Archives de mars 2007
Vu le 24/3/2007 au Max Linder Salle 1 (et unique salle) en VO
Après le très bon Sin City, Frank Miller est Ă nouveau Ă l’honneur avec une nouvelle adaptation d’une de ses oeuvres. Il est donc question de la bataille de Thermopyles (« portes chaudes » si j’en crois Mad Movies) comme lieu d’une bataille d’une poignĂ©e de guerriers grecs menĂ©s par le roi de Sparte, LĂ©onidas, face Ă l’immense armĂ©e perse menĂ©e par son dieu gĂ©ant Xersès.
Zach Snyder, tout comme Roberto Rodriguez pour Sin City, choisit la fidĂ©litĂ© Ă l’oeuvre originale. Le rĂ©alisateur de l’ArmĂ©e des morts restitue au mieux l’esprit et l’image du comics de Frank Miller. N’ayant moi-mĂŞme pas lu le comics, difficile de juger. Cependant, on trouvera sur ce site un intĂ©ressant comparatif comics/film mettant en Ă©vidence le remarquable travail de transcription.
300 a Ă©tĂ© intĂ©gralement tournĂ© en studio sur fond bleu ou vert ce qui m’a toujours impressionnĂ© :

Et c’est bien la magie du cinĂ©ma et des effets spĂ©ciaux qui permettent Ă 300 de devenir une oeuvre artistique souvent jouissive avec des visions superbes, fortement iconiques ainsi ce glaçant « arbres de morts », ce Dieu Xersès effĂ©minĂ© et cruel, ce montre dĂ©ment, exĂ©cuteur aux mains tranchantes et bien sur LĂ©onidas lui-mĂŞme, charismatique et puissant (excellent Gerard Butler dont la filmographie montre que ce n’Ă©tait pas gagnĂ© d’avance).
Dans ce spectacle visuel, deux camps sont clairement distinguĂ©s. Freaks variĂ©s et masquĂ©s, orchestre animalier, gĂ©ants patibulaires et Oliphants forment l’armĂ©e perse, le mĂ©chant envahisseur. En face, LĂ©onidas et ses 300 (299?) soldats, cape rouge et corps musclĂ©s, descendants directs d’Hercules dĂ©fendent leurs terres.
N’en doutons pas, Zach Snyder/Frank Miller ne cherchent pas la vĂ©racitĂ© historique mais puisent leur inspiration dans l’hĂ©roic fantasy et le rĂ©alisateur ne fait pas de concession dans la forme et le ton. Les dialogues sont brutes, parfois drĂ´les, parfois dĂ©clamatoires et la progression abrupte et binaire.
Dans le jargon critique, on dirait alors que 300 ne peut laisser indiffĂ©rent. Ce qui est sur, c’est qu’il nĂ©cessite l’adhĂ©sion pour pouvoir ĂŞtre apprĂ©ciĂ© pleinement. C’est sans doute la raison pour laquelle le film n’est pas la claque que j’espĂ©rais, l’ardeur guerrière de 300 ne laissant qu’assez peu de place Ă l’Ă©motion et l’attachement.
Mais 300 demeure une rĂ©ussite rien que pour ses batailles magnifiques. La topographie des lieux, et sans doute le budget (60 millions de dollars ce qui n’est pas Ă©norme pour une production de cette envergure) empĂŞchent l’affrontement Ă©pique avec des milliers de participants. Snyder n’insiste pas non plus sur l’aspect furieux de la bataille Ă l’aide d’un montage hachĂ©. Au contraire, les plans sont plutĂ´t Ă©tirĂ©s. Le rĂ©alisateur a donc choisi de soigner l’aspect graphique et la violence des corps Ă corps. Le sang gicle, les membres sont dĂ©coupĂ©s, les corps transpercĂ©s. Il faut voir ce travelling incroyable, faits de ralentis et de zooms, oĂą LĂ©onidas tue sans relâche ou encore cette sĂ©quence oĂą deux Spartiates se battent et se protègent mutuellement face Ă une multitude de perses. C’est l’hĂ©roĂŻsme et la fraternitĂ© que met en valeur Snyder dans ces combats.
Et la politique alors ? Entre deux batailles, le metteur en scène Ă©voque les principes de libertĂ© de LĂ©onidas face aux promesses de richesses de Xersès ainsi que les tensions internes dans la citĂ© de Spartes oĂą la reine se trouve plongĂ©e. Snyder montre que l’ennemi le plus dangereux est souvent dans son propre camp et que ce n’est pas toujours le poids du nombre mais la trahison et la corruption qui conduisent Ă la soumission. La conclusion de ces deux batailles, nĂ©cessairement par deux trahisons, dĂ©crivent un roi et une reine menant un combat peut-ĂŞtre perdu pour eux mais indispensable. Ce n’est pas la victoire impossible qui est cherchĂ©e mais la volontĂ© d’envoyer un message de libertĂ© aux leurs, ce que fait littĂ©ralement LĂ©onidas avec Dilios (excellent David Wenham), et Ă leurs ennemis tout en rĂ©vĂ©lant leur imposture (les pièces d’or de ThĂ©ron, le sang de Xersès) et leur vaine tentative pour les faire plier.
Le « message » universel et intransigeant de 300 est d’autant plus fort qu’il est portĂ© par des guerriers refusant l’assimilation, sĂ©lectionnĂ©s et Ă©levĂ©s Ă la dure puis soumis Ă l’Ă©preuve de la cryptie. Cet aspect donne toute son ampleur Ă cette fresque. Et en bonus, il permet de faire sortir de leur tanière quelques bien-pensants haineux et suffisants, il suffit de lire la critique affligeante de LibĂ©ration. L’ennemi intĂ©rieur peut-ĂŞtre. Bien jouĂ©.

