Archives de décembre 2006

Les Infiltrés

Vu le 11/12/2006 à l’UGC Montparnasse Salle 4 en VO

La police et la pègre irlandaise se tirent dans les pattes au milieu de Boston. Loin du jeu du chat et la souris, Martin Scorsese filme un peuple de rats presque tous à bout, fatigué de se tromper les uns les autres. Les faux semblants est une des idées maîtresses du film avec ses deux héros Billy (Leonardo Di Caprio) et Colin (Matt Damon). Billy est un policier qui a été incité à infilter le milieu de la pègre tandis que Colin est un beau gosse souriant, engagé brillamment dans la police mais dont le mentor n’est autre que Costello, le grand manitou de la pègre. Jack Nicholson incarne avec panache et ce qu’il faut d’outrance ce chef atypique et imprévisible, à la surexcitation presque sereine que lui confère son pouvoir et son âge.

Costello et son 'fils'

S’il y a une certaine morale dans les Infiltrés, le sujet même rend difficile et même illusoire l’existence de bons et de méchants. Colin n’est pas un salaud mais juste un gamin qui s’est trouvé un père tandis que Billy pourtant brillant est mal reçu par ses pairs policiers. Les cartes sont en plus brouillées à l’aide de multiples rebondissements et autres secrets
Dans ce splendide jeu de dupes, on retrouve tout le cinéma du grand Scorsese, son réalisme sur la nature humaine, sa fascination pour la pègre et son fonctionnement et l’inventivité un peu ironique de sa mise en scène ainsi le destin de Colin chargé de l’enquête visant à trouver le traître au sein de la police (lui en somme !) et surtout ce final drôlement tragique où, comme dans Casino ou Les Affranchis, on meurt sans grandeur.

Martin Scorsese a travaillé, comme toujours, minutieusement l’atmosphère de son film afin d’être le plus authentique possible. Mais ce n’est pas un documentaire mais un gros morceau de cinéma efficace et terriblement nerveux avec des acteurs au sommet et que ce bouleversant « ok » résigné et désabusé de Matt Damon clôture magistralement.

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L’avis de Laurent

Par Pascal
4 commentaires16 décembre 2006
Catégories : Cinéma

Black book

Vu le 12/12/2006 à l’UGC Ciné Cité les Halles salle 9 en VO

Black book est fondé sur des faits réels, l’histoire de l’avocat, cherchant à trouver un accord entre nazis et Résistance, et celle du livre noir sont par exemple authentiques. Et le sujet est plutôt rare (pour ce que j’en connais) puisque Paul Verhoeven raconte l’occupation allemande en Hollande, occupation semble t’il à l’écart de la guerre elle-même puisque l’action se déroule majoritairement à quelques semaines de la capitulation et que le pouvoir nazi demeure ici encore incontesté (on y fête même l’anniversaire du furher en grandes pompes).

Comme souvent, l’auteur fait fi du politiquement correct pour son histoire. Il décrit des officiers nazis, à l’abri de la guerre, qui cherchent à s’enrichir avant l’inévitable défaite grâce à un stratagème glauque ou qui collaborent ou manipulent les officiers alliés après la capitulation. Son regard sur la résistance est sans complaisance et sans héroïsme exacerbé. Il n’hésite même pas à faire jaillir l’antisémitisme de certains resitants et s’amuse aussi du communisme façon « c’est un socialiste mais il est sympa » ou lorsque tout le monde boit à la santé de la couronne sauf le marxiste de service. Le réalisateur raconte aussi la réalité crue de l’après guerre, notamment le traitement des prisonniers et des traitres. Par ce biais, Black book devient un film essentiel et haletant et non une redite de faits rebattus.

