Archives de mars 2007

300

Vu le 24/3/2007 au Max Linder Salle 1 (et unique salle) en VO

Après le très bon Sin City, Frank Miller est à nouveau à l’honneur avec une nouvelle adaptation d’une de ses oeuvres. Il est donc question de la bataille de Thermopyles (« portes chaudes » si j’en crois Mad Movies) comme lieu d’une bataille d’une poignée de guerriers grecs menés par le roi de Sparte, Léonidas, face à l’immense armée perse menée par son dieu géant Xersès.

Zach Snyder, tout comme Roberto Rodriguez pour Sin City, choisit la fidélité à l’oeuvre originale. Le réalisateur de l’Armée des morts restitue au mieux l’esprit et l’image du comics de Frank Miller. N’ayant moi-même pas lu le comics, difficile de juger. Cependant, on trouvera sur ce site un intéressant comparatif comics/film mettant en évidence le remarquable travail de transcription.

300 a été intégralement tourné en studio sur fond bleu ou vert ce qui m’a toujours impressionné :

300

Et c’est bien la magie du cinéma et des effets spéciaux qui permettent à 300 de devenir une oeuvre artistique souvent jouissive avec des visions superbes, fortement iconiques ainsi ce glaçant « arbres de morts », ce Dieu Xersès efféminé et cruel, ce montre dément, exécuteur aux mains tranchantes et bien sur Léonidas lui-même, charismatique et puissant (excellent Gerard Butler dont la filmographie montre que ce n’était pas gagné d’avance).

Dans ce spectacle visuel, deux camps sont clairement distingués. Freaks variés et masqués, orchestre animalier, géants patibulaires et Oliphants forment l’armée perse, le méchant envahisseur. En face, Léonidas et ses 300 (299?) soldats, cape rouge et corps musclés, descendants directs d’Hercules défendent leurs terres.
N’en doutons pas, Zach Snyder/Frank Miller ne cherchent pas la véracité historique mais puisent leur inspiration dans l’héroic fantasy et le réalisateur ne fait pas de concession dans la forme et le ton. Les dialogues sont brutes, parfois drôles, parfois déclamatoires et la progression abrupte et binaire.
Dans le jargon critique, on dirait alors que 300 ne peut laisser indifférent. Ce qui est sur, c’est qu’il nécessite l’adhésion pour pouvoir être apprécié pleinement. C’est sans doute la raison pour laquelle le film n’est pas la claque que j’espérais, l’ardeur guerrière de 300 ne laissant qu’assez peu de place à l’émotion et l’attachement.

Mais 300 demeure une réussite rien que pour ses batailles magnifiques. La topographie des lieux, et sans doute le budget (60 millions de dollars ce qui n’est pas énorme pour une production de cette envergure) empêchent l’affrontement épique avec des milliers de participants. Snyder n’insiste pas non plus sur l’aspect furieux de la bataille à l’aide d’un montage haché. Au contraire, les plans sont plutôt étirés. Le réalisateur a donc choisi de soigner l’aspect graphique et la violence des corps à corps. Le sang gicle, les membres sont découpés, les corps transpercés. Il faut voir ce travelling incroyable, faits de ralentis et de zooms, où Léonidas tue sans relâche ou encore cette séquence où deux Spartiates se battent et se protègent mutuellement face à une multitude de perses. C’est l’héroïsme et la fraternité que met en valeur Snyder dans ces combats.

Et la politique alors ? Entre deux batailles, le metteur en scène évoque les principes de liberté de Léonidas face aux promesses de richesses de Xersès ainsi que les tensions internes dans la cité de Spartes où la reine se trouve plongée. Snyder montre que l’ennemi le plus dangereux est souvent dans son propre camp et que ce n’est pas toujours le poids du nombre mais la trahison et la corruption qui conduisent à la soumission. La conclusion de ces deux batailles, nécessairement par deux trahisons, décrivent un roi et une reine menant un combat peut-être perdu pour eux mais indispensable. Ce n’est pas la victoire impossible qui est cherchée mais la volonté d’envoyer un message de liberté aux leurs, ce que fait littéralement Léonidas avec Dilios (excellent David Wenham), et à leurs ennemis tout en révélant leur imposture (les pièces d’or de Théron, le sang de Xersès) et leur vaine tentative pour les faire plier.

