Archives de octobre 2008
Vu le 22/10/2008 Ă l’UGC Danton Salle 2
En 1980, Coluche est au fait de sa gloire enchaĂ®nant les salles combles et les fĂŞtes dĂ©bridĂ©es dans sa maison près du parc montsouris. Voulant dĂ©coincer la pensĂ©e ambiante, il dĂ©cide de devenir candidat Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle.
Du propre aveu d’Antoine de Caunes, l’histoire de Coluche ne comporte que peu de zones d’ombres aussi prĂ©fère t’il dĂ©crire le changement d’une Ă©poque Ă travers le cĂ©lèbre trublion qui finit par prendre au sĂ©rieux son engagement national au fur et Ă mesure qu’il portait non plus le rire mais un vĂ©ritable espoir. Le nĂ©ophyte du personnage que je suis dĂ©couvrira donc un comique, cordonnier ratĂ© Ă ses heures, amateur d’herbe et plutĂ´t mauvais exemple pour ses enfants. Son parcours Ă travers des mĂ©dias, enthousiaste d’abord puis beaucoup moins ensuite, quand il ne le censurent pas, soulignent ses paradoxes et sa prise de conscience sur le monde politique.
Et donc Coluche et sa bandes de joyeux anars, de Romain Goupil au Professeur Choron, colorent un peu ce monde terne en s’opposant Ă … Ă quoi exactement ? Des hommes en costume hypocrites, des censeurs invisibles, des gens qui se tĂ©lĂ©phonent dans des bureau très haut de plafonds, et visiblement des flics aux ordres… on est loin des films politiques amĂ©ricains des annĂ©es 70. L’ennemi est tapi dans l’ombre et nous ne saurons vraiment jamais qui il est pas plus que le rĂ©alisateur tentera de nous faire comprendre contre quoi exactement Coluche se bat. Il nous demande simplement de croire qu’avant 81, la France c’est nul et que les ouvriers au chĂ´mage croient en Coluche dans des sĂ©quences fort lourdes en province.
Enfin, il filme complaisamment le basculement Ă gauche, avec Jacques Attali l’incorruptible, le juste, tout en n’osant Ă peine admettre dans l’Ă©pilogue que les restos du coeur sont une illustration cinglante de l’Ă©chec de toutes les politiques dont celle du pouvoir en place Ă l’Ă©poque…
Outre ce manque d’enjeu, voire de suspense, la rĂ©alisation est le plus souvent très plate, alignant les fautes de goĂ»ts (la musique inappropriĂ©e lors du dĂ©jeuner chez la mère, les Ă©clairages « floues » qui centrent sur la vedette, le travelling lors de l’annonce de la candidature). Antoine De Caunes voulait filmer comme un reportage et nous sommes plus près du reportage de proximitĂ© sans saveur que du documentaire choc et de Strip Tease. Et le tempo des rĂ©pliques n’est pas bon, trop dĂ©clamatoire. C’est le cas aussi dans Monsieur N, que j’ai beaucoup aimĂ©, mais cela convenait mieux Ă ce film en costumes.
Au terme d’une sĂ©ance un peu ennuyeuse, le film laisse une impression neutre. On n’attendait pas que Coluche, l’histoire d’un mec, soit une comĂ©die façon Inspecteur La Bavure mais le film est très rarement drĂ´le. Et on est peinĂ© de ne pas rire mĂŞme aux retranscriptions des sketches. MĂŞme si je me suis Ă plusieurs reprises interrogĂ© non sur sa ressemblance avec Coluche mais plutĂ´t avec MichaĂ«l Youn, l’investissement de François-Xavier Demaison dans le rĂ´le titre n’est pas en cause mais la performance demeure sans saveur. Reste Olivier Gourmet, impressionnant en impresario autoritaire mais toujours fidèle, toujours au second plan. C’est peu.

