L’ennemi public n°1 est le deuxième volet du diptyque sur Jacques Mesrine après l’instinct de mort. Il retrace les dernières années de sa vie principalement en France jusqu’à sa mort en 1979. C’est dans ce deuxième film que nous voyons naître la « légende » Jacques Mesrine ou du moins le personnage public, celui qui fait la une des journaux pour ses méfaits parfois spectaculaires mais également pour ses interviews et son livre l’instinct de mort qu’il écrit en prison.
L’approche de Richet sur Mesrine est encore plus radicale que dans le premier film comme si nous étions au cœur du personnage Mesrine. La mise en scène suit donc le personnage au plus près, épouse son énergie et ses multiples contradictions. D’une scène à l’autre, nous passons du charme à la violence la plus abjecte, du spectaculaire à l’intime face à son père ou à sa fille où il peine à trouver des mots. L’ennemi public n°1 est une succession de coups de gueule, de coup d’éclats et de numéro de charme. Cette forme syncopée, souvent géniale (l’interview notamment) déroute quand même un peu et, bien que le film soit très dense, on ne retrouve pas l’intensité du premier film. Les ellipses sont plus abruptes rendant l’histoire très discontinue.
Plus déroutant est l’humour. Mesrine fait rire au tribunal et cela fait partie de sa vie. Cependant, le réalisateur imagine également des situations humoristiques dans toute la première partie du film notamment sur la négociation de la rançon avec Henry Lelièvre. Les séquences fonctionnent, aèrent même le récit, mais elles semblent aussi donner une nature comique à Jacques Mesrine et au film, dans les limites de la complaisance. La deuxième partie est plus sérieuse, pour peu qu’on oublie l’effroyable accent de Gérard Lanvin dans le rôle de Charlie Bauer.
Enfin une remarque mineure plus liée au spectateur : la réalisation se heurte à notre connaissance des thrillers hollywoodiens ou de Hong-Kong où les flics et autres hommes de main meurent en masse. Richet doit se soumettre à la réalité puisqu’il s’agit malgré tout d’un biopic : si beaucoup de coups de feu sont échangés lors des multiples fusillades du film, ils ne tuent presque jamais personne. Au cinéma, cela paraît peu crédible tout comme lorsque Mesrine abat de trois balles un journaliste qui finit par s’en sortir. C’est assez intéressant : ce qui paraît invraisemblable au cinéma est vrai dans la réalité…
Sur l’histoire de Mesrine, le réalisateur n’hésite pas à trancher sur certains points encore nébuleux notamment sur son évasion de la prison de la Santé ou sur sa mort. Mesrine est un truand plein de contradictions, un sanguin marchant au culot et à l’esbroufe, se considérant volontiers comme une star jusqu’à devenir exubérant face à la police. Bien qu’obsédé par les quartiers de haute sécurité, son engagement politique est aussi opportuniste que peu compréhensible idéologiquement. Cet engagement est efficacement rejeté par François Besse (superbe Mathieu Almaric), compagnon qui finit par prendre ses distances.
Pris isolément, ce deuxième film laisserait sans doute une impression d’épuisement un peu vain. Couplé à l’Instinct de Mort, il demeure éprouvant et, bien que très morcelé, il reste cohérent avec le personnage et nous conduit vers l’inéluctable. Entre le split screen dément du premier film, la frénésie médiatique et le génial point de vue des policiers, comme pris au piège dans leur planque, dans le second, la mise en scène de l’exécution de Mesrine pourrait faire l’objet d’un seul article. Aucun héroïsme mais un constat minutieux, pas nécessairement véridique, mais d’une précision chirurgicale. On trouvera au passage la reconstitution des années 70 très jouissive. Le diptyque Mesrine est une belle réussite et portée par un Vincent Cassel au sommet.