Le « message » universel et intransigeant de 300 est d’autant plus fort qu’il est porté par des guerriers refusant l’assimilation, sélectionnés et élevés à la dure puis soumis à l’épreuve de la cryptie. Cet aspect donne toute son ampleur à cette fresque. Et en bonus, il permet de faire sortir de leur tanière quelques bien-pensants haineux et suffisants, il suffit de lire la critique affligeante de Libération. L’ennemi intérieur peut-être. Bien joué.

300

Cette critique s’est appuyée sur l’excellent entretien de Zach Snyder et David Doukhan dans le MadMovies 193.

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter31 mars 2007    Catégories: Cinéma

Ensemble, c’est tout

Vu le 21/3/2007 à l’UGC Montparnasse salle 2

Dans un immense appartement parisien (un décor de studio en fait), quatre personnes se croisent, s’engueulent, s’aiment et forment une bulle à l’abri du monde. La simplicité de cette situation est son meilleur atout et Claude Berri l’a fait même couler de source.

Au roman d’Anna Gavalda, Berri apporte sa propre vie, son amour du théâtre, et lui donne des allures de comédie romantique à l’américaine avec des personnages qui ne s’aiment pas au début, ou plutôt qui se protègent des autres, et qui se trouvent peu à peu. Comme souvent dans ce type de films, c’est la qualité des acteurs qui fait la différence. De ce point de vue, Ensemble, c’est tout est une réussite totale.
En abordant le thème de la vieillesse plus frontalement que naïvement, le metteur en scène ne fait pas le coup de la grand mère pétillante et pleine de sagesse, façon La Boum par exemple, mais dresse un portrait réaliste d’une vieille femme têtue mais sincère. Françoise Bertin, mise à nue, est épatante. Le personnage « vieille france aristocrate », bègue, de Philibert est plus ancré dans la comédie. Dans le rôle, l’acteur Laurent Stocker livre une interprétation drôle et idéale, une variation autour de ce personnage aussi inspirée que celle de Guillaume Gallienne dans Jet Set. Les deux acteurs sont issus de la comédie française et de la même génération d’où peut-être ces approches similaires.

Le couple star est également à la hauteur des attentes. Portés actuellement sur les bons films grand public, Audrey Tautou et Guillaume Canet nous touchent en enfants perdus et généreux. C’est Audrey/Camille qui nous décrit le mieux Guillaume/Franck : « T’as des airs comme ça mais t’es un gentil ». Il lui répond « ta gueule ». Et c’est Franck qui résume le mieux les difficultés de Camille à aimer lorsqu’elle tente de trouver toutes les raisons de ne pas s’en aller sans lui dire l’essentiel : « Pourquoi tu me dis pas tout simplement : « Je veux pas que tu t’en ailles » ».

Charmant de bout en bout, souvent drôle, Ensemble, c’est tout distille un plaisir simple, jamais artificiel. Et si la générosité exacerbée des protagonistes peut nous mettre au bord de l’édifiant, et donc de la l’embarras, c’est toujours la sincérité qui l’emporte. Claude Berri signe son meilleur film depuis Uranus et nous transmet avec talent sa passion pour le livre comme pour le cinéma et les acteurs.

canet - tautou

Fiche Comme au cinéma

 Par Pascal     Commenter25 mars 2007    Catégories: Cinéma

Hyper Tension

Vu le 20/3/2007 au Publicis Cinéma salle 1 en VO
Je n’avais jamais été dans cette salle, elle est très bien avec des très beaux sièges en cuir (ou une imitation mais c’est vraiment confortable).