Cette critique s’est appuyĂ©e sur l’excellent entretien de Zach Snyder et David Doukhan dans le MadMovies 193.
Fiche IMDB
Par Pascal
31 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 21/3/2007 Ă l’UGC Montparnasse salle 2
Dans un immense appartement parisien (un dĂ©cor de studio en fait), quatre personnes se croisent, s’engueulent, s’aiment et forment une bulle Ă l’abri du monde. La simplicitĂ© de cette situation est son meilleur atout et Claude Berri l’a fait mĂŞme couler de source.
Au roman d’Anna Gavalda, Berri apporte sa propre vie, son amour du théâtre, et lui donne des allures de comĂ©die romantique Ă l’amĂ©ricaine avec des personnages qui ne s’aiment pas au dĂ©but, ou plutĂ´t qui se protègent des autres, et qui se trouvent peu Ă peu. Comme souvent dans ce type de films, c’est la qualitĂ© des acteurs qui fait la diffĂ©rence. De ce point de vue, Ensemble, c’est tout est une rĂ©ussite totale.
En abordant le thème de la vieillesse plus frontalement que naĂŻvement, le metteur en scène ne fait pas le coup de la grand mère pĂ©tillante et pleine de sagesse, façon La Boum par exemple, mais dresse un portrait rĂ©aliste d’une vieille femme tĂŞtue mais sincère. Françoise Bertin, mise Ă nue, est Ă©patante. Le personnage « vieille france aristocrate », bègue, de Philibert est plus ancrĂ© dans la comĂ©die. Dans le rĂ´le, l’acteur Laurent Stocker livre une interprĂ©tation drĂ´le et idĂ©ale, une variation autour de ce personnage aussi inspirĂ©e que celle de Guillaume Gallienne dans Jet Set. Les deux acteurs sont issus de la comĂ©die française et de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration d’oĂą peut-ĂŞtre ces approches similaires.
Le couple star est Ă©galement Ă la hauteur des attentes. PortĂ©s actuellement sur les bons films grand public, Audrey Tautou et Guillaume Canet nous touchent en enfants perdus et gĂ©nĂ©reux. C’est Audrey/Camille qui nous dĂ©crit le mieux Guillaume/Franck : « T’as des airs comme ça mais t’es un gentil ». Il lui rĂ©pond « ta gueule ». Et c’est Franck qui rĂ©sume le mieux les difficultĂ©s de Camille Ă aimer lorsqu’elle tente de trouver toutes les raisons de ne pas s’en aller sans lui dire l’essentiel : « Pourquoi tu me dis pas tout simplement : « Je veux pas que tu t’en ailles » ».
Charmant de bout en bout, souvent drĂ´le, Ensemble, c’est tout distille un plaisir simple, jamais artificiel. Et si la gĂ©nĂ©rositĂ© exacerbĂ©e des protagonistes peut nous mettre au bord de l’Ă©difiant, et donc de la l’embarras, c’est toujours la sincĂ©ritĂ© qui l’emporte. Claude Berri signe son meilleur film depuis Uranus et nous transmet avec talent sa passion pour le livre comme pour le cinĂ©ma et les acteurs.