Roger Ferris (Leonardo DiCaprio), un agent de la CIA, s’engage dans la traque d’un terroriste insaisissable en Jordanie. Il est en contact presque permanent avec Ed Hoffman (Russell Crowe), basé aux USA. Rarement d’accord, les deux agents fomentent des coups de plus en plus douteux pour retrouver la trace du terroriste.
Mensonges d’état est d’abord un thriller à rebondissements très prenant. Ce n’est presque pas une surprise tant nous sommes en compagnie de pros du thriller. Le scénario de William Monahan (oscarisé pour son adaptation des Infiltrés) est volontiers tortueux mais nous perd jamais et les deux stars DiCaprio et Crowe sont parfaites. A la caméra, Ridley Scott semble trouver une bonne synthèse de ses dernières productions et de celles de son frère Tony : Ennemi d’état, Spy games et Black Hawk Down notamment. Son film est très spectaculaire et les séquences d’action sont parfaitement réalisées (et d’une grande clarté). Rien que pour cela, le film mérite le détour.
On doit cependant aller un petit peu plus loin puisque le sujet de Mensonges d’état est très actuel puisqu’il est question de terrorisme et de l’action américaine. Les films traitant de ce thème très « post 11 septembre » sont assez nombreux et ont tous la particularité d’être des demi-succès ou des échecs commerciaux sur le sol américain (Syriana, Lions et Agneaux, Dans la vallée d’Elah, Détention secrète et même le World Trade Center de Oliver Stone). Mensonges d’état n’échappe pas à la règle. Ridley Scott y voit une forme de colère des américains face à leur incompréhension. Son film évoque quelque peu cet aspect.
Mensonges d’état repose sur deux points de vue : celui depuis le terrain et celui depuis la mère patrie. Ferris et Hoffman personnifient ces deux facettes d’une même nation. Ce sont aussi une vision locale et une vision globale qui s’opposent. La mise en scène de Ridley Scott oppose en effet constamment ces deux hommes œuvrant pour le même camp sans arrières-pensées. Ferris est au coeur de l’action, risque sa vie, doit toujours mentir et couvrir des actes parfois contradictoires. Il est un bras armé mais très humain, de plus en plus embarrassé et de plus en plus détaché de sa terre natale (il est en instance de divorce). Si on oublie son oreillette comme greffée à son oreille, Hoffman est l’américain type, un peu bedonnant, amenant sa fille à l’école et regardant ses matchs de foot. La plupart de ses scènes renvoient à la traditionnelle american way of life alors qu’il décide du sort du monde par téléphone !
Le film de Ridley Scott n’est cependant pas binaire. Il rappelle les raisons de ce combat (des attentats en Occident, terriblement meurtriers) ainsi que la réalité sur le terrain. Malgré le chaos, Ferris s’attache au Moyen Orient et une de ses femmes (qui doit assumer des regards désapprobateurs) tandis que le pouvoir local demeure, et ce n’est pas idiot de le rappeler, un acteur de tout premier plan. Il est représenté par un chef de la police (excellent Mark Strong) toujours en costume impeccable et volontiers manipulateur.
Mensonge d’état ne délivre cependant pas de message politique péremptoire mais préfère dresser un état des lieux d’une Amérique qui se fixe un but mais qui a du mal à trouver les bons moyens pour y parvenir jusqu’à imaginer des coups tordus et ratés sous la forme d’un faux groupe terroriste. C’est pourtant une idée de Ferris, l’agent censé connaître le terrain (et plus ou moins gentil de l’histoire, preuve supplémentaire de la subtilité du film), illustration cinglante de la difficulté des américains les plus pragmatiques à comprendre la situation ou du moins à la prendre en main.
On pourrait voir dans tout ça un propos et une prise de risque limités mais Mensonge d’état évite d’être confus comme Syriana et nuance les positions actuellement en vigueur à Hollywood. C’est déjà pas mal. Et il n’est pas non plus mal de voir en Mensonge d’état un simple et bon thriller.
