même à la mitraillette !) et se battent n’importent comment. Ainsi combien de fois me suis-je dit lors d’une poursuite en voitures : »Mais pourquoi ne freine t’il pas ? » et dans Délire Express, on tente tout simplement le coup avec une conséquence hilarante et finalement prévisible. C’est peut-être la réussite majeure de Délire Express : l’art subtil s’intéresser au détail réaliste dans des circonstances invraisemblables
Face au jeune premier James Franco, ici sale et décalé, Seth Rogen joue le gars ordinaire si bien qu’on se demande s’il n’est pas la même personne dans la vie. Sa crédible normalité, pourtant souvent mise à mal (il est plus drôle et immature que nous et flingue facilement) et sa sincerité nous font vraiment entrer dans le film. Délire Express a également le soucis de ses seconds et troisièmes rôles. On retrouve par exemple Bill Hader le temps d’une scène aussi drôlissime qu’absurde (mettant en scène des scaphandres). Le super méchant et les chinois semblent plus conventionnels mais ils sont caricaturaux à l’extrême. Plus inattendu, le réalisateur David Gordon Green développe les hommes de main en les inscrivant également dans la vraie vie, limite vie de bureau, l’un d’eux étant par exemple toujours pressé de rentrer dîner en famille.
Cette réunion de talents et d’histoires débridées se retrouve dans des excellentes comédies aussi diverses que 40 ans toujours puceau, Superbad, Frangins malgré eux, Sans Sarah rien ne va ou Rien que vos cheveux. Le point commun est Judd Apatow. Producteur, réalisateur, scénariste, et grand fédérateur, il chapeaute les meilleures comédies américaines du moment. Ses productions constituent un peu le Pixar du comique. Et Délire express maintient le niveau très haut.
Muriel et Philippe sont des agents secrets et accessoirement amants. Pour retrouver la trace d’une clé usb contenant des informations importantes, ils infiltrent un cours de chant pour approcher Constance qui détiendrait la fameuse clé. Le cours et leurs rencontres vont peu à peu les conduire à s’interroger sur eux mêmes.
Pourquoi voir ce film le jour de sa sortie ? L’affiche est pas terrible, le titre est difficile à retenir. J’aime bien les acteurs sans que ce soit mes idoles. Le film sort sur peu d’écrans et risque de disparaître (très) rapidement de l’affiche. En fait, ce sont les trois étoiles (même pas la critique que je n’ai pas lue) du magazine ciné live qui m’ont fait me déplacer et le fait que c’est présenté comme une comédie. Le Plaisir de chanter a d’ailleurs plutôt bonne presse.
Et c’est vraiment une comédie, assez drôle parce que l’aspect espionnage est joyeusement traité par dessus la jambe avec un cours de chant devenant un repaire d’espions de tout horizon de la prostituée ancien de la « pop academy » au jeunot bcbg à la solde de la Corée du Nord (!). Les debriefings de leur supérieure/coach/conseillère matrimoniale (excellente Dominique Reymond) sont savoureux. Le coeur du récit n’est évidemment pas cette histoire d’uranium mais les élans amoureux et sexuels des protagonistes. Le film est d’une crudité plutôt inattendue et frontale qui rappelle un peu les premiers films de Guillaume Nicloux (Les très bons Le Poulpe et Une affaire privée) et finissent curieusement par donner corps au récit tout en caractérisant les personnages. Sans être une comédie musicale, la musique tient évidemment une place très importante. Art lyrique, jolies morceaux de piano et variété ponctuent l’histoire et l’enrichissent puisque certains personnages se révèlent ou justement se bloquent (comme le fils de la professeur de chant).
Ce cocktail de sexe, de comédie, de thriller et de musique est au final assez inattendu, une sorte d’illustration d’un des autres films de l’auteur Ilan Duran Cohen : La confusion des genres. Si le film est parfois un peu étiré et n’évite pas le piège de l’égarement, il est au final un film assez libre et attachant au même titre que ses acteurs, particulièrement Lorànt Deutsch qui n’a pas la partition la plus drôle et qui tire pourtant son interprétation vers le haut. Bien que souvent rattaché à des comédies, il est un acteur plutôt sérieux et à suivre.