Fiche Comme au cinéma
Par Pascal
25 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 20/3/2007 au Publicis Cinéma salle 1 en VO
Je n’avais jamais Ă©tĂ© dans cette salle, elle est très bien avec des très beaux sièges en cuir (ou une imitation mais c’est vraiment confortable).
C’est peu de dire que Hyper Tension s’inspire du jeu vidĂ©o et le revendique dans les gĂ©nĂ©riques avec des choix de titres aux allures de jeux d’arcade old school. Ne pas manquer d’ailleurs le post gĂ©nĂ©rique si on est amateur. C’est donc presque naturellement que le film commence en camĂ©ra subjective et qu’en Ă peine trois minutes il nous plonge dans l’action la plus dĂ©bridĂ©e dès lors qu’un poison chinois est inoculĂ© dans le corps de Chev Chelios, tueur Ă gages faisant croire Ă sa copine qu’il programme des jeux vidĂ©os…
Astuce scĂ©naristique jouissive, Chev ne peut survivre qu’en Ă©tant perpĂ©tuellement sous tension (d’oĂą le titre) ce qui le conduit Ă toute sorte d’actions extrĂŞmes (s’Ă©lectrocuter, se droguer, se battre) sans Ă©tat d’âme. La rĂ©fĂ©rence au jeu GTA est explicite avec un hĂ©ros prenant possession d’un taxi en virant son conducteur du volant (avec un « al quaida! » dĂ©licieux). Et ainsi Chev, fesses Ă l’air, bouscule, sniffe, tabasse, tranche et tue. Le rĂ©sultat est souvent drĂ´le et mĂŞme casse la baraque jusqu’au point limite. Savoir si la sĂ©quence outrancière Ă Chinatown, pauvre Amy Smart, dĂ©passe cette limite peut d’ailleurs prĂŞter Ă discussion.
Curieusement, malgrĂ© un rythme soutenu, des cadrages toujours rigolos et un montage « Ă la Michael Bay », Hyper Tension accuse un petit coup de mou dans son dernier tiers. Mais heureusement, il dure moins d’1h30 et s’honore de la prĂ©sence monolithique et Ă©nergique du grand Jason Statham, « gueule » incroyable et action man majeur des annĂ©es 2000.
Le film a Ă©videmment des similitudes avec Le Transporteur 2 (acteur, action improbable, virus/poison inoculĂ©…) qui est pourtant ratĂ©. Cela tient sans aucun doute au traitement rĂ©solument plus ludique d’Hyper Tension qui n’essaye pas de couvrir l’invraisemblance de ses situations avec une histoire sĂ©rieuse et agaçante. Hyper Tension assume complètement son statut de film dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©. Question de sincĂ©ritĂ©…

Fiche IMDB
Par Pascal
23 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
1986
Réalisation: Michaël Mann
Avec William Petersen, Brian Cox, Tom Noonan
Ce film peu populaire, surtout si on le compare au très apprĂ©ciĂ© Silence des agneaux, est un de mes films culte. TirĂ© du roman de Thomas Harris Dragon Rouge, il est le premier opus de trois romans policiers – et films – Ă©voquant la recherche de tueurs en sĂ©rie oĂą l’on retrouve le cĂ©lèbre psychiatre-psychopathe Hanniball Lecktor (ou Lecter). En 2003 Dragon Rouge a fait l’objet d’une nouvelle adaptation cinĂ©matographique avec la prĂ©sence Ă l’Ă©cran de stars comme Anthony Hopkins et Edward Norton. Mais je ne lui trouve pas le charme particulier, du en grande partie Ă son rĂ©alisateur Michael Mann, de Manhunter premier du nom.

Le tout dĂ©but du film met le spectateur directement dans l’ambiance de l’horreur, la camĂ©ra Ă la place de la lampe du tueur surprenant la famille modèle. A noter la sourde musique languissante qui glace le sang.
Par contre j’ai rarement vu un titre de film aussi moche et peu original, vraiment pas Ă la hauteur du film. Manque de moyen, peut-ĂŞtre, en tout cas manque de maĂ®trise du Photoshop.

Bref, comme c’est le deuxième crime de ce genre qui arrive coup sur coup, le FBI, incarnĂ© par un de ses chefs, Jack Crawford (Ă droite sur la photo), vient chercher l’inspecteur Will Graham alias William Petersen un acteur que je classerais de seconde zone mais qui tient bien la distance dans ce film. Graham s’est alors retirĂ© de son job de profiler après avoir bouclĂ© Lecktor. Pour cela il s’Ă©tait vĂ©ritablement mis dans la peau d’un tueur et avait failli virer fou.
Crawford, ici, est un peu fourbe et gĂŞnĂ©, car il connaĂ®t bien le passĂ© de Graham, et sait très bien que si ce dernier revient aux affaires il devra renouveler sa “mue” en psychophate, et ainsi risquer Ă nouveau sa vie (alors que Crawford au fond ne risque pas grand chose).