Non, The New Adventures of Old Christine n’est pas le retour de la fameuse voiture hantée sortie du cerveau de Stephen King.
Il s’agit néanmoins d’un retour, celui de Julia-Louis Dreyfus, héroine de la série Seinfeld, dans un sitcom.
La série, débutée en 2006, en est déjà à sa quatrième saison. Ce qui devrait être en soi un gage de qualité.
Il est souvent difficile pour des comédiens ayant incarné des rôles mémorables, des personnages remarquables par leurs caractères, et sur le très long terme – pour Seinfeld, neuf saisons, 180 épisodes – de se reconvertir.
Certains, il est vrai, font logiquement le choix d’en rester là. C’est le cas de Jerry Seinfeld lui-même, qui, incarnant son propre rôle dans sa série, a préféré se reposer sur son tapis de millions, pour se contenter de participer à des doublages de dessins animés et à des publicités extrêmement rémunératrices.
Différemment, on peut écouter Jason Alexander dans un extrait bonus d’un des DVD de Seinfeld (il s’agit en en réalité d’un extrait tiré de Curb your enthusiasm) expliquer à Larry David combien il lui a été impossible de trouver un rôle intéressant suite à l’arrêt de la série, son personnage, George Costanza, l’ayant trop imprégné.
On pourrait dire la même chose pour James Gandolfini dans le rôle de Tony Soprano.
On en vient à se demander si le talent et le travail de ces acteurs, si exceptionnels, ainsi que la chance d’être tombé sur un rôle très élaboré, ne les ont pas finalement desservis, en les attachant trop à leur personnage.
C’est à mon sens le même syndrome qui a touché Julia-Louis Dreyfus pour le rôle d’Elaine Benes dans Seinfeld.
Il lui a donc fallu trouver une parade, ce qu’elle a réussi à faire, avec succès : en créant une nouvelle série reprenant les caractères essentiels de son ancien personnage, accentués avec l’âge, et se déroulant autour d’éléments extérieurs adaptés à l’époque de sa vie actuelle.
Christine Campbell est donc une Elaine Benes de la quarantaine. Divorcée, un enfant, propriétaire d’un club de sport.
On pouvait sentir la névrose d’Elaine Benes se développer dans les dernières saisons de Seinfeld. On la retrouve ici, omniprésente. Et toujours là, aussi, cette manie de se compliquer la vie, perdurer dans ses erreurs, et gâcher des opportunités.
Il n’est pas étonnant de voir Andy Ackerman, déjà producteur et réalisateur de Seinfeld, encore une fois aux manettes.
Le thème de la série ne va pas chercher bien loin. C’est la vie quotidienne de Christine, à travers sa recherche d’une certaine paix intérieure, d’un équilibre, et d’un nouveau compagnon.
Un peu irritant est l’épisode où Christine prend activement part à une action de discrimination positive dans l’école de son fils, trop « blanche » à son goût. Mais à part ce numéro trop politique et pénible, les intrigues sont convenues et classiques, sur les rapports humains des protagonistes.
Vous aurez compris que les aventures de Christine ne sont pas forcément destinées au public de Heroes ou de The Big bang Theory.
On vise ici l’américaine moyenne de la quarantaine, pour partager ses soucis et états d’âme.
Y aurait-il un rapport, à part ce désespoir, avec Desperate Housewives? Aucun. Déjà dans le format, réduit ici de moitié (20 minutes). Surtout, Old Christine a beaucoup moins d’ambition que DH, dans la réalisation et les intrigues. Et il s’agit avant tout d’une série comique, alors que DH explore bien plus de facettes scénaristiques.
Et, en effet, on rigole pas mal. Les dialogues sont fins, réussis. Les acteurs secondaires plutôt bons.
Le problème de Old Christine est finalement celui de toutes les séries : le renouvellement réussi des intrigues. On passe ici d’un souci quotidien à un autre. Est-ce suffisant pour nous retenir?