C’est peu de dire que Hyper Tension s’inspire du jeu vidéo et le revendique dans les génériques avec des choix de titres aux allures de jeux d’arcade old school. Ne pas manquer d’ailleurs le post générique si on est amateur. C’est donc presque naturellement que le film commence en caméra subjective et qu’en à peine trois minutes il nous plonge dans l’action la plus débridée dès lors qu’un poison chinois est inoculé dans le corps de Chev Chelios, tueur à gages faisant croire à sa copine qu’il programme des jeux vidéos…

Astuce scénaristique jouissive, Chev ne peut survivre qu’en étant perpétuellement sous tension (d’où le titre) ce qui le conduit à toute sorte d’actions extrêmes (s’électrocuter, se droguer, se battre) sans état d’âme. La référence au jeu GTA est explicite avec un héros prenant possession d’un taxi en virant son conducteur du volant (avec un « al quaida! » délicieux). Et ainsi Chev, fesses à l’air, bouscule, sniffe, tabasse, tranche et tue. Le résultat est souvent drôle et même casse la baraque jusqu’au point limite. Savoir si la séquence outrancière à Chinatown, pauvre Amy Smart, dépasse cette limite peut d’ailleurs prêter à discussion.

Curieusement, malgré un rythme soutenu, des cadrages toujours rigolos et un montage « à la Michael Bay », Hyper Tension accuse un petit coup de mou dans son dernier tiers. Mais heureusement, il dure moins d’1h30 et s’honore de la présence monolithique et énergique du grand Jason Statham, « gueule » incroyable et action man majeur des années 2000.

Le film a évidemment des similitudes avec Le Transporteur 2 (acteur, action improbable, virus/poison inoculé…) qui est pourtant raté. Cela tient sans aucun doute au traitement résolument plus ludique d’Hyper Tension qui n’essaye pas de couvrir l’invraisemblance de ses situations avec une histoire sérieuse et agaçante. Hyper Tension assume complètement son statut de film décérébré. Question de sincérité…

Crank

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter23 mars 2007    Catégories: Cinéma

Manhunter

1986

Réalisation: Michaël Mann

Avec William Petersen, Brian Cox, Tom Noonan

pochette Manhunter

Ce film peu populaire, surtout si on le compare au très apprécié Silence des agneaux, est un de mes films culte. Tiré du roman de Thomas Harris Dragon Rouge, il est le premier opus de trois romans policiers – et films – évoquant la recherche de tueurs en série où l’on retrouve le célèbre psychiatre-psychopathe Hanniball Lecktor (ou Lecter). En 2003 Dragon Rouge a fait l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique avec la présence à l’écran de stars comme Anthony Hopkins et Edward Norton. Mais je ne lui trouve pas le charme particulier, du en grande partie à son réalisateur Michael Mann, de Manhunter premier du nom.


Le tout début du film met le spectateur directement dans l’ambiance de l’horreur, la caméra à la place de la lampe du tueur surprenant la famille modèle. A noter la sourde musique languissante qui glace le sang.

Par contre j’ai rarement vu un titre de film aussi moche et peu original, vraiment pas à la hauteur du film. Manque de moyen, peut-être, en tout cas manque de maîtrise du Photoshop.


Bref, comme c’est le deuxième crime de ce genre qui arrive coup sur coup, le FBI, incarné par un de ses chefs, Jack Crawford (à droite sur la photo), vient chercher l’inspecteur Will Graham alias William Petersen un acteur que je classerais de seconde zone mais qui tient bien la distance dans ce film. Graham s’est alors retiré de son job de profiler après avoir bouclé Lecktor. Pour cela il s’était véritablement mis dans la peau d’un tueur et avait failli virer fou.
Crawford, ici, est un peu fourbe et gêné, car il connaît bien le passé de Graham, et sait très bien que si ce dernier revient aux affaires il devra renouveler sa “mue” en psychophate, et ainsi risquer à nouveau sa vie (alors que Crawford au fond ne risque pas grand chose).