Par Pascal
30 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 20/10/2008 Ă l’UGC George V salle 2 en VO
Tonnerre sous les tropiques par…une pub puis plusieurs bandes-annonces mettant en vedette quatre stars imaginaires : Ben Stiller/Tugg Speedman l’action-man en baisse de popularitĂ©, Robert Downey Jr/Kirk Lazarus le grand acteur aux 5 oscars (!), Jack Black/Jeff Portnoy le comique pĂ©tomane et enfin Brandon Jackson/Alpa Chino le rappeur. Tonnerre sous les tropiques devient alors le film dans le film au tournage virant au cauchemar malgrĂ© tous ses atouts standards : une adaptation d’un livre sur une mission suicide au Vietnam, un jeune rĂ©alisateur Ă©tranger limite yes man (Steve Coogan dĂ©jĂ vu avec Ben Stiller dans la Nuit au musĂ©e et hĂ©ros du très vite oubliĂ© rigolo Tour du monde en 80 jours), un producteur/dictateur qui donne des punitions depuis son bureau, des effets pyrotechniques Ă quatre millions de dollars (!) et donc le quatuor de stars.
Ben Stiller a bien en ligne de mire le système hollywoodien. Son film demeure une superproduction (85 millions de dollars tout de mĂŞme) pleine d’explosions et de dĂ©cors de jungle superbes, filmĂ©es Ă HawaĂŻ oĂą s’est tournĂ© aussi Jurassic Park, qui se moque des superproductions. Le système n’est certainement pas remis en cause et il dĂ©montre plutĂ´t sa capacitĂ© Ă rire de lui-mĂŞme Ă la manière du prĂ©sident des USA lors du traditionnel gala annuel de l’archevĂŞchĂ©. C’est toujours efficace et cela nous permet d’apprĂ©cier divers camĂ©os des stars dont l’un des premiers est Tobey Maguire, hilarant en une seule seconde avec son prix MTV du meilleur baiser (qu’il a vraiment obtenu pour Spiderman).
Ben Stiller est sans doute un des acteurs/réalisateurs du moment les plus opportuns pour le genre apportant au film un ton mêlant adroitement parodie, gags exubérants (la plupart débités par un Jack Black déchaîné) souvent très drôles, mises en abîmes (la vrai/fausse tête sanguinolente) et délire pur.
Son film approche parfois ainsi l’abstraction grâce au duo Stiller/Downey Jr. Chacun d’eux est dans son monde, l’un plongĂ© dans son rĂ´le mĂŞme quand il ne tourne pas tandis que l’autre se persuade que tout est filmĂ©. L’apothĂ©ose est leur court et incomprĂ©hensible face Ă face totalement Ă cĂ´tĂ© de la plaque et parodiant Voyage au bout de l’enfer ! Ces expositions d’ego surdimensionnĂ©s lâchĂ©s en pleine nature dresse un portrait assez corrosif du « mĂ©tier » de star : une vie oĂą ils s’isolent, leurs seuls moments fraternels Ă©tant toujours une forme de reprĂ©sentation, un mensonge, en vue de la reconnaissance. Ce sont ces moments entre rĂ©alitĂ© et dĂ©connexion des acteurs qui tirent le film vers le haut et qui rappellent, toute proportion gardĂ©e, les films de Wes Anderson oĂą certaines scènes comiques n’entraĂ®nent pas un rire franc mais une sorte de rire contemplatif, un peu triste.
Le film de Ben Stiller est donc une rĂ©ussite avec des acteurs qui ont l’air de s’ĂŞtre beaucoup amusĂ©s. CĂ´tĂ© seconds rĂ´les, on retiendra Matthew McConaughey, excellent dans un rĂ´le initialement prĂ©vu, et c’est palpable Ă l’Ă©cran, pour l’ami Owen Wilson (prix MTV du meilleur baiser 2004 !). L’acteur avait du abandonner le rĂ´le suite Ă son hospitalisation peu de temps avant le tournage.
Enfin, je n’ai jamais doutĂ© du potentiel comique de Tom Cruise que ce soit grâce Ă Risky Business ou Entretien avec un vampire jusqu’Ă ce vrai/faux making-of culte avec justement Ben Stiller pour Mission Impossible 2. Dans ce rĂ´le du producteur-requin, Tom Cruise va plus loin que la simple parodie et livre une composition sĂ©rieusement originale et outrancière. Il est la cerise sur le gâteau de cet Ă©tonnant Tonnerre sous les tropiques.

Par Pascal
25 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Alors que son drame Changeling, prĂ©sentĂ© Ă Cannes, sort le 12 novembre, Clint Eastwood a dĂ©jĂ achevĂ© son film suivant dont l’affiche vient tout juste de paraĂ®tre.