The New Adventures of Old Christine est-elle une série réussie? Oui. Mais il faut se sentir un minimum concerné, s’identifier à l’héroïne, pour passer les premiers épisodes et devenir un habitué du show.
Sans quoi, vous passerez un bon moment, tout en ayant le risque que la lassitude vous gagne rapidement.
Comme Jb, je suis fan de How i met your mother ou Himym. Age des protagonistes, lieux (New York), situations (amoureuses et professionnelles)… tout concourt évidemment à comparer la sitcom avec Friends. Je vais le dire de suite : Himym est moins drôle que Friends mais plus touchante. Vulgairement, si on pouvait se pisser régulièrement dessus avec Friends, on peut pleurnicher comme un con en regardant Himym. Et celui qui n’a pas les larmes aux yeux au « Thank God ! » de la pâtissière à la fin de l’épisode 13 de la saison 1 n’a pas de coeur. La romance prend en effet souvent le pas sur le rire. On s’éloigne de plus en plus du concept « sitcom sur rien » cher à Seinfield et dont Friends semble pour moi une variation, déjà, plus romancée. Dans Hymim, c’est une vie amoureuse, celle de Ted, en quête de mariage et d’enfants, qui est au cœur du récit. Il en résulte une forte adhésion, voire identification, et pas mal d’émerveillement quand on assiste à ses efforts pour conquérir l’âme sœur que ce soit une danse de la pluie (le dernier épisode de la saison 1) ou un rendez vous romantique en deux minutes chrono (épisode 13 et point culminant de la saison 3 avec en prime un rôle fort drôle joué par Britney Spears).
Une raison de ce constat est que Himym s’écarte, un peu, de la construction théâtrale propre aux sitcoms. Himym est une histoire contemporaine racontée depuis l’année 2030. Chaque épisode est fait d’allers et retours incessants dans le temps jusqu’au virtuose dans l’épisode 11 de la saison 3 où quatre histoires séparées, mais avec le même canevas, sont narrées. Ce n’est pas tous les jours qu’une sitcom se permet des mises en scènes parfois complexes pour le genre dans le but de raconter une histoire ou simplement d’étoffer le propos d’un des protagonistes. Ces derniers sont géniaux même si la série souffre d’un déséquilibre : il y a Ted et Barney et les autres. Certains oseraient même Barney, personnage aussi original qu’improbable, et les autres. Ce ne sera pas la première sitcom où un ou deux personnages sont mis en valeur. Et après tout, Himym est raconté par Ted. Quant à Barney, j’envisage vraiment de créer mon premier groupe facebook « i wish i was Barney Stinson ».
Le démarrage de la saison 4 est un peu en demi-teinte. L’essoufflement serait-il à nos portes ? Rien n’y fait : les personnages sont de plus en plus attachants et le déséquilibre s’estompe. Depuis que j’ai vu Sans Sarah rien ne va, j’adore Marshall. J’adore les écarts de voix directifs de Lily ou l’air accablé de Robin quand elle joue à la présentatrice. Les tourments amoureux de l’odieux Barney sont curieusement émouvants même dans les situations improbables. Et depuis l’épisode 5, j’ai l’impression que ça repart. Dans celui-ci, un mariage prend place et il s’avère bien plus malin que la caricature pénible que certaines scènes me faisaient redouter. Et le personnage de Ted est plus que jamais cohérent, l’épisode 6 et son dialogue « fantasmé » est superbe, et proche de nous… l’aventure continue avec confiance.
(spoiler inside)
Deux ans après un Casino Royale qui relançait la franchise, la direction empruntée par le dernier James Bond, en gros plus de sérieux et moins de gadgets, était source de nouvelles possibilités plutôt inédites, pour la série, qui ne demandaient qu’à être développées. L’essai est-il transformé dans ce 2(2)ème épisode ? Pas vraiment. Si Quantum of Solace est dans la continuité du premier épisode, il est déception sur bien des aspects.
