Archives de septembre 2008
Vu le 2/7/2008 à l’UGC George V salle 3 en VO
Comme le souligne l’actrice française Clémence Poesy dans le film, les films dans Bruges, étrangers qui plus est, ne sont pas légions. C’est pourtant dans cette ville que deux tueurs à gages doivent se faire oublier après l’exécution d’un contrat. Une relation s’instaure entre le vieux expérimenté et le débutant survolté et… suicidaire. Que doit faire le premier lorsque son patron rigide l’exhortent à abattre le second ?
Bons baisers de Bruges brasse nombre de figures connues : la chute dans un lieu de perdition, la relation vieux sage/jeune chien fou, la loi du milieu (on ne tue pas les enfants)… le réalisateur/scénariste les traite avec un mélange de respect et de folie, et une bonne dose d’humour. Il prend ainsi son temps pour faire découvrir à la fois aux deux tueurs et au spectateur la ville de Bruges, vieille cité chargée d’histoire, tragiquement belle et grise, ainsi que ses habitants et ses touristes. Et le développement qui suit est fait d’errances nocturnes et de grisaille mélancolique. Et si l’arrivée est assez prévisible, les trajectoires sont faites de digressions et de contournements ludiques.
Dans cette fantaisie noire et atypique, on rencontre un couple d’arnaqueurs du dimanche et un nain tout droit sorti de Ca tourne à Manhattan. Plongés dans des situations incongrues, les personnages sortent volontiers des sentiers balisés : un défi que les acteurs parviennent à surmonter. Et pour ne parler que des principaux, dans le rôle du tueur débutant rongé par la culpabilité, et du coup très proche de son personnage dans le rêve de Cassandra de Woody Allen, Colin Farrell est touchant et assez drôle. Brendan Gleeson est quant à lui une figure bienveillante et inquiète.
Sans doute à cause du cocktail inattendu d’humour et de violence, Quentin Tarantino a été cité. Martin McDonagh fait cependant moins dans le recyclage et a un peu moins de maîtrise : la poursuite finale avec de la musique lourde n’est pas toujours à la hauteur. Mais il s’avère plus poétique et touchant. Il émerge de Bons baisers de Bruges un ton, un style inédit, celui, sensible, de Martin McDonagh. Son approche bien à lui a un revers : elle est difficile à marketer surtout quand on est privé de repère vu que c’est un premier film. C’est dire si Martin McDonagh a de l’audace à revendre. Je lui souhaite une fructueuse continuation.

Par Pascal
17 septembre 2008
Vu le 10/9/2008 à l’UGC Normandie Salle 1 en VO
Entendu une fille parlant à une autre à la sortie de la salle : « T’enlèves les chansons d’ABBA et c’est mauvais ». Cela me rappelle Agrippine de Brétecher : « Mozart c’est nul sauf la musique du film ». Il ne s’agit pas ici de mettre sur un pied d’égalité Mozart et ABBA pas plus que le Amadeus de Milos Forman avec cette adaptation d’une comédie musicale à succès. Mais il est important de prendre en compte le fait que Mamma Mia! a été conçu sur la musique d’ABBA. La scénariste Catherine Johnson n’a pas écrit une histoire puis s’est dit : « Tiens et si j’illustrais mon propos des chansons d’un groupe scandinave ? ». Bon et donc ces critiques à peine remis de mes émotions, c’est nul.
D’ailleurs, l’histoire est-elle si nulle ? C’est une comédie. Elle est 33% plus compliquée que Les Compères de Francis Veber ou Une Chance sur deux de Patrice Leconte. En effet, Sophie (Amanda Seyfried, craquante et sexy) ne connaît pas son père et invite ses trois pères potentiels à assister à son mariage sans le dire à sa maman. Elle pense pouvoir le reconnaître au premier coup d’oeil mais évidemment ce n’est pas le cas. Bon, on a vu pire comme histoire. C’est même parfois assez drôle grâce un peu aux amis de Maman sorties de Absolutely Fabulous et bien sur au trio gagnant Brosnan/Firth/Skarsgard dans le rôle des pères.
Le problème majeur de Mamma Mia! est la réalisation calamiteuse de Phyllida Lloyd qui travaille dans l’opéra, et qui fait partie des créateurs initiaux de cette pièce. Mais elle ne sait visiblement pas tenir une caméra. Dès lors que celle-ci est en mouvement, tout est à peu près raté. Très souvent mal éclairées, comme si on voulait vraiment nous montrer qu’on tourne en studio, des séquences entières sont gâchées et la moindre des chorégraphies, généralement peu audacieuses d’ailleurs, est illisible. D’autant plus dommage que quand la réalisatrice prend le temps de poser sa caméra pour un plan mère/fille devant le miroir ou pour un départ en bateau, elle rend service au film. Mais c’est si rare…
Que reste t’il pour sauver le film ? Les acteurs et les chansons d’ABBA. La fille du cinéma n’a pas si tort au fond. La prestation de Meryl Streep semble avoir des avis mitigées. Certes j’adore les comédies musicales et je me fais facilement avoir mais admirer Meryl Streep (quand elle est bien cadrée) danser maladroitement et chanter sincèrement la chanson titre m’a donné des frissons. De même, Pierce Brosnan chante terriblement faux mais il a un tel aplomb qu’il devient touchant jusqu’à son génial « It’s only for the rest of your life. ».
Le film est sauvé et beau. La réalisation est impardonnable mais je pardonne volontiers les scènes parfois hystériques entre deux chansons car elles aboutissent à des arrangements musicaux enthousiasmants. A la limite, on peut se demander si cet écrin bancal n’est tout simplement pas idéal pour les chansons d’autant que la dernière séquence pendant le générique est hilarante et débridée (les acteurs avec des costumes d’ « époque ») mais finalement très simple (une scène, un micro). Les standards d’ABBA sont sûrement éternels…