Graham habite sur la plage en Floride, c’est comme ça que l’on peut remarquer le goĂ»t prononcĂ© du rĂ©alisateur Michael Mann pour les maisons de blanc immaculĂ© (que l’on retrouvera dans Heat, notamment).

Comme il a bien fallu que le livre aille plus loin que la page 2 et le film la cinquième minute, on s’imagine aisĂ©ment que Graham accepte sa nouvelle mission. Il va donc visiter les lieux des carnages.

Mais la découverte des lieux du crime ne suffit pas, il faut franchir pour le vieux Graham un pallier supplémentaire pour une mise en situation efficace. Il va donc voir Lecktor dans sa cellule ultra-sécurisée toute blanche (prison déjà dirigée par le Docteur Shilton, comme dans Le Silence des Agneaux et Hannibal, où il finit trépané).
Lecktor est campĂ© par Brian Cox que vous avez peut-ĂŞtre apprĂ©ciĂ© il y a quelques mois dans Troie en la personne d’un Agammemnon dĂ©chaĂ®nĂ©.
Je trouve que la prestation de Brian Cox en tant que Lecktor est brillante, de qualitĂ© Ă©gale Ă Anthony Hopkins (oui oui j’ose la comparaison).


Conformément aux préférences du réalisateur M. Mann la prison est moderne et toute blanche (cela ne me déplaît pas personnellement).
Passons à présent au tueur: Francis Dollarhyde (Tom Noonan).
Au contraire de Dragon Rouge le roman et du remake hollywoodien de 2003 le film ne va pas chercher d’explications psychanalytiques au comportement du serial killer, mais montre tout de mĂŞme qu’il est mentalement très perturbĂ©. Physiquement on peut dire qu’il a la gueule de l’emploi.


Ici il profite d’un petit moment de tranquilitĂ© pour admirer ses futures proies.

Pendant ce temps Graham continue sa quĂŞte de mentalitĂ© de tueur…

… et finalement arrive Ă le retrouver. Se lance alors une course contre la montre car le tueur va bientĂ´t frapper.
En effet Francis a trouvĂ© une amoureuse, mais les choses se pasent plutĂ´t mal entre eux. Alors il dĂ©cide d’en finir…

… C’est alors un des moments clefs du film, oĂą le tueur paraĂ®t craquer et ne pas vouloir tuer:

Mais l’inspecteur assiste Ă la scène:

S’ensuit une lutte acharnĂ©e et sanglante:

Mais je rĂ©alise que je vais trop loin et pour Ă©viter de vous dĂ©voiler l’aboutissement de cette difficile enquĂŞte, et vous laisser le dĂ©couvrir, je m’arrĂŞte lĂ .
Fiche IMDb
Par Jb
19 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 14/3/2007 Ă l’UGC George V salle 1 en VO
Après Hero et Le Secret des poignards volants, Zhang Yimou poursuit (ou conclus peut-ĂŞtre comme une trilogie, cette mode mondiale) son chemin dans les productions asiatiques de films d’Ă©poque d’envergure.
Durant la dynastie des Tang au Xème siècle, les complots et les histoires sordides se multiplient au coeur mĂŞme de la CitĂ© Interdite. L’Ă©poque est bien choisie puisqu’il s’agirait d’une pĂ©riode fort trouble de l’histoire de la Chine. Au centre de cette tragĂ©die, la reine (Gong Li, Ă©videmment impĂ©riale) complote conte son Ă©poux l’empereur (Chow Yun-fat, troublant et toujours lumineux), arriviste notoire partagĂ© sur le choix de son successeur parmi ses fils.
Cette pĂ©riode est aussi très faste et Zhang Yimou la transcrit par un esthĂ©tisme radical et flamboyant. Les couleurs de la CitĂ© Interdite sont vives, presque criardes tout comme les costumes d’or ou d’argent, toujours arrogants.
La Chine est donc bien cette très grande puissance Ă la population immense. Si bien que pour cette poignĂ©e de personnages importants, l’empereur, sa femme et ses trois fils, ce sont des milliers d’hommes et femmes qui les servent et rythment leurs journĂ©es au son de ce groupe clamant les heures du jour et de la nuit, vĂ©ritable horloge humaine. Dans tout ce luxe, cet apparat grandiloquent, Zhang Yimou souligne les fissures, l’Ă©crasant protocole (dans un autre genre, le rĂ©cent Marie-antoinette abordait bien cet aspect) et l’intimitĂ© souvent bafouĂ©e. Les puissants deviennent prisonniers dans leur tour d’ivoire. Leur immense tour d’ivoire car La CitĂ© Interdite est un huis clos dans une maison familiale si grande que les dĂ©placements sont incessants. Les grincheux diront que c’est un film de couloirs. Mais quels couloirs !
A travers de cette reconstitution Ă©tonnante et une superbe sortie en extĂ©rieure avec des sortes de ninjas combattant, l’histoire très théâtrale semble parfois trop appuyĂ© et plan-plan. Mais le rĂ©alisateur se dĂ©chaĂ®ne et multiplie les rebondissements dans un troisième acte souvent outrancier et Ă©tourdissant avec des batailles gigantesques et vaines. Le spectacle offert par La CitĂ© Interdite prend alors toute sa mesure. Une rĂ©ussite.