Quantum of Solace commence une poignée de minutes après la fin de Casino Royale, comptant peut-être un peu trop sur notre mémoire. Et nous sommes plongés dans une histoire géopolitisante, jeu trouble de la CIA inclus, où on monnaye un coup d’état bolivien et une portion de désert disposant d’une ressource mystérieuse. Tout le monde croit que c’est du pétrole mais c’est forcément une fausse piste. Derrière tout ça, une mystérieuse organisation (a t’elle un nom ?) et un projet « quantum » d’où plus ou moins le titre du film que Craig explique comme étant associé à « une once de consolation » et le fait de ne pas abandonner. Bien, bien.
De toute façon, plus encore que Casino Royale, on se fiche un peu de cette histoire d’autant plus qu’elle est traitée par-dessus la jambe. C’est un crash aérien fort à propos dans le désert qui nous révèlera le pot aux roses. Certes les scénarios des Bond sont souvent des histoires prétexte à des péripéties multiples mais ici sa dimension volontairement sérieuse, presque réaliste, implique une ambition peu compatible avec cette machination sud américaine peu captivante.
Comme souvent, les méchants sont mieux mis en valeur que leurs coups tordus. Ici, nous nous trouvons donc confrontés à une organisation évoquée dans l’épisode précédent. Elle est donc très mystérieuse, inconnue de l’Intelligence Service, mais aussi tentaculaire car un garde du corps personnel de M se révèle être un traitre à leur solde façon « nous sommes partout ». On évite heureusement les traîtres à répétition tout au long du film façon 24. L’organisation est révélée très joliment lors d’un opéra où les conspirateurs se réunissent à distance loin des meetings dans les repaires souterrains. Une bonne idée mais aussi le seul véritable développement sur cette organisation, l’action et l’intrigue prenant le pas autour du méchant Dominic Greene.
Ce dernier est dans la tradition des méchants milliardaires et soi-disant philanthropes. L’écologie est le domaine de prédilection de Greene. Ses motivations demeurent cependant purement pécuniaires. L’interprétation de Mathieu Almaric est plutôt intéressante montrant un côté effrayant mais aussi effrayé face à Bond notamment lors d’une rencontre fortuite à l’opéra. Le revers de cette double facette est que son affrontement face à Bond à la hache comme Zorin dans Dangereusement votre,couinements aigus en sus (pour marquer le côté énergie du désespoir ?), ne présente que peu d’intérêt et aucun suspense. Sa fuite dans le désert est du coup pénible. Le super méchant est faible et lâche. En deux ellipses, on nous fait comprendre qu’il trahit tout ses « collègues » qui vont finir par l’abattre. Etant accompagné d’un homme de main encore plus faible, ça ne fonctionne tout simplement pas et on s’étonne même, tant au niveau de la crédibilité de l’histoire que du scénario, qu’un homme si organisé n’a pas de plan B et se ballade au cœur du désert bolivien sans des dizaines de gardes du corps.
Quantum of Solace souffre au final d’un singulier manque de développement de l’histoire et ses enjeux. L’intrigue autour de la mort de Vesper Lynd n’arrange rien car elle est également très mal traitée. Bond est donc marqué par la mort de Vesper et chercherait à la venger. En dehors éventuellement d’un acte très cruel envers Greene (qui le lâche dans le désert comme le Bon lâche la Brute), aucun de ses actes indique qu’il aurait agi différemment sans cette quête de justice. Sa brutalité et son entêtement sont déjà deux traits de caractère du personnage et n’ont pas besoin de justifications supplémentaires. Ne reste que des dialogues fonctionnels et une photo de Vesper pour essayer de nous convaincre du contraire. C’est raté et finalement, il fait son deuil dans la dernière et courte scène face à l’ex de Vesper Lynd, scène peu claire et sans rapport avec le reste de l’histoire. Quantum of Solace n’est pas un film vigilante façon Permis de tuer.