Par Pascal
13 septembre 2008
Vu le 13/8/2008 à l’UGC Odéon Salle 1 en VO
Gomorra, c’est la vie quotidienne d’Italiens dans les environs de Naples et dans un milieu gangrené totalement par la Mafia.
Dans une époque où le réalisme dans toute sa vérité est de mise, le film de Mateo Garrone arrive à point nommé. Adapté d’un Best Seller de Roberto Saviano, le réalisateur veut restituer toute l’étendue de l’action de la Mafia. Son choix est de nous conter plusieurs histoires sans véritables liens, à peine entrecroisées, d’où ne sort qu’un point commun : la Camorra. Gomorra restitue les trajectoires d’une poignée de personnages du simple homme de main au chef, du jeune naïf ou du jeune embrigadé, soit tous ces gens qui de près ou de loin font fonctionner la criminalité et accessoirement une bonne partie de l’économie du sud de l’Italie.
Certaines histoires, elles sont toutes bonnes, sont classiques : les jeunes hommes totalement livrés à eux-mêmes parodiant Scarface ou l’enfant fasciné par le Milieu et qui décide de l’intégrer sans prendre conscience de ses choix. D’autres histoires passionnent ou dérangent. Car le film fourmille de détails qui sonnent comme autant d’anecdotes véridiques. Les plus frappantes comme les plus inquiétantes sont celles qui sont liées à l’économie particulièrement ces offres « publiques » d’achat clandestines pour de la confection (avec la concurrence des chinois) ou cette plongée dans le quotidien de Franco, qui paie des salaires et des retraites à toute une partie de la ville ou plutôt du lotissement.
Et Mateo Garrone raconte bien des histoires et ne fait pas un documentaire. Sa neutralité apparente laisse traverser des moments de cinéma avec une violence brutale et abrupte, souvent hors champ. Il souligne certains aspects pathétiques du système (le rite initiatique aussi terrifiant que ridicule) et laisse transparaître dans les derniers instants quelques soupçons d’ironie (la robe portée par Scarlett Johansson) et une timide pointe d’espoir dans une abîme d’amertume.
Il faut parler du décor presque unique du film. C’est une cité dortoir qui, en plus d’être d’une zone de non droit où la police ne peut que venir compter les cadavres, est un champ de bataille entre les clans. Cette cité fait froid dans le dos : une zone de béton non peinte, pourrie et déglinguée mais finalement pas si éloignée de certaines autres banlieues européennes.
La portée de Gomorra est ouvertement pédagogique. Les encarts finaux, sur le business et les montants engagés par la Camorra, terrifient. Mais ces chiffres, en plus d’être plus ou moins connus, sont rarement illustrés. Il faut alors voir Gomorra pour les conséquences qu’une telle importance implique au quotidien. L’évocation du metteur en scène est sans appel : nous observons un pays dévasté et malade qui enfouit ses déchets mais qui finissent par déborder.