Fiche IMDB
Par Pascal
17 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 6/3/2007 Ă l’UGC George V salle 2 en VO
SoignĂ© et clinquant, cette comĂ©die musicale en impose dans ses effets. Peinture de la musique sixties et des seventies, Dreamgirls Ă©voque l’explosion de la musique afro-amĂ©ricaine dans le monde « blanc » avec des groupes s’inspirant des Supremes et des Jackson Five et de la maison de production qui les a lancĂ©s. Le scĂ©nario de Bill Condon, après celui du flamboyant Chicago et du sympa Dr Kinsey, nous dĂ©voile le business, un peu Ă©dulcorĂ©, de la musique et ses coups fourrĂ©s (le vol de musique) et de l’Ă©volution des moeurs. Toute l’efficacitĂ© hollywoodienne est lĂ ainsi ces deux scènes de concert qui se font Ă©chos Ă une dĂ©cennie d’intervalle oĂą le chanteur James Early, noir, chante devant un public composĂ© principalement de blancs. La première fois, il fait de l’oeil Ă un couple de blancs et celui-ci part choquĂ©, la seconde fois, la femme glousse.
Dreamgirls ne convainc cependant pas tout Ă fait, faute d’une vĂ©ritable Ă©motion. Certaines scènes sont comme transparentes, sans saveur particulière, la faute notamment Ă une caractĂ©risation des personnages très inĂ©gale. Ce sont alors deux seconds rĂ´les, Jennifer Hudson et Eddie Murphy, qui volent la vedette au couple formĂ© par Beyonce Knowles, son rĂ´le est certes assez ingrat mais elle demeure fade de bout en bout, et Jamie Foxx, Ă©lĂ©gant mais trop souvent inexpressif. Et la musique, qui au dĂ©but a du punch, devient trop vite une musique de spectacle musical, ce qu’est Ă l’origine Dreamgirls, un peu trop sirupeuse.
Dernier souci de taille, Dreamgirls est sorti en France presque en mĂŞme temps que la MĂ´me et le film ne supporte pas longtemps la comparaison si ce n’est sur le savoir faire oĂą les budgets hollywoodiens sont encore plus confortables et sur une mise en valeur forte des seconds rĂ´les, trop forte d’ailleurs. Finalement, Dreamgirls intĂ©resse sans captiver et n’est pas vraiment mĂ©morable.