Rachel/Ellis

L’autre intérêt du film est son héroïne. Après la ravissante idiote souvent conspuée par les ligues bien pensantes, on opta pour la femme guerrière façon Lara Croft. Pourtant entre les deux, il y a de la marge. Avec l’aide précieuse de la très talentueuse Carice Van Houten, Paul Verhoeven nous offre une belle alternative avec un portrait de femme formidable. Rachel Steinn/Ellis de Vries est un personnage fort, une battante et une très belle femme, très sensuelle quand elle montre ses jambes en vélo à une poignée de soldats ou quand, image très érotique, elle se teint les poils vaginaux en blond.
Le coeur de ce film très efficace est cette femme juive perpétuellement salie au sens figurée comme au sens propre jusqu’à une résolution surprenante et sordide et une dernière scène apparemment belle mais décourageante comme si son destin était de toujours se battre.

Fiche IMDB

Par Pascal
1 commentaire16 décembre 2006
Catégories : Cinéma

Casino Royale

Vu le 6/12/2006 à l’UGC George V salle 3 en VO

(Spoiler inside)

James Bond revient avec une nouvelle tête et nécessairement, une nouvelle personnalité. Cette dernière tranche singulièrement avec le précédent. Au delà de la qualité du film, c’est cette personnalité qui devra relancer la série vers de nouveaux succès. Aussi la question la plus légitime devient : Qui est donc ce James Bond ?

James Bond

Le prégénérique de Casino Royale met en scène James Bond comme un nouvel agent double zéro. Ce choix d’un retour aux sources n’est pas anodin. Casino Royale se présente comme une préquelle à tous les autres épisodes de la série et c’est un choix qui s’inscrit directement dans la mode récente des « au commencement… » et dont l’origine doit tout simplement remonter à La Menace fantôme et la nouvelle trilogie Star Wars. Les projets de préquelles sont alors devenus légions, et dans tous les genres : Batman, L’exorciste, Massacre à la tronçonneuse, Dumb and Dumber, Bilbo le Hobbit, Hannibal Lecter
Ici ce choix demeure judicieux notamment pour (un peu) étoffer les relations entre M et Bond mais surtout pour s’intéresser aux premiers actes d’un Bond venant d’obtenir le fameux permis de tuer.

Bien que court, le prégénérique en noir et blanc donnent plusieurs indications sur la personnalité de Bond à travers un double meurtre. Le premier, à mains nus, est sérieux et brutal. Tous les combats du film mêleront gestes très pro (le combat sur la grue) et une violence crue, naturaliste qui n’est pas sans rappeler la Mémoire dans la peau et sa suite. Le second assassinat, au pistolet, est net et sans bavure. L’esbroufe n’est plus de mise en somme. Disparaissent alors naturellement l’humour second degré mais aussi les gadgets. Ces derniers, qui ont pour beaucoup contribué à la renommée de la série, sont remplacés par une débauche de technologie : ordinateurs, puces GPS, téléphones portables et palm deviennent indispensables avec même une gestion centralisée (comme le montre notamment la suffocante tentative de sauvetage à distance après l’empoisonnement). Les aventures de Jason Bourne et de Jack Bauer ne sont certainement pas étrangères à cette évolution, ce qui pourrait finalement être un juste retour des choses, et tout laisse alors penser à un Bond froid et direct. Des qualités fort appréciées dans son métier…

Son côté buté est moins apprécié. L’hallucinante poursuite à pied (et j’aime les poursuites à pied) avec une sorte de Yamakasi est sans nul doute le clou du film en terme d’action. Elle oppose deux hommes et deux styles clairement identifiables ce qui permet une caractérisation de celui de James Bond qui dévoile une personnalité, astucieuse, brute (il traverse superbement le placo!) et volontiers bornée puisqu’il mettra en péril sa mission.
Et il y a ce moment, un des plus intéressants du film, où Bond, en costume sur mesure, se regarde et s’admire dans le miroir avec un air suffisant. Loin du discret côté anglais « je suis tellement supérieur aux autres », l’arrogance du personnage ici nous explose à la gueule. C’est dans ces moments où Daniel Craig excelle le plus. Son élégance, ses manières non pas naturelles mais comme acquises (comme se lever mécaniquement quand une femme quitte la table), et son corps donnent l’image d’un prolo qui s’est fait tout seul, un parvenu, un gagnant à mille lieue de la classe naturelle et britannique de Pierce Brosnan.