Par Pascal
11 septembre 2008
Vu le 5/8/2008 au Mirama salle 3 en VF
La cité ensoleillée de Los Angeles a aussi son super héros, Hancock, aussi fort et volant que Superman mais sans les yeux laser cependant. Lui aussi il réduit drastiquement le taux de crime mais le problème est qu’il est un alcoolique méprisé par la population et les médias.
Gros succès, le cru 2008 de Will Smith pourtant déçoit malgré un début prenant. Car il est assez rigolo de voir un super héros, ou plutôt un homme avec des supers pouvoirs, être le mal aimé de la population et de l’assumer sans trop se poser de question ni en profiter. Le look d’épave de Will Smith est réussi. Et si ce thème a déjà été abordé dans d’autres films de ce genre prolifique actuellement, l’approche est intéressante et nouvelle d’autant que Hancock débute directement au coeur de ce sujet. Le film pose la question le prix de la justice puisque le taux de criminalité est, comme souvent dans le genre, proportionnel à l’investissement du héros pour la neutralisation des vilains. On se limite hélas ici à s’acharner sur le coût des dégâts matériels et à une vindicte médiatique caricaturale (quoique les présentateurs hystériques doivent exister aux USA) sur un premier tiers du film somme toute amusant.
La suite sort peu à peu de ce sujet sans l’avoir véritablement traité pour évoquer une histoire de genèse/renaissance puis une quête des origines avec un parti pris audacieux : l’absence de super vilain ou de méchant quelque peu sérieux. Ce choix s’avère casse gueule malgré un rebondissement ludiquement amené. On se retrouve alors avec une deuxième partie sans rapport avec ce qui nous avait été vendu ce qui n’aurait pas été problématique si celle-ci n’était pas un peu laborieuse, le film brodant une histoire sur les origines peu convaincantes de Hancock autour de l’amour et du devoir. Le co-scénariste Vince Gilligan, une des têtes pensantes de X Files, a été plus imaginatif pour la télévision.
Hancock parle aussi du couple et de l’immortalité sans, une nouvelle fois, le traiter comme l’a fait par exemple Highlander sur ce même thème. Quant à la fin dans l’hôpital entre perte et récupération de pouvoir, elle est très confuse. Hancock est surtout une comédie et ses autres prétentions ne prennent pas. L’entertainement hollywoodien, quelques séquences amusantes et le côté label Will Smith certes fonctionnent mais le coeur n’y est vraiment pas d’autant que sorti de la superstar, les acteurs sont sans saveurs tant Jason Bateman que Charlize Theron.

Par Pascal
11 septembre 2008
Vu le 6/8/2008 à l’UGC Danton salle 2 en VO
Vendeur de belles voitures et malfrat du dimanche, Terry Leather a du mal à joindre les deux bouts avec ses créanciers du Milieu notamment. Un ancien amour, Martine Love ça ne s’invente pas, vient lui proposer un cambriolage lucratif. Terry réunit alors quelques proches surs. Mais ils ne savent pas que Martine est un pion du MI5 et qu’elle a ses propres objectifs.
Le cambriolage narré ici est assez classique aussi bien dans la vie (Spaggiari, ce cambriolage) qu’au cinéma notamment en comédie (Escroc mais pas trop, Ladykiller). C’est l’enchevêtrement des conséquences de celui qui est captivant et souvent ironique. Ironique ne veut pas dire décalé. Certes les personnages sont troubles et/ou haut en couleur mais le ton est cependant plus sérieux que ne pourrait l’être une fiction comme Arnaque, crime et botanique.
A partir de faits réels et d’enquêtes qui n’ont pas tout mis en lumière, le réalisateur Roger Donaldson brode et jongle avec les histoires de l’époque dans une Angleterre sur le déclin : une princesse people, un leader noir meutrier et partout de la corruption (de la police surtout) et de la décadence (émergence du cinéma porno, hauts dignitaires « so british » au bordel à tendance sado-maso. Le Londres gris et désenchanté des années 70 prend définitivement place après de joyeuses sixties.
Ce climat politique/social n’est cependant pas le coeur de l’histoire. Roger Donadlson prend surtout plaisir à raconter une histoire dans ce contexte morose où dominent de sombres intrigues et manipulations menées par un MI5 dépassé. A moins que cela fut le MI6… « Je n’ai jamais compris la différence » dira un inspecteur anglais !
Dans ce jeu de pouvoir et d’argent, on joue avec des boucs émissaires et autre pion devenus les dindons de la farce : le sort des membres de l’équipée bancaire ou de l’agent infiltré sont les fruits de ce monde corrompu. Dans cette noirceur terrible, et assez réaliste, l’optimisme du dernier instant joue sur le mystère autour des voleurs et du devenir de l’argent et elle sonne comme un ultime pied de nez, une ultime espérance d’un metteur en scène qui a pris à coeur cette histoire épaulée par une distribution remarquable, face à ce qui constitue une authentique sale affaire dont nous ne connaîtrons sans doute jamais les tenants et les aboutissants.