Rappelons que la Ford Gran Torino est donc une voiture dont la lĂ©gende traversa l’atlantique grâce Ă la sĂ©rie Starsky et Hutch. Elle sera au coeur du film puisqu’elle servira Ă nouer une Ă©trange relation entre un vĂ©tĂ©ran de la guerre de CorĂ©e raciste et un jeune asiatique.
Cela fait dĂ©jĂ quelques mois que ce film a Ă©tĂ© annoncĂ© mais dont on ne disposait que de très peu d’information si ce n’est le titre. Ce premier visuel a un effet très euphorisant, elle a mĂŞme une sacrĂ© gueule, tout comme celle d’Eastwood qui ne l’oublions pas a 78 ans…
Le film sortira vraisemblablement début 2009.
Source : InContention, MovieBlog
Par Pascal
24 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Guillaume Depardieu est mort Ă 37 ans d’une « pneumonie foudroyante ». Bon il est mort. Je ne connaissais presque rien de sa vie. Je savais vaguement que ce n’Ă©tait pas nĂ©cessairement un enfant de coeur, je l’avais vu faire je ne sais quelle bĂŞtise dans une Ă©mission de tĂ©lĂ© et puis il y a eu l’Ă©pisode de sa jambe. A vrai dire, je m’en foutais un peu. Je suivais sa carrière mais sans grand enthousiasme.
L’acteur a jouĂ© dans deux films que j’aime profondĂ©ment, pour moi deux films majeurs du cinĂ©ma français des annĂ©es 90, deux films de Pierre Salvadori. Le premier est Cible Ă©mouvante oĂą il interprète un apprenti tueur Ă gage, disciple d’un Jean Rochefort bientĂ´t Ă la retraite. Le second est Les Apprentis oĂą il joue une sorte de glandeur amoureux, le film Ă©tant centrĂ© sur son amitiĂ© avec François Cluzet. Deux films merveilleux, tendres et hilarants qui me font aimer le cinĂ©ma. Quand je vois de mauvais films français, ou plutĂ´t quand je dĂ©cide de ne pas aller voir de mauvais films français, je pense Ă ces films et me dit qu’on peut toujours espĂ©rer. Et Guillaume Depardieu, hĂ©ros lunaire et maladroit, y est sans doute pour quelque chose. Je garderai en mĂ©moire toute la sĂ©quence et la partie de foot qui clos Les Apprentis, un moment simple qui m’a bouleversĂ©e. Pour cette scène, pour ces deux films, sa carrière rentre dans la postĂ©ritĂ©, du moins aussi longtemps que je vivrai.
Je lui rend hommage.

Par Pascal
16 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 7 Octobre 2008 Ă l’UGC Normandie Salle 2
Le pari d’Entre les murs est de filmer des Ă©lèves de quatrième d’un collège parisien « difficile » toute une annĂ©e en se restreignant Ă suivre un seul cours, de français, une seule classe. Nous en sortirons que très peu. C’est Ă peine si on apercevra la cantine ou le bureau du principal, un peu plus la salle des profs. Entre les murs n’est cependant pas Etre et avoir. Le film est totalement Ă©crit, en collaboration avec les Ă©lèves pour faire jaillir des dialogues « vrais » certes, mais dont les Ă©pisodes sont prĂ©parĂ©s Ă l’avance et non saisis au grĂ© des alĂ©as de l’annĂ©e scolaire. Par cette approche, Entre les murs demeure une fiction mais une fiction qui sonne comme la rĂ©alitĂ©.
Du point de vue de la mise en scène, le film de Laurent Cantet est limpide. Entre les murs est filmĂ© comme un documentaire : si les camĂ©ramen sont discrets, leur prĂ©sence est marquĂ©e par la manière dont sont filmĂ©s les elèves souvent de haut ou de face. Et ils Ă©vitent les « obstacles » autour d’eux : Je ne pense pas qu’il y ait eu de plan arrangĂ© ou une partie de la classe Ă©tait vidĂ©e pour laisser du champs aux filmeurs.