Le réalisateur Marc Forster semble donc comme survoler le scénario. Cela se ressent d’ailleurs dans sa durée. Alors que Casino Royale s’étirait inutilement, mais spectaculairement, après la mort du super vilain, Quantum of Solace est plutôt court. On passe d’ailleurs d’un extrême à l’autre : Casino Royale est semble t’il le plus long film de la série, Quantum of Solace le plus court (1h48). Ce dernier est expédié. On arrive même au final James Bond Vs Dominic Greene presque par surprise lors d’une séquence de signature du contrat entre Greene et le future ex-prochain dictateur sud américain, le Général Medrano.
Comme tout lecteur de Franquin sait que les contrats ne peuvent être signés, on comprend que ça va mal se passer. Si j’ai bien compris, l’explosion de deux bouteilles d’hydrogène provoque une réaction en chaîne conduisant à la destruction complète d’un hôtel de cent mètre de long, décors vraiment fantastique soit dit en passant, les autres décors ne faisant guère plus qu’assurer un dépaysement de carte postale (ce qui n’est pas si mal). Cette explosion de bouteilles reste à vérifier car nous arrivons au plus gros problème de Quantum of Solace : l’action. Au jeu de la mise en scène de l’action, Marc Forster prouve qu’il n’est ni Paul Greengrass (La Mort dans la peau), ni Martin Campbell (Casino Royale et Goldeneye) . C’est simple : l’action n’est pas lisible et terriblement saccadée. Les poursuites à pied du début sont incompréhensibles. On ne sait tout simplement pas où sont les acteurs, particulièrement dans le souterrain. Depuis quelques temps au cinéma, c’est la fête de la course à pied dans les films (Les rivières pourpres, Jason Bourne, Mission Impossible 3, Ne le dis à personne…). Ca doit être moins cher qu’une poursuite en voitures et c’est souvent plus spectaculaire. Ce n’est évidemment pas le cas ici et les poursuites dans ce Bond ne supporte pas la comparaison avec aucun des films précédemment cités. On ne sait même pas parfois ce que fait Bond pour se tirer de situations épineuses. Si quelqu’un pouvait ainsi m’expliquer exactement la manœuvre que Bond fait pour provoquer l’explosion de l’avion ennemi (à part l’aveugler), je suis preneur.
Le montage est évidemment à l’avenant : épileptique. C’est sans doute l’air du temps qui veut ça mais là où l’action de la Mort dans la peau est extrêmement sensitive, celle de Quantum of Solace ne suscite que de la gêne et un effort pour comprendre ce qu’il se passe à l’écran.
Demeure malgré tout les balades dans le désert et la séquence finale somme toute très explosive cinégénique avec un Bond uniquement aidé par son pistolet. Daniel Craig a heureusement beaucoup d’énergie à revendre et demeure parfait en toute circonstance. Aidé par toujours autant de technologie (ordinateurs et portables), presque materné (on ne voyais pas autant M auparavant), il acquiert plus d’indépendance et demeure le plus souvent livré à lui-même, toujours autant borné et brutal, limite rustre. Il est paradoxalement superbe en smoking dans une suite de luxe. 007 a en outre un esprit plutôt « badass » quand il jette dans une benne à ordures le cadavre d’un ennemi-ami sous le regard désapprobateur de Camille :« c’est ce qu’il aurait aimé ». Excellent. L’humour est même parfois direct au détour de quelques répliques mais c’est assez rare.