Bond

Mais James Bond est-il vraiment un bloc infaillible, un robot sans sentiment? Non, bien sur. La faille la plus évidente intervient dans sa relation avec Vesper Lynd. Il succombe donc à l’amour presque subitement, comme quelqu’un qui renferme tout et se confie d’un coup. Mais les failles sont aussi professionnelles. Revenons à ce décidément révélateur prégénérique et à ces deux assassinats montés parallèlement. Pendant qu’on le voie lutter durement pour tuer un homme de main, le second assassiné interroge Bond sur sa capacité à honorer son permis de tuer : assassiner n’est ni facile, ni « automatique ». Et nous revoyons par la suite Bond se regarder dans le miroir, les miroirs sont très révélateurs dans le film, beaucoup moins suffisant, sonné et presque abattu par la dureté des actes qu’il accomplit et l’image qu’il sait qu’il doit donner : celle de l’assurance, du contrôle.

Avec ce nouveau Bond, la série prend donc une tournure plus sérieuse avec un Daniel Craig qui crève l’écran, superhéros fort et doublé d’un tueur froid et distant. Ce premier degré plus assumé et l’absence d’ironie facile apportent aussi au plus célèbre agent de sa majesté une dimension humaine rare, marquée par la nécessité de cacher ses sentiments, mais qui peut les faire jaillir abruptement (sa déclaration d’amour le montre), pour toujours rester menaçant face à l’ennemi.
Il est indéniable que le choix de Daniel Craig pour ce rôle est formidable, quoiqu’en dise quelques fans, cette « légion de puristes ignares » comme c’est fort bien dit dans Mad Movies. L’acteur s’impose avec la manière et ce choix est totalement assumé (par la prod ) dès le générique où une ombre prend finalement l’apparence de Craig mais également, et surtout, lors de cette fin directe où Bond, mitraillette à la main, écrase un ennemi et se présente à l’aide sa plus célèbre réplique. You know my name, comme le dit la chanson.

Il est grand temps de parler (un peu) du film lui-même, discussion qu’il faut articuler autour de quatre points essentiels dans un James Bond : les girls, les méchants, l’action et l’histoire.

Ce dernier point n’est pas le plus important mais il faut bien reconnaître que le scénario n’est pas à la hauteur de ce nouveau Bond. On revient donc aux sources de la série et même des livres nous dit-on et on succombe donc à la mode des préquelles tout en abordant la série de manière un peu plus grave. Daniel Craig indique même avec enthousiasme : « James Bond apparaît ici comme un personnage plus sombre, ce qui correspond davantage à la manière dont l’a dépeint Ian Fleming à l’origine ». « Sombre », le mot clé est laché, le mot qui doit satisfaire tout le monde, véritable sésame pour nombre de critiques. Une suite se doit toujours d’être « plus sombre » que le film précédent, que ce soit Batman, Spiderman ou Harry Potter. On ne se plaindra pas nécessairement de cette tendance pour James Bond mais elle n’est pas originale et peut rapidement devenir un simple argument commercial sur les affiches publicitaires.

Pour le personnage lui-même, nous l’avons vu, ce n’est pas vraiment le cas. Mais niveau histoire, les scénaristes ont tenté d’aller au delà du « James Bond tue tous les méchants pour sauver le monde libre » et livrent un vague leçon de géopolitique à travers le financement du terrorisme. Si cette idée donne une première partie rythmée, l’histoire finit par traîner un peu les pieds dès la partie de poker et devient qu’irrégulièrement divertissante à partir de la mort du Chiffre qui intervient une demi-heure avant la fin du film. Dès lors, le film rappelle furieusement la fin du Arsène Lupin de Jean Paul Salomé dans sa façon de prolonger inutilement un métrage avec d’une part, des faux mystères et, d’autre part, des faux rebondissements.