Par Pascal
9 septembre 2008
Seinfeld, Saison 5, Épisode 21 – n° 86.
Seinfeld n’est pas une série nécessitant un suivi des épisodes dans leur ordre de sortie, avec une histoire sur le long terme très développée. Les situations professionnelles et relations durables servent seulement de terreau au développement de situations comiques très éphémères.
The Opposite est néanmoins un épisode charnière, entre deux arcs scénaristiques, pour George Costanza.
Après le projet de Pilote et de série TV pour NBC finalement tombé à l’eau en saison 4, et une période de chômage en saison 5 où George, célibataire, doit retourner habiter chez ses parents, les choses ne vont pas fort pour Georgy Boy.

Il est amené à tirer un constat terrible : tous les choix, tous les instincts qu’il a suivi dans sa vie, se sont révélés des échecs.
La conséquence suit logiquement : Il lui suffirait d’agir contrairement à ses instincts pour réussir sa vie.

» – My name is George. I’m unemployed and I live with my parents.
- I’m Victoria. Hi. «
Mais outre le cas unique de Costanza, les scénaristes ont imaginé des conséquences originales pour les autres personnages.
Pendant que George réussit tout ce qu’il entreprend et trouve même un job aux Yankees, Elaine entre dans la spirale de l’échec, et tout reste égal pour Jerry : chaque évènement de sa vie est contre-balancé par un autre de même importance.
Pendant ce jeu de vases communicants qui nous rappellera l’excellent The Abstinence, Kramer tente la promotion de son nouveau livre consacré aux tables à café – livre qui tel un Transformer peut se déplier et devenir une table basse.

À l’instar d’épisodes comme The Contest, The Abstinence, ou The Bizarro Jerry, le scénario de The Opposite est basé sur un bouleversement des habitudes, de la nature même des personnages, et non sur des gags burlesques plus ou moins opportuns.
Ce sont les caractéristiques des épisodes les plus originaux et mémorables.
I’m gonna show you what it’s like!
Seinfeld, Saison 9, Épisode 10 – n° 166.
The Strike est un épisode des plus classiques. Avec des intrigues tradionnelles; c’est-à-dire complètement farfelues.
Jerry sort avec une jolie jeune femme. Enfin, jolie, tout dépend de l’angle sous lequel on la regarde.

She was like a 3-D baseball card that changes depending the angle.

La réaction de Jerry est intriguée. Tout comme pour son copain, le farfelu dentiste Tim Whatley, interprété par l’excellent Bryan Cranston (Breaking Bad).

Noël approche, et Frank Costanza décide de se remettre à célébrer le Festivus : un noël alternatif de son invention.
Il en explique le concept à Cosmo, qui a repris le travail à H&H Bagels après douze années de grève.

À la place du traditionnel sapin, la décoration de la fête se limite à un poteau en aluminium.

Frank Costanza et Kramer sont particulièrement brillants dans cet épisode qui, bien que ne faisant pas partie du firmanent de la série, reste divertissant.