Ce n’est cependant pas un documentaire sur la guĂ©rilla, les images ne tremblent pas, mais un documentaire qui vise Ă capter les Ă©motions des personnages au plus près de leur visage. Si la parole et le dialogue sont prĂ©pondĂ©rants et s’affranchissent souvent de toute limite (en gros c’est le bordel), il arrive souvent que les visages cachent des troubles enfouis bien plus profondĂ©ment, des troubles rĂ©els. Surtout, en limitant son cadre, l’auteur ne s’Ă©gare pour ainsi dire jamais et fait passer le spectateur comme un mur de l’Ă©cole d’oĂą il peut esquisser la vie extĂ©rieure : les parents absents ou sans-papiers, les hauts et les bas des amitiĂ©s entre les enfants, la contradiction presque permanente entre la pudeur enfantine et la violence des propos des ados.
Cette maĂ®trise de son approche conduit Ă un jaillissement palpable du rĂ©el, et le film est donc parfois drĂ´le et d’autres fois dramatique, comme si Laurent Cantet Ă©tait parvenu Ă prendre une photo de notre Ă©poque. L’exercice a ses limites comme la confrontation Ă la rĂ©alitĂ© : en privilĂ©giant toujours des moments « importants », rĂ©flĂ©chis, Cantet fait peut-ĂŞtre le choix de donner le « meilleur » des Ă©lèves et une vision de ce qu’il sont tous les jours. On ne va pas non plus faire un film de 450 heures. Et ces choix rythment parfaitement le film : les 2h08 passent comme une flèche. Autre limite, et de taille, Entre les murs risque d’avoir du mal Ă survivre plus de quelques annĂ©es. La palme d’or, particulièrement celle obtenue par Cantet avec un Sean Penn politisĂ© comme prĂ©sident du jury, n’a pas que pour vocation Ă dĂ©tecter les chefs d’oeuvres impĂ©rissables. Remember Fahrenheit 9/11 ?
Au delĂ du discours politique, la simple observation de la camĂ©ra de Laurent Cantet, dans ce qui demeure toujours une fiction, montre que les cours donnĂ©s vaillamment par le professeur aboutissent Ă un inĂ©luctable gâchis marquĂ© par l’exclusion d’un Ă©lève et surtout cette scène terrible de cette jeune fille, Ă la dernière minute de l’annĂ©e scolaire, avouant au professeur qu’elle n’a strictement rien appris.
Le gâchis est qui plus est collĂ©gial : les Ă©lèves commencent et terminent avec des carences puisque la moitiĂ© des cours semblent avoir Ă©tĂ© consacrĂ©s au dialogue ou plutĂ´t Ă la tchatche, mĂ©lange de provocation et de vannes, de perpĂ©tuelle remise en cause de l’autoritĂ© et de l’enseignement prodigĂ©. Le professeur, quant Ă lui, (interprĂ©tĂ© par François Bregaudeau, vrai enseignant et auteur du livre dont s’inspire le film) voit sa vocation d’enseigner, de transmettre un savoir, corrompue par des dĂ©bats entre discipline et social. Et il s’enferme dans des schĂ©mas peu flexibles, comme ses Ă©lèves au fond. On peut penser ici Ă cette discussion autour d’un Ă©lève menacĂ© non seulement d’exclusion mais d’un renvoi au Mali par son père. Les professeurs ont l’air terrifiĂ© Ă cette dernière possibilitĂ© qui semble autant remettre en cause les droits des parents sur leurs enfants qu’elle dĂ©crit le Mali, et plus gĂ©nĂ©ralement l’Afrique, comme l’enfer sur terre, plus encore qu’une vie d’exclusion en France.
Dans ce milieu mal Ă l’aise, les rĂ©ussites et espoirs sont d’autant plus Ă©clatants : un long passage sur la rĂ©daction d’autoportraits, audacieusement amenĂ© par le professeur, donne lieu Ă quelques Ă©clats crĂ©atifs ou cet Ă©lève chinois, Wei, qui a du mal Ă parler français en dĂ©but d’annĂ©e et qui finit par connaĂ®tre les règles de versification quand elle se termine !
Mais au final, C’est un constat amer que dresse Laurent Cantet : des enfants sur la dĂ©fensive et quelques adultes/profs , tous ne sachant mĂŞme plus comment demander de l’aide ni en donner. Et, s’il a ses propres sensibilitĂ©s et opinions, il laisse Ă chacun le soin de s’interroger sur ce qu’il a montrĂ©. Entre les murs est assurĂ©ment un film ouvert. Et une rĂ©ussite mĂŞme si ce n’est pas exactement « mon » cinĂ©ma (celui qui fait rĂŞver).