Quantum of Solace vaut aussi le coup d’oeil pour les amateurs de James Bond girls. Les deux copines de l’agent secret sont largement meilleures que dans Casino Royale. Olga Kurylenko est superbe, évidemment, mais en plus elle tient parfaitement son rôle, bien plus crédible que sa Ford Ka rutilante dans les rues délabrées de Port au Prince. Comme de plus en plus avec les James Bond récents, ce rôle féminin est un peu étoffé avec une intrigue sur base d’une vengeance assénée rapidement mais peut-être un peu plus intéressante que celle de Bond puisque plus directe. Et son combat final est plus efficace en terme de suspense que celui de Bond.
Dans ces conditions, fallait-il alors se contenter de la bonne bande-annonce ? La franchise James Bond doit certes répondre à un cahier des charges précis mais le film que nous avons sous les yeux est terriblement formaté jusqu’aux références caricaturales (la fille recouverte de pétrole dans son lit façon Goldfinger…). On a l’impression qu’au lieu de construire sa légende, la franchise se sert sans imagination de ses acquis et de la mode ciné actuelle. L’avenir nous le confirmera. En attendant, les indulgents, dont je fais souvent partie, verront dans ce Quantum of Solace un film d’action carré, sans fioritures et rythmé. Le succès est garanti. La séance ciné n’est pas une punition et on n’est pas mécontent de voir un James Bond. Mais le sécheresse générale du film pèse lourdement et il est tout simplement impossible pour ce Quantum of Solace de s’en sortir avec un second degré salvateur. James Bond est devenu un divertissement sérieux, lourd mais pas bien solide. Dans dix ans, je me demande si je ne préférerais pas revoir Moonraker pour me divertir… et en plus le méchant est aussi Français !
Michael Crichton s’est éteint à 66 ans le 4 novembre, quelques heures avant l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Ces deux faits sont sans rapport mais disons que le second fait beaucoup d’ombre au premier. Je dois à cet écrivain d’être à la base d’un de mes plus grands chocs au cinéma à savoir Jurassic Park de Steven Spielberg adapté d’un de ses plus célèbres romans dont la lecture fut fut aussi un choc.
Dès lors, je suivis sa carrière, passionné par ses romans souvent de science fiction mais parfois non comme l’excellent Les mangeurs de morts qui donna lieu également à un non moins excellent film, et une bataille entre le romancier et le réalisateur John McTierman. Ce ne fut pas toujours le cas : Soleil Levant est, de mémoire, passablement ennuyeux tandis que Congo et Sphère, romans formidables, ont une réputation peu flatteuse. Je le confirme pour Sphère que j’ai vu. C’est nul. Tout comme Harcèlement mais je n’ai pas lu le livre éponyme.
Dans un de ses ultimes romans, très bon, il exposait son scepticisme face au réchauffement climatique. D’après Wikipédia, il a visiblement fait scandale en exposant son point de vue en tant qu’expert sur la question alors qu’il n’a aucune formation sur le sujet. Médecin de métier, il me paraît cependant plus crédible, et moins intéressé, que l’archi-politicien Al Gore. Bon ce n’est pas très petit écran comme propos. Pour rester hors sujet, j’ai été aussi fort intrigué par ses expériences personnelles, parfois mystiques, qu’il relata dans son autobiographie Voyages.
Retour au petit écran et autre réalisation majeure : la création de la série Urgences et ce pilote incroyable avec ce Ross bourré (George Clooney) et Green qui ne dort pas (Anthony Edwards) puis Carter (Noah Wyle) que j’ai vu grandir puis vieillir jusqu’à son départ de la série (et le mien en tant que spectateur).
Enfin, je n’ai vu aucune de ses réalisations, une erreur qu’il convient de réparer en supposant que les scripts valent bien mieux que celui de Twister…
On s’intéresse souvent davantage aux gens quand ils disparaissent. Je suis tristement banal… mais surtout triste qu’il nous ait quittés. Je lui rend hommage.