Fiche IMBD
Par Pascal
12 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 13/2/2007 Ă l’UGC George V salle 4 en VO
L’Afrique est devenu presque un terrain de prĂ©dilection pour conter les histoires les plus sordides. Après les armes de Lord Of War et les mĂ©dicaments de The Constant Gardener, Hollywood s’attaque au trafic de diamants. Edward Zwick ne nous Ă©pargne pas grand chose filmant les massacres dans les villages et la fureur de la guĂ©rilla urbaine. Nous voyons alors en action les enfants soldats, littĂ©ralement et Ă©pouvantablement dressĂ©s dans des camps d’entraĂ®nement. Et au loin, on distingue des paysages magnifiques et sauvages. TIA, nous dit-on. This Is Africa.
Au centre de ce chaos, la recherche d’un gros diamant mais plus qu’un gros diamant, c’est la promesse d’un Ă©chappatoire qui fait courir les protagonistes. Le rĂ©alisateur du Dernier samouraĂŻ n’oublie en effet pas ses personnages et dresse au plus près le portrait des trois principaux dont le trait commun est la lutte perpĂ©tuelle. Dans un rĂ´le assez fonctionnel, Jennifer Connelly parvient Ă donner une vision crĂ©dible de la chieuse indĂ©pendante ramasseuse de mauvaise conscience, journaliste idĂ©aliste et fouille-merde antipathique mais sans doute indispensable. Yeux plissĂ©s, peau brĂ»lĂ©e, blond comme les blĂ©s, accent du cru, DiCaprio offre une prestation une nouvelle fois Ă©patante et donne toute sa force Ă cette figure connue du personnage mauvais mais plongĂ© malgrĂ© lui dans la rĂ©demption. Enfin, complètement Ă nue, plus obstinĂ© que dĂ©sespĂ©rĂ©, Djimoun Hounsou joue un père prĂŞt Ă tout pour rĂ©cupĂ©rer les siens. Il hĂ©rite des meilleures scènes comme son inoubliable confrontation avec son fils.
Ces caractères forts sont donc un des atouts de Blood Diamond. Dommage que l’histoire s’enlise un peu sur la fin, Ă Londres notamment, malgrĂ© quelques fulgurances comme le dĂ©chirant et ironique « It crossed my mind » de DiCaprio. MenĂ© tambour battant, très Ă©prouvant, Blood Diamond demeure très recommandable et ne laisse pas indemne.

Fiche IMDB
Par Pascal
11 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 12/02/2007 Ă l’UGC George V salle 1 en VO
L’intrigue est archi connue. C’est l’histoire de l’homme qui cherche Ă reconquĂ©rir l’amour, ou plutĂ´t l’admiration de son fils. Larry, divorcĂ©, obtient un boulot de gardien dans un musĂ©e et se rend compte que les figurines et mannequins du lieu « prennent vie » la nuit. Outre la prĂ©sence de Robin Williams en service minimum (on a quand mĂŞme droit Ă une rigolote imitation de pygmĂ©es), difficile de ne pas trouver de points communs avec Jumanji, autre comĂ©die au bestiaire hĂ©tĂ©roclite.
Aux commandes de la Nuit au musĂ©e, Shawn Levy dont la filmographie parle pour elle-mĂŞme : Just Married, Treize Ă la douzaine et la Panthère rose (parfois drĂ´le comme je l’ai dĂ©jĂ Ă©voquĂ©, plus que ce film en fait – tiens c’est marrant mais je fais la mĂŞme remarque sur Levy, Ă dĂ©faut d’innover, au-moins je reste cohĂ©rent). Rien que du très calibrĂ© et de fait dans la Nuit au musĂ©e, nous sommes en terrain connu. Si connu que les gags font rarement rire. La galerie de personnages et animaux est pourtant variĂ©e mais, pour un T-Rex joueur plutĂ´t inattendu, on n’est pas obligĂ© de s’esclaffer d’un singe clĂ©-ptomane ricanant et urinant ou d’un Attila souffrant d’un complexe freudien. L’abattage presque hystĂ©rique d’Owen Wilson et Steve Coogan peut amuser si on est dans de bonnes dispositions mais par contre le jeu passif* de Ben Stiller n’arrange rien et l’ensemble souffre d’un inquiĂ©tant manque d’âme.