Par Pascal
15 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 6/10/2008 Ă l’UGC George V salle 4
Dans une ferme oĂą ils ont trouvĂ© refuge, Karim avoue Ă Agathe (Agnès Jaoui) qu’il avait quittĂ© rapidement le travail qu’elle lui avait trouvĂ© quelques annĂ©es auparavant parce que son employeur l’avait tout de suite tutoyĂ©. Ma maman a toujours tutoyĂ© ses employĂ©s de moins de 30 ans. Dans cette mĂŞme ferme, il Ă©voque un moment oĂą il va Ă la pharmacie et que la pharmacienne tutoie et infantilise sa mère sur les prescriptions. Ma femme m’a racontĂ© qu’ado, elle s’Ă©tait rendue avec sa grand-mère dans une officine et que la vendeuse s’adressait directement Ă l’ado pour les prescription. Je ne suis pas Ă la place de Karim/Djamel Debbouze mais cette « humiliation ordinaire » Ă©voquĂ© par Karim est-il vraiment du racisme ? L’attitude mĂ©prisante de StĂ©phane (Guillaume de TonquĂ©dec), pourtant un gentil philosophe, envers Mimouna (Mimouna Hadji, très attachante) dĂ©pend-elle vraiment de la couleur de peau ou simplement d’une situation patron/employĂ© cruelle ? Des exemples bien mal choisies.
Parlez-moi de la pluie est pourtant bon voire très bon dans sa dernière partie, après la pluie. Toujours dans le registre du goĂ»t des autres personnes. Les auteurs ont toujours l’art de prĂ©senter des personnages qu’on commence presque mĂ©caniquement par « catĂ©goriser » pour s’apercevoir qu’ils sont plus compliquĂ©s, souvent plus fragiles. C’est presque une mise en abĂ®me tant le spectateur catĂ©gorise pour le film autant qu’il pourrait le faire dans la vie courante lorsqu’il rencontre pour la première fois quelqu’un. Le film nous parle de nos a priori.
L’adhĂ©sion au film et son ambiance est facilitĂ©e par les rĂ©actions crĂ©dibles des personnages mĂŞme finalement dans leurs propos les plus dĂ©monstratifs que ce soit ce cultivateur contre les technocrates de Bruxelles ou donc Karim quand il s’offusque du mĂ©pris des blancs. Son ressentiment sonne juste mais un malaise s’est immiscĂ©. Non pas de la mauvaise conscience mais l’impression que le talent des auteurs aboutit Ă une forme de manipulation Ă tel point que je m’interroge sur leurs intentions, un peu dĂ©monstrative et sans nuance, Ă propos du racisme. J’avoue mĂŞme m’ĂŞtre honteusement interrogĂ© sur ce fait : la seule actrice dont le prĂ©nom dans le film est son propre prĂ©nom est Mimouna. Est-ce une coĂŻncidence, un très beau prĂ©nom (ce qui est vrai) ou une forme de condescendance (d’humiliation ordinaire) alors que la première partie montrent les gentils arabes Ă©crasĂ©s (la mère) ou corrompus par les blancs (Karim, mariĂ©, qui finit par regarder une autre femme suite Ă une remarque de Michel/Jean Pierre Bacri) ?
Ma comprĂ©hension du film doit certainement ĂŞtre biaisĂ©e. Mais je persiste Ă croire que ces moments dĂ©servent le film. Les dialogues sont bons et naturels comme si les bons mots rĂ©guliers arrivaient spontanĂ©ment alors qu’ils dĂ©coulent d’un long travail sur les personnages. Sans faire dans la pure comĂ©die, Agnès Jaoui distille quelques moments fort comiques jouant sur la longueur ainsi le fumage de joint qui fait peu Ă peu ses effets sur les deux protagonistes le partageant, le regard fixe jusqu’au dĂ©rangeant d’un agriculteur sur Agathe ou encore cette Ă©lĂ©gante ellipse oĂą d’un plan oĂą la soeur d’Agathe part seule, on la retrouve ensuite avec son mari au volant, bĂ©at mais sans arrogance, satisfait. La rĂ©alisatrice semble aussi comme attraper au vol de jolies moments dont le plus beau est cette main tendue Ă la sortie du TGV.