Faux mystères à travers l’introduction d’une sorte de menace fantôme. L’approche sur le méchant, Le Chiffre, demeure intéressante. Commençons par dire qu’il ressemble au Numéro 5, Kronsteen, de Bons baisers de Russie (mon préféré) : ressemblance d’abord physique :

le chiffre Kronsteen

La ressemblance est aussi psychologique : les deux étant friands de plans « scientifiques » – ils sont des champions d’échec, Le Chiffre a en plus une passion pour le poker et les probabilités. La ressemblance est aussi scénaristique : une fois leur plan déjoué par Bond, ils sont tués par leurs propres troupes.
Cette piste est bonne et à l’instar du SPECTRE, Casino Royale introduit donc une « organisation ». Mais le film ne laisse cependant pas de mystère planer avec méchant dans l’ombre mais qui échappe à 007 vu que celui qui tire les ficelles est neutralisé à la toute fin (grâce à un sms!). Peut-être existe t’il quelqu’un qui tire encore plus les ficelles mais cela n’est jamais évoqué. En l’état, Casino Royale ne laisse rien en suspens.

Faux rebondissements à travers l’histoire d’amour. S’il y a bien une chose qui a évolué dans les films bondiens, c’est bien la condition de la femme. Il est loin le temps où un père corse promettait sa fille (Diana Rigg, la meilleure) à Bond car elle avait besoin d’un homme qui la mate. Il est loin le temps où deux gitanes se battaient sauvagement pour passer la nuit avec 007.
Fort de la fin du machisme, la série des Brosnan avait plutôt accentué la venue d’actrices fortes ainsi Famka Jaanseen et Sophie Marceau pour les méchantes mais on trouvait aussi des femmes de caractère côté gentil avec bien sur Halle Berry et surtout Michelle Yeoh, ma James Bond girl préféré de la période Brosnan.

Et si le James Bond 2006 plaît toujours, les femmes se retournent pour l’admirer, il n’en abuse pas. Tout juste fricote t’il avec femme maquée pour obtenir des informations, ce qui lui coûtera la vie, et avec la fameuse Vesper Lynd dont Bond va finalement tomber amoureux au point de vouloir tout arrêter (avec un email de démission qui rappelle un des plus magnifiques épisodes de X-Files : Smoking Man).
Point de romantisme dans tout ceci, la déclaration d’amour de Bond se fait dans l’urgence et l’amour physique dans une chambre d’hôpital terne. Point d’amour torride non plus, la faute à Eva Green, décevante et au jeu limité dans le film. Difficile dans ces conditions qu’il ressorte quelque chose d’original surtout que la conclusion d’un tel amour « impossible » est nécessairement prévisible : trahison de Vesper ou mort de Vesper. Ou les deux, bien sur.

Vesper

Enfin, pendant ce temps, Martin Campbell, glorieux faiseur du Masque de Zorro (et de sa suite bien moins bonne) enrobe ce scénario dans des séquences d’action qui n’ont rien de faiblardes. Poursuite explosive dans un chantier puis dans une ambassade, empoisonnement asphyxiant, destruction spectaculaire d’une Aston Martin, démolition d’un immeuble vénitien (incroyable)… toutes ces séquences ont du tonus et une réalisation irréprochable (à comparer à certains effets limites de Meurs un autre jour). Peu aidé par certains aspects de l’histoire, le réalisateur donne malgré tout le la des épisodes à venir comme il l’a fait pour Goldeneye. C’est certain, James Bond is back ou plutôt James Bond begins comme on le lit souvent. Et ça fait plaisir.