Wall-E est sorti et a émerveillé le monde entier (notons que son succès est moindre que Kung-fu Panda). Il est maintenant temps de s’intéresser à la suite des aventures de Pixar. Et comme on dit : « And Now, something completely different ». Et on obtient Up : c’est l’histoire d’un homme qui voyage avec un boy-scout à bord de sa maison transformée en une sorte de montgolfière. Dit comme ça, c’est évidemment étrange. Et assez génial, Up continue de prouver la créativité et les paris audacieux de Pixar alors qu’il ont accéléré la cadence avec un film par an.
Up est réalisé par Bob Peterson, « vétéran » de Pixar qui débute dans la réalisation, et surtout Pete Docter, scénariste de Wall-E et réalisateur de Monstres et compagnie, mon préféré, encore et toujours. Même si l’effet de la bande annonce, très amusante, est moindre que le premier teaser de Wall-E, c’est peu de dire que j’ai très hâte de découvrir l’été prochain ce Up.
La vie de Jacques Mesrine en deux films. L’instinct de mort, titre de l’autobiographie de Mesrine, raconte son parcours de l’Algérie au Canada au début des années 70.
Jacques Mesrine est un personnage controversé. Héros ou exemple pour certains, pourriture pour d’autres, il est toujours le sujet d’enquêtes, de bios et de chansons populaires. L’instinct de mort n’est d’ailleurs pas le premier biopic à l’écran de ce personnage singulier. Jean-François Richet et le producteur Thomas Langmann, qui quoique je puisse en penser (notamment sur sa version des aventures d’Astérix) a su malgré tout porter ce projet pendant plusieurs années, ont choisi une approche brute, sans glorification, qui évite les pièges du pensum politico-héroique. Passé l’excellent générique/épilogue, nous sommes plongés en pleine guerre d’Algérie où on l’ordonne à un Jacques encore jeune d’exécuter une femme. Tout au long du film il sera confronté à des situations où il choisit ou assume un choix, entre famille et amis, entre vie « honnête » et vie de bandit.
Le milieu de la pègre est alors dépeint dans toute sa noirceur : aucun respect, aucun principe où plutôt chacun vit avec ses principes dans un monde sans loi. Si Mesrine est souvent profondément cruel voire un peu fou quand il menace sa femme, il se forge parallèlement des amitiés solides et des amours sans concessions. Et nous parvenons peut-être aux sources de la fascination qu’exerce Mesrine : celle d’un homme buté qui dicte ses propres règles, et méprise toutes les autres. Il met au défi une société tout aussi paradoxale que lui, jusqu’à l’absurde quand il souhaite sauver sa compagne Jeanne ou prendre pour cible un système carcéral (auquel il contribua à sa chute) !
Depuis l’Assaut sur le central 13, j’ai confiance en Jean-François Richet et il ne déçoit en rien. Sa mise en scène aux ellipses parfois géniales (comme son premier passage en prison pour un braquage dont nous ne verrons rien) est encore plus intense que son remake du film de John Carpenter. De scènes intimistes en séquences violentes, pas une seconde n’est perdue. Un exemple de film coup de poing qui devient spectaculaire lors d’une fusillade brutale dans la prison canadienne où il fut enfermé. Cette scène d’action en immersion complète vaut plus que toutes celles de James Bond – Quantum of Solace qui sort presque en même temps.
Entouré d’une troupe d’acteurs parfaite (on voit partout au cinéma Gilles Lelouche et Gérard Depardieu), Vincent Cassel interprète Jacques Mesrine et met en avant son jeu, sa manière de jouer. Il y a bien sur une certaine recherche de mimétisme, l’acteur a pris beaucoup de poids pour le rôle, mais il apporte sa propre vision. Vincent Cassel ne joue pas la comédie, n’est pas non plus Mesrine, il l’incarne superbement.
Mesrine sera toujours un personnage controversé. Jean-François Richet ne tranchera sans doute pas un débat qui va jusqu’à la prononciation du nom « Mesrine » mais il n’oublie pas une chose : il fait du cinéma. Du très bon. Vivement la suite.