Et comme toujours, les acteurs excellent tous dans ces registres très humains. Djamel Debouzze, acteur douĂ©, ne cherche pas la performance (Angel-A et son plan face au miroir par exemple) ou Ă souligner l’importance de son rĂ´le (Indigènes) et trouve peut-ĂŞtre lĂ son meilleur travail Ă ce jour. Tout au naturel. Il serait alors dommage de faire l’impasse sur des auteurs français parmi les plus habiles actuellement.

Par Pascal
11 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 9/9/2008 Ă l’UGC Danton salle 4 en VO
Emma Lloyd (Uma Thurman) est un conseiller matrimonial, vĂ©ritable vedette de la radio, dispensant aux femmes des vĂ©ritĂ©s sur les illusions du grand amour. Une de ses auditrices finit par plaquer son fiancĂ© Patrick (Jeffrey Dean Morgan), amoureux transi. Rancunier, il trouve le moyen informatique d’ĂŞtre juridiquement mariĂ© avec elle alors qu’elle allait se marier avec son homme idĂ©al Richard (Colin Firth). Et donc ça fait un mari de trop…
On aura rapidement devinĂ© que le fiancĂ© Ă©conduit va finir par s’enticher de la vedette radio qui ne restera pas insensible Ă ses manières brusques empreintes de culture indiennes d’Inde, donnant quelques tonalitĂ©s orientales Ă l’ensemble du film. Pour peu qu’on soit sensible Ă la comĂ©die romantique, le film n’est pas dĂ©sagrĂ©able mais malgrĂ© quelques timides tentatives, le rĂ©alisateur Griffin Dune n’Ă©pice ni ne pĂ©tille vraiment cette comĂ©die qui pourrait tomber dans l’oubli dans quelques annĂ©es. A se demander pourquoi j’en parle.
Deux sĂ©quences constituent le clou comique du film : une dĂ©gustation de pâtisseries et une fĂŞte en l’honneur de la sortie du livre d’Emma : les quiproquos ne sont pas embarrassants (pour le spectateur) et les situations explosives aidĂ©e par le talent des acteurs. Car le casting est impeccable. Uma Thurman est rayonnante, Colin Firth incarne parfaitement la perfection un peu lisse mais Ă©lĂ©gante et sincère. Et on dĂ©couvre Jeffrey Dean Morgan avec sa gueule de mec sympa et un bon tempĂ©rament comique. Il vole d’ailleurs la plupart des scènes.
L’issue du film est facilement identifiable et on sait que la comĂ©die romantique appelle presque mĂ©thodiquement le happy end et le label feel good movie. La pilule est cependant amère : si l’amoureux Ă©conduit est fair play et qu’il n’y a pas vraiment de mal « officiel », pas d’enfant et pas vraiment de mariage. La conclusion du triangle amoureux inverse Ă©videmment les propos de son hĂ©roĂŻne, qui passe toute la première partie du film Ă convaincre ses auditrices d’effectuer des choix raisonnables et mĂŞme raisonnĂ©s, mais sans poser plus de question que « l’amour c’est comme ça ». Et c’est souvent douloureux. Le film pose pourtant la question de l’après happy end en se servant de l’exemple de La Belle et le Clochard. La conclusion aborde sans risque le sujet finalement moins profondĂ©ment et frontalement que celle d’Amour et AmnĂ©sie, vĂ©ritable joyau (je le dis dès que j’en ai l’occasion).
Notons enfin que Un Mari de trop n’est pas franchement fĂ©ministe : les mecs sont sympas, et mĂŞme beaux joueurs, tandis que les femmes leur vampirisent la vie et se rĂ©vèlent fort lunatiques. On met ça Ă©videmment sur le compte du grand Amour. Une nouvelle fois, ce dernier a bon dos. On pourrait sans doute Ă©mettre ce genre de critique de bien des comĂ©dies romantiques et Un mari de trop a un certain courage Ă aborder un triangle amoureux avec deux prĂ©tendants authentiquement sympathiques, fidèles et rassurants, lĂ oĂą on oppose gĂ©nĂ©ralement un preux chevalier et un salaud ou une incarnation de la perfection bĂ©ate (comme Owen Wilson dans Mon beau père et moi, seule personne drĂ´le de cette comĂ©die poussive au demeurant). Mais les bonnes intentions hĂ©las ne suffisent pas…

Par Pascal
9 octobre 2008 Catégories: CinĂ©ma