La Nuit au musĂ©e se rattrape un peu grâce Ă des effets spĂ©ciaux incontestablement rĂ©ussis avec des confrontations humains/petits soldats assez bluffantes. Et on se consolera en se disant qu’après tout, le film n’est ni trop mièvre ni agaçant et qu’il est surtout destinĂ© aux enfants qui n’Ă©taient pas nĂ©s quand Jumanji est sorti (11 ans d’Ă©cart entre les deux films quand mĂŞme).
La Nuit au musĂ©e a malgrĂ© tout fait un carton aux USA, encore un succès Ă mettre dans l’escarcelle de Ben Stiller et, plus gĂ©nĂ©ralement, du quatuor comique Stiller/Wilson/Vaughn/Ferrel (voir ici par exemple).
* J’entends par jeu passif cette manière de ne pas avoir l’air de jouer et de n’ĂŞtre qu’un spectateur un peu cynique et fataliste des Ă©vènements. Une sorte de faux minimalisme qui trouve sa raison d’ĂŞtre dans les films de Wes Anderson avec comme modèle Bill Murray et comme disciple Owen Wilson qui fait tout le contraire dans ce film sauf une scène oĂą son jeu passif fait mouche.
Par Pascal
10 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 27/2/2007 Ă l’UGC George V salle 1
Tout concourt a faire de La MĂ´me un film d’une grande qualitĂ© formelle avec des dĂ©cors et costumes jamais envahissants mais vraies et luxurieux et indiquant subtilement les Ă©poques. L’image est Ă©galement superbe magnifiĂ©e par la photo de Tetsuo Nagata jouant sur les ombres notamment sur l’entourage de Piaf. Je ne suis pas un spĂ©cialiste de cette discipline mais Nagata a vraiment un talent incroyable qui m’avait tapĂ© dans l’oeil dans Laisse tes mains sur mes hanches de Chantal Lauby.
Ces qualitĂ©s permettent au nĂ©ophyte que je suis d’entrer Ă©lĂ©gamment dans La MĂ´me et donc dans la vie d’Edith Piaf qui est bel et bien romanesque, de l’enfance au bordel au vieillissement, Ă l’Ă©puisement, accĂ©lĂ©rĂ©e de l’artiste, de la carrière d’artiste accomplie Ă l’amour fou avec Marcel Cerdan. De cette vie, Dahan mĂ©lange la chronologie et en dĂ©gage des moments clĂ© et des fulgurances logiquement montĂ©es en plan sĂ©quence. Celui de l’annonce de la mort de Cerdan oĂą l’onirisme se mĂŞle Ă la triste rĂ©alitĂ©, est beau et intense.
Le casting, riche, est Ă©videmment au diapason. Au delĂ du sujet, et pour qui a vu l’intrigante bande annonce, ce n’est pas Piaf, presque muette, mais bien la prĂ©sence de Depardieu en dĂ©couvreur de talent qui convainc de voir le film. Son rĂ´le est court mais dĂ©cisif et prĂ©cieux. Et il y a Ă©videmment Marion Cotillard. Les quelques photos d’elle grimĂ©e et vieillie m’ont presque effrayĂ©. Mais Ă l’Ă©cran, la magie opère totalement. L’actrice Ă©merveille et Ă©meut avec ou sans maquillage en Ă©talant une gouaille jamais artificielle. Toujours dans un enthousiasme franc et presque enfantin, elle rĂ©vèle l’artiste Edith Piaf dans des sĂ©quences Ă©mouvantes comme lorsqu’elle reprend vie en entendant pour la première fois Je ne regrette rien par son compositeur. Cette rĂ©vĂ©lation d’une grande chanteuse est telle que Cotillard fait corps avec les chansons qu’elle chante en playback.