Graham habite sur la plage en Floride, c’est comme ça que l’on peut remarquer le goût prononcé du réalisateur Michael Mann pour les maisons de blanc immaculé (que l’on retrouvera dans Heat, notamment).


Comme il a bien fallu que le livre aille plus loin que la page 2 et le film la cinquième minute, on s’imagine aisément que Graham accepte sa nouvelle mission. Il va donc visiter les lieux des carnages.


Mais la découverte des lieux du crime ne suffit pas, il faut franchir pour le vieux Graham un pallier supplémentaire pour une mise en situation efficace. Il va donc voir Lecktor dans sa cellule ultra-sécurisée toute blanche (prison déjà dirigée par le Docteur Shilton, comme dans Le Silence des Agneaux et Hannibal, où il finit trépané).

Lecktor est campé par Brian Cox que vous avez peut-être apprécié il y a quelques mois dans Troie en la personne d’un Agammemnon déchaîné.
Je trouve que la prestation de Brian Cox en tant que Lecktor est brillante, de qualité égale à Anthony Hopkins (oui oui j’ose la comparaison).


Conformément aux préférences du réalisateur M. Mann la prison est moderne et toute blanche (cela ne me déplaît pas personnellement).

Passons à présent au tueur: Francis Dollarhyde (Tom Noonan).
Au contraire de Dragon Rouge le roman et du remake hollywoodien de 2003 le film ne va pas chercher d’explications psychanalytiques au comportement du serial killer, mais montre tout de même qu’il est mentalement très perturbé. Physiquement on peut dire qu’il a la gueule de l’emploi.


Ici il profite d’un petit moment de tranquilité pour admirer ses futures proies.


Pendant ce temps Graham continue sa quête de mentalité de tueur…


… et finalement arrive à le retrouver. Se lance alors une course contre la montre car le tueur va bientôt frapper.

En effet Francis a trouvé une amoureuse, mais les choses se pasent plutôt mal entre eux. Alors il décide d’en finir…

… C’est alors un des moments clefs du film, où le tueur paraît craquer et ne pas vouloir tuer:

Mais l’inspecteur assiste à la scène:

S’ensuit une lutte acharnée et sanglante:

Mais je réalise que je vais trop loin et pour éviter de vous dévoiler l’aboutissement de cette difficile enquête, et vous laisser le découvrir, je m’arrête là.

Fiche IMDb

 Par Jb     Commenter19 mars 2007    Catégories: Cinéma

La Cité Interdite

Vu le 14/3/2007 à l’UGC George V salle 1 en VO

Après Hero et Le Secret des poignards volants, Zhang Yimou poursuit (ou conclus peut-être comme une trilogie, cette mode mondiale) son chemin dans les productions asiatiques de films d’époque d’envergure.
Durant la dynastie des Tang au Xème siècle, les complots et les histoires sordides se multiplient au coeur même de la Cité Interdite. L’époque est bien choisie puisqu’il s’agirait d’une période fort trouble de l’histoire de la Chine. Au centre de cette tragédie, la reine (Gong Li, évidemment impériale) complote conte son époux l’empereur (Chow Yun-fat, troublant et toujours lumineux), arriviste notoire partagé sur le choix de son successeur parmi ses fils.

Cette période est aussi très faste et Zhang Yimou la transcrit par un esthétisme radical et flamboyant. Les couleurs de la Cité Interdite sont vives, presque criardes tout comme les costumes d’or ou d’argent, toujours arrogants.
La Chine est donc bien cette très grande puissance à la population immense. Si bien que pour cette poignée de personnages importants, l’empereur, sa femme et ses trois fils, ce sont des milliers d’hommes et femmes qui les servent et rythment leurs journées au son de ce groupe clamant les heures du jour et de la nuit, véritable horloge humaine. Dans tout ce luxe, cet apparat grandiloquent, Zhang Yimou souligne les fissures, l’écrasant protocole (dans un autre genre, le récent Marie-antoinette abordait bien cet aspect) et l’intimité souvent bafouée. Les puissants deviennent prisonniers dans leur tour d’ivoire. Leur immense tour d’ivoire car La Cité Interdite est un huis clos dans une maison familiale si grande que les déplacements sont incessants. Les grincheux diront que c’est un film de couloirs. Mais quels couloirs !

A travers de cette reconstitution étonnante et une superbe sortie en extérieure avec des sortes de ninjas combattant, l’histoire très théâtrale semble parfois trop appuyé et plan-plan. Mais le réalisateur se déchaîne et multiplie les rebondissements dans un troisième acte souvent outrancier et étourdissant avec des batailles gigantesques et vaines. Le spectacle offert par La Cité Interdite prend alors toute sa mesure. Une réussite.

Cité Interdite

Gong Li

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter17 mars 2007    Catégories: Cinéma

Dreamgirls

Vu le 6/3/2007 à l’UGC George V salle 2 en VO

Soigné et clinquant, cette comédie musicale en impose dans ses effets. Peinture de la musique sixties et des seventies, Dreamgirls évoque l’explosion de la musique afro-américaine dans le monde « blanc » avec des groupes s’inspirant des Supremes et des Jackson Five et de la maison de production qui les a lancés. Le scénario de Bill Condon, après celui du flamboyant Chicago et du sympa Dr Kinsey, nous dévoile le business, un peu édulcoré, de la musique et ses coups fourrés (le vol de musique) et de l’évolution des moeurs. Toute l’efficacité hollywoodienne est là ainsi ces deux scènes de concert qui se font échos à une décennie d’intervalle où le chanteur James Early, noir, chante devant un public composé principalement de blancs. La première fois, il fait de l’oeil à un couple de blancs et celui-ci part choqué, la seconde fois, la femme glousse.

Dreamgirls ne convainc cependant pas tout à fait, faute d’une véritable émotion. Certaines scènes sont comme transparentes, sans saveur particulière, la faute notamment à une caractérisation des personnages très inégale. Ce sont alors deux seconds rôles, Jennifer Hudson et Eddie Murphy, qui volent la vedette au couple formé par Beyonce Knowles, son rôle est certes assez ingrat mais elle demeure fade de bout en bout, et Jamie Foxx, élégant mais trop souvent inexpressif. Et la musique, qui au début a du punch, devient trop vite une musique de spectacle musical, ce qu’est à l’origine Dreamgirls, un peu trop sirupeuse.

Dernier souci de taille, Dreamgirls est sorti en France presque en même temps que la Môme et le film ne supporte pas longtemps la comparaison si ce n’est sur le savoir faire où les budgets hollywoodiens sont encore plus confortables et sur une mise en valeur forte des seconds rôles, trop forte d’ailleurs. Finalement, Dreamgirls intéresse sans captiver et n’est pas vraiment mémorable.

eddie murphy

Fiche IMBD

 Par Pascal     Commenter12 mars 2007    Catégories: Cinéma

Blood Diamond

Vu le 13/2/2007 à l’UGC George V salle 4 en VO

L’Afrique est devenu presque un terrain de prédilection pour conter les histoires les plus sordides. Après les armes de Lord Of War et les médicaments de The Constant Gardener, Hollywood s’attaque au trafic de diamants. Edward Zwick ne nous épargne pas grand chose filmant les massacres dans les villages et la fureur de la guérilla urbaine. Nous voyons alors en action les enfants soldats, littéralement et épouvantablement dressés dans des camps d’entraînement. Et au loin, on distingue des paysages magnifiques et sauvages. TIA, nous dit-on. This Is Africa.