Les dernières scènes sont superbes du triomphe Ă l’Olympia aux images dans sa tĂŞte que Piaf ne veut pas voir. On ressort secouĂ©. Quoiqu’on puisse connaĂ®tre de l’oeuvre et de la vie d’Edith Piaf, pour ma part pas grand chose, la MĂ´me et sa musique obsèdent.
La lĂ©gende, enfin les notes de production, raconte que tout est parti d’un texto d’Olivier Dahan « Un grand film d’amour, musical, populaire, tragique et romanesque. Un sujet français, un film international, un grand film sur Piaf. ». La rĂ©ussite est totale. L’homme qui voulait adapter Albator au cinĂ©ma et qui a pris des risques pour imposer sa vision du Petit Poucet signe son de très loin son meilleur film (bon je n’ai vu de lui que le Petit Poucet, assez bon, et Les rivières pourpres 2, assez mauvais). Olivier Dahan est parvenu Ă mettre en scène en France une biographie Ă la hollywoodienne stylĂ©e et visionnaire, un vrai film populaire. C’est presque une certitude, si la MĂ´me Ă©tait amĂ©ricain, il serait une sensation aux Oscars et Marion Cotillard triompherait. Le meilleur film français de l’annĂ©e 2007 est donc sans doute sorti en fĂ©vrier.
Fiche Comme au cinéma
Par Pascal
9 mars 2007 Catégories: CinĂ©ma
Si j’ai bien compris, la sĂ©rie Heroes est une des bonnes sĂ©ries de la rentrĂ©e 2006. Elle a dĂ©jĂ le mĂ©rite d’avoir passĂ© le cap de la première saison qui devrait s’achever dans quelques mois. Comme son titre l’indique un peu, Heroes narre parallèlement les aventures de plusieurs personnages confrontĂ©s dans le mĂŞme temps Ă un dĂ©veloppement inattendu de leurs capacitĂ©s. Entre autres, une pom-pom girl pimpante se dĂ©couvre invulnĂ©rable, tandis qu’un infirmier est persuadĂ© qu’il peut voler.
Les histoires sont accrocheuses. AccompagnĂ©es d’un arrière plan apocalyptique, elles se fondent entre autres sur l’apprentissage, devenir un hĂ©ros et font place un peu au doute (accidentellement ?) grâce Ă certains personnages qui sont peut-ĂŞtre simplement schizo ou en fin de vie façon Travolta dans PhĂ©nomène.
Surtout, au lieu de nous Ă©garer, ces histoires nous donnent l’impression qu’elles vont toutes converger transformant toutes ces coĂŻncidences et rencontres fortuites des hĂ©ros en un seul schĂ©ma, pari fort risquĂ© des scĂ©naristes mais nĂ©cessairement fascinant comme le rĂ©sume William Gibson : « l’Homo sapiens vit pour l’identification des schĂ©mas. C’est un don. C’est un piège. ».
C’est peu de dire que Heroes a l’allure confiante de cet âge d’or de la sĂ©rie US avec des dialogues solides (il suffit de voir une sĂ©rie française pour s’en convaincre) et avec une mise en scène efficace et mĂŞme inventive puisque les budgets sont limitĂ©s, et les effets spĂ©ciaux en consĂ©quence. On retrouve un excellent casting d’acteurs confirmĂ©s dont « la gueule qu’on a dĂ©jĂ vu ailleurs » renforce souvent l’adhĂ©sion. Personnellement, je suis très heureux de retrouver Adrian « Profit » Pasdar. Loin d’ĂŞtre Ă©crasĂ© par ce qui est sans doute le rĂ´le de sa vie, son personnage politicien en explore les contours. D’ailleurs, Jim Profit aurait du s’attaquer Ă la politique si la sĂ©rie avait continuĂ©. Il y a aussi tout ces trucs addictifs comme l’usage de la voix off (de la mĂŞme manière que Profit ou Desperate Housewives) et les rebondissements dantesques comme celui de l’Ă©pisode deux.
Heroes dispose aussi de quelques audaces et d’abord une violence stylisĂ©e et assez gore avec dĂ©coupage de cerveau sans anesthĂ©sie et autopsie dĂ©mente (le dĂ©but de l’Ă©pisode 4 est vraiment fort). De plus, Heroes est centrĂ© sur l’AmĂ©rique, ce dont on ne s’offusquera pas, mais s’offre quelques belles escapades en Inde ainsi qu’au Japon. Une partie non nĂ©gligeable de la sĂ©rie est mĂŞme en langue japonaise (avec un judicieux agencement des sous-titres).
Il faut alors s’intĂ©resser Ă l’un des personnages japonais, Hiro, qui sort un peu de l’ordinaire. Souvent, très souvent dans les sĂ©ries fantastiques, les personnages donnent l’impression de n’avoir jamais vu un film de science-fiction et jamais lu un comic book. Bref ce sont des amĂ©ricains qui sont comme passĂ©s Ă cĂ´tĂ© de la culture populaire. Et mĂŞme si je comprends parfaitement qu’on puisse tomber des nues en se dĂ©couvrant des pouvoirs hors du commun, il est toujours Ă©trange de les voir agir comme si ce pouvoir (voler ou bouger des objets Ă distance) Ă©tait du jamais-vu. Hiro est l’inverse de cette tendance, il a une forte connaissance de toute cette culture et s’en sert, parfois maladroitement mais toujours avec un enthousiasme communicatif, pour expliquer et exploiter son nouveau pouvoir. Grâce Ă lui, Heroes dispose d’une composante des plus passionnantes.

Enfin, Heroes est une fantaisie temporelle avec la prĂ©figuration d’une apocalypse qu’il faut dĂ©jouer et des allers et venues dans le passĂ© et l’avenir pour changer le cours du temps. Loin de trouver agaçantes les inĂ©vitables incohĂ©rences que cela risque d’induire, je me dĂ©lecte de tout ce jeu. La Machine Ă explorer le temps (de 1960), les Terminators, l’ArmĂ©e des 12 singes, l’Effet papillon, Donnie Darko, Code Quantum… autant d’histoires qui s’amusent avec le temps et qui m’enchantent tout autant. Impossible finalement de faire la fine bouche avec cette sĂ©rie. J’aime Heroes.
Tout en offrant, Ă travers une scène dans un mĂ©tro, une perspective intrigante sur ce que pourrait ĂŞtre a priori la deuxième saison, il est difficile de savoir, vu le rythme soutenu et le but visible que s’est donnĂ© la sĂ©rie combien de temps le charme va durer mais dans cette première saison, il agit indĂ©niablement.
Par Pascal
8 mars 2007 Catégories: Heroes SĂ©ries