Au centre de ce chaos, la recherche d’un gros diamant mais plus qu’un gros diamant, c’est la promesse d’un échappatoire qui fait courir les protagonistes. Le réalisateur du Dernier samouraï n’oublie en effet pas ses personnages et dresse au plus près le portrait des trois principaux dont le trait commun est la lutte perpétuelle. Dans un rôle assez fonctionnel, Jennifer Connelly parvient à donner une vision crédible de la chieuse indépendante ramasseuse de mauvaise conscience, journaliste idéaliste et fouille-merde antipathique mais sans doute indispensable. Yeux plissés, peau brûlée, blond comme les blés, accent du cru, DiCaprio offre une prestation une nouvelle fois épatante et donne toute sa force à cette figure connue du personnage mauvais mais plongé malgré lui dans la rédemption. Enfin, complètement à nue, plus obstiné que désespéré, Djimoun Hounsou joue un père prêt à tout pour récupérer les siens. Il hérite des meilleures scènes comme son inoubliable confrontation avec son fils.

Ces caractères forts sont donc un des atouts de Blood Diamond. Dommage que l’histoire s’enlise un peu sur la fin, à Londres notamment, malgré quelques fulgurances comme le déchirant et ironique « It crossed my mind » de DiCaprio. Mené tambour battant, très éprouvant, Blood Diamond demeure très recommandable et ne laisse pas indemne.

blood diamond

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter11 mars 2007    Catégories: Cinéma

La Nuit au musée

Vu le 12/02/2007 à l’UGC George V salle 1 en VO

L’intrigue est archi connue. C’est l’histoire de l’homme qui cherche à reconquérir l’amour, ou plutôt l’admiration de son fils. Larry, divorcé, obtient un boulot de gardien dans un musée et se rend compte que les figurines et mannequins du lieu « prennent vie » la nuit. Outre la présence de Robin Williams en service minimum (on a quand même droit à une rigolote imitation de pygmées), difficile de ne pas trouver de points communs avec Jumanji, autre comédie au bestiaire hétéroclite.

Aux commandes de la Nuit au musée, Shawn Levy dont la filmographie parle pour elle-même : Just Married, Treize à la douzaine et la Panthère rose (parfois drôle comme je l’ai déjà évoqué, plus que ce film en fait – tiens c’est marrant mais je fais la même remarque sur Levy, à défaut d’innover, au-moins je reste cohérent). Rien que du très calibré et de fait dans la Nuit au musée, nous sommes en terrain connu. Si connu que les gags font rarement rire. La galerie de personnages et animaux est pourtant variée mais, pour un T-Rex joueur plutôt inattendu, on n’est pas obligé de s’esclaffer d’un singe clé-ptomane ricanant et urinant ou d’un Attila souffrant d’un complexe freudien. L’abattage presque hystérique d’Owen Wilson et Steve Coogan peut amuser si on est dans de bonnes dispositions mais par contre le jeu passif* de Ben Stiller n’arrange rien et l’ensemble souffre d’un inquiétant manque d’âme.

Stiller

La Nuit au musée se rattrape un peu grâce à des effets spéciaux incontestablement réussis avec des confrontations humains/petits soldats assez bluffantes. Et on se consolera en se disant qu’après tout, le film n’est ni trop mièvre ni agaçant et qu’il est surtout destiné aux enfants qui n’étaient pas nés quand Jumanji est sorti (11 ans d’écart entre les deux films quand même).
La Nuit au musée a malgré tout fait un carton aux USA, encore un succès à mettre dans l’escarcelle de Ben Stiller et, plus généralement, du quatuor comique Stiller/Wilson/Vaughn/Ferrel (voir ici par exemple).

* J’entends par jeu passif cette manière de ne pas avoir l’air de jouer et de n’être qu’un spectateur un peu cynique et fataliste des évènements. Une sorte de faux minimalisme qui trouve sa raison d’être dans les films de Wes Anderson avec comme modèle Bill Murray et comme disciple Owen Wilson qui fait tout le contraire dans ce film sauf une scène où son jeu passif fait mouche.

 Par Pascal     3 commentaires10 mars 2007    Catégories: Cinéma

La Môme

Vu le 27/2/2007 à l’UGC George V salle 1

Tout concourt a faire de La Môme un film d’une grande qualité formelle avec des décors et costumes jamais envahissants mais vraies et luxurieux et indiquant subtilement les époques. L’image est également superbe magnifiée par la photo de Tetsuo Nagata jouant sur les ombres notamment sur l’entourage de Piaf. Je ne suis pas un spécialiste de cette discipline mais Nagata a vraiment un talent incroyable qui m’avait tapé dans l’oeil dans Laisse tes mains sur mes hanches de Chantal Lauby.

Ces qualités permettent au néophyte que je suis d’entrer élégamment dans La Môme et donc dans la vie d’Edith Piaf qui est bel et bien romanesque, de l’enfance au bordel au vieillissement, à l’épuisement, accélérée de l’artiste, de la carrière d’artiste accomplie à l’amour fou avec Marcel Cerdan. De cette vie, Dahan mélange la chronologie et en dégage des moments clé et des fulgurances logiquement montées en plan séquence. Celui de l’annonce de la mort de Cerdan où l’onirisme se mêle à la triste réalité, est beau et intense.

Le casting, riche, est évidemment au diapason. Au delà du sujet, et pour qui a vu l’intrigante bande annonce, ce n’est pas Piaf, presque muette, mais bien la présence de Depardieu en découvreur de talent qui convainc de voir le film. Son rôle est court mais décisif et précieux. Et il y a évidemment Marion Cotillard. Les quelques photos d’elle grimée et vieillie m’ont presque effrayé. Mais à l’écran, la magie opère totalement. L’actrice émerveille et émeut avec ou sans maquillage en étalant une gouaille jamais artificielle. Toujours dans un enthousiasme franc et presque enfantin, elle révèle l’artiste Edith Piaf dans des séquences émouvantes comme lorsqu’elle reprend vie en entendant pour la première fois Je ne regrette rien par son compositeur. Cette révélation d’une grande chanteuse est telle que Cotillard fait corps avec les chansons qu’elle chante en playback.

la môme

Les dernières scènes sont superbes du triomphe à l’Olympia aux images dans sa tête que Piaf ne veut pas voir. On ressort secoué. Quoiqu’on puisse connaître de l’oeuvre et de la vie d’Edith Piaf, pour ma part pas grand chose, la Môme et sa musique obsèdent.

La légende, enfin les notes de production, raconte que tout est parti d’un texto d’Olivier Dahan « Un grand film d’amour, musical, populaire, tragique et romanesque. Un sujet français, un film international, un grand film sur Piaf. ». La réussite est totale. L’homme qui voulait adapter Albator au cinéma et qui a pris des risques pour imposer sa vision du Petit Poucet signe son de très loin son meilleur film (bon je n’ai vu de lui que le Petit Poucet, assez bon, et Les rivières pourpres 2, assez mauvais). Olivier Dahan est parvenu à mettre en scène en France une biographie à la hollywoodienne stylée et visionnaire, un vrai film populaire. C’est presque une certitude, si la Môme était américain, il serait une sensation aux Oscars et Marion Cotillard triompherait. Le meilleur film français de l’année 2007 est donc sans doute sorti en février.

Fiche Comme au cinéma

 Par Pascal     Commenter9 mars 2007    Catégories: Cinéma

Heroes

Si j’ai bien compris, la série Heroes est une des bonnes séries de la rentrée 2006. Elle a déjà le mérite d’avoir passé le cap de la première saison qui devrait s’achever dans quelques mois. Comme son titre l’indique un peu, Heroes narre parallèlement les aventures de plusieurs personnages confrontés dans le même temps à un développement inattendu de leurs capacités. Entre autres, une pom-pom girl pimpante se découvre invulnérable, tandis qu’un infirmier est persuadé qu’il peut voler.

Les histoires sont accrocheuses. Accompagnées d’un arrière plan apocalyptique, elles se fondent entre autres sur l’apprentissage, devenir un héros et font place un peu au doute (accidentellement ?) grâce à certains personnages qui sont peut-être simplement schizo ou en fin de vie façon Travolta dans Phénomène.
Surtout, au lieu de nous égarer, ces histoires nous donnent l’impression qu’elles vont toutes converger transformant toutes ces coïncidences et rencontres fortuites des héros en un seul schéma, pari fort risqué des scénaristes mais nécessairement fascinant comme le résume William Gibson : « l’Homo sapiens vit pour l’identification des schémas. C’est un don. C’est un piège. ».

C’est peu de dire que Heroes a l’allure confiante de cet âge d’or de la série US avec des dialogues solides (il suffit de voir une série française pour s’en convaincre) et avec une mise en scène efficace et même inventive puisque les budgets sont limités, et les effets spéciaux en conséquence. On retrouve un excellent casting d’acteurs confirmés dont « la gueule qu’on a déjà vu ailleurs » renforce souvent l’adhésion. Personnellement, je suis très heureux de retrouver Adrian « Profit » Pasdar. Loin d’être écrasé par ce qui est sans doute le rôle de sa vie, son personnage politicien en explore les contours. D’ailleurs, Jim Profit aurait du s’attaquer à la politique si la série avait continué. Il y a aussi tout ces trucs addictifs comme l’usage de la voix off (de la même manière que Profit ou Desperate Housewives) et les rebondissements dantesques comme celui de l’épisode deux.

Heroes dispose aussi de quelques audaces et d’abord une violence stylisée et assez gore avec découpage de cerveau sans anesthésie et autopsie démente (le début de l’épisode 4 est vraiment fort). De plus, Heroes est centré sur l’Amérique, ce dont on ne s’offusquera pas, mais s’offre quelques belles escapades en Inde ainsi qu’au Japon. Une partie non négligeable de la série est même en langue japonaise (avec un judicieux agencement des sous-titres).

Il faut alors s’intéresser à l’un des personnages japonais, Hiro, qui sort un peu de l’ordinaire. Souvent, très souvent dans les séries fantastiques, les personnages donnent l’impression de n’avoir jamais vu un film de science-fiction et jamais lu un comic book. Bref ce sont des américains qui sont comme passés à côté de la culture populaire. Et même si je comprends parfaitement qu’on puisse tomber des nues en se découvrant des pouvoirs hors du commun, il est toujours étrange de les voir agir comme si ce pouvoir (voler ou bouger des objets à distance) était du jamais-vu. Hiro est l’inverse de cette tendance, il a une forte connaissance de toute cette culture et s’en sert, parfois maladroitement mais toujours avec un enthousiasme communicatif, pour expliquer et exploiter son nouveau pouvoir. Grâce à lui, Heroes dispose d’une composante des plus passionnantes.

heroes

Enfin, Heroes est une fantaisie temporelle avec la préfiguration d’une apocalypse qu’il faut déjouer et des allers et venues dans le passé et l’avenir pour changer le cours du temps. Loin de trouver agaçantes les inévitables incohérences que cela risque d’induire, je me délecte de tout ce jeu. La Machine à explorer le temps (de 1960), les Terminators, l’Armée des 12 singes, l’Effet papillon, Donnie Darko, Code Quantum… autant d’histoires qui s’amusent avec le temps et qui m’enchantent tout autant. Impossible finalement de faire la fine bouche avec cette série. J’aime Heroes.

Tout en offrant, à travers une scène dans un métro, une perspective intrigante sur ce que pourrait être a priori la deuxième saison, il est difficile de savoir, vu le rythme soutenu et le but visible que s’est donné la série combien de temps le charme va durer mais dans cette première saison, il agit indéniablement.

 Par Pascal     1 commentaire8 mars 2007    Catégories: Heroes Séries


Meta

Auteurs

Catégories

Les derniers articles

Archives mensuelles

Liens