007

Par Pascal
3 commentaires16 décembre 2006
Catégories : Cinéma

The Host

Vu le 5/12/2006 à l’UGC George V salle 7 en VO

Après l’inoubliable Memories Of Murder, le réalisateur Joon-ho Bong passe du thriller au film de monstre. Comme dans de nombreux films du genre, The Host commence un peu dans le passé, aux origines de la création de la bête avec un méchant Américain ordonnant à un pauvre Coréen de jeter des bouteilles de formol dans l’évier qui mène directement à la rivière Han.

Et là on peut se demander : « Et la bête elle était comment ?» auquel moi-même ainsi qu’Obélix répondront : « Ah, elle était bonne » (mais pas pour les mêmes raisons). C’est que le monstre dans The Host, a fière allure. Son design est original et minutieux, une bête immonde mais très agile avec sa longue queue, digérant la chair des humains mais vomissant leurs os pendant une séquence flippante… et bien repoussante.
Quant à son intégration dans le film, même si elle n’est pas toujours parfaite (notamment dès qu’il y a du feu), elle est suffisamment crédible pour enthousiasmer lors d’une première attaque sur une berge de la rivière à couper le souffle!

Il n’échappera à personne que Joon-ho Bong a inscrit une toile de fond écolo-politique dans son film mettant en scène des américains à l’origine du monstre et imposant une expérimentation musclée (avec l’agent jaune-orange) épaulé par un gouvernement coréen qui finit par semer la panique chez ses concitoyens par l’intermédiaire d’une maladie que le monstre transmettrait. Le message est caricatural tout comme la plupart des scènes l’illustrant (l’opération du cerveau demeure terrible) et elle n’est visiblement que d’un intérêt moindre aux yeux de l’auteur qui préfère mettre l’accent sur la dimension humaine et dramatique de son récit.

The Host est bien sur un (très bon) film de monstre mais il est aussi une chronique familiale centrée sur la famille Park. Une famille déglinguée mais qui s’est soudée autour de la fillette du frère ainée. L’humour du réalisateur entre alors en scène. Un humour, qu’on retrouve dans plusieurs films coréens sortis récemment, tragico-burlesque souvent noir qui colle à cette petite famille jusqu’à presque déranger quand ils pleurent la mort de la fillette sous l’oeil de la caméra. Joon-ho Bong filme de véritables anti-héros, loin des clichés hollywoodiens, dont la quête et les actions deviennent pathétiques et douloureusement touchantes.
Durant cette croisade, le réalisateur devient pertinent quand il évoque son pays comme sorti de la misère, à travers l’enfance de Kang-du (enfance dont l’évocation fait s’endormir son frère et sa soeur !), mais toujours en proie à des difficultés ainsi la surprenante et délicieusement absurde séquence dans l’immeuble d’une entreprise de télécommunication qui raconte aussi bien le chômage et la vie difficile des cadres coréens que la perte des idéaux.

park family

Devant la rareté, malgré le bonheur à chaque fois renouvelé, des films coréens que je vois, il n’est pas aisé de retenir le nom des acteurs pourtant très talentueux et, pourtant, le quintet formant la famille fonctionne à merveille par exemple lors d’un très beau dîner à l’étrange onirisme. Parmi eux, un trio d’acteurs que le réalisateur aime visiblement faire jouer : Hie-bong Byeon, Hae-il Park et le véritablement excellent Kang-ho Song. De tous les bons coups (JSA, Sympathy for Mr Vengeance, Lady Vengeance, Memories of murder…), ce dernier mérite qu’on l’honore ne serait-ce que pour la dramatique scène sur le quai face au monstre et son père à terre.

Au final, The Host est jonché de moments dérangeants, hilarants, beaux, effrayants… c’est un film de genre réussi mais également un mélange de genres dynamité par l’humour et la sensibilité d’un réalisateur sans concession, enfin, sans concession hollywoodienne, qui confirme son talent et qu’on espère revoir très vite.

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Par Pascal
2 commentaires9 décembre 2006
Catégories : Cinéma

Hors de prix

Vu le 4/12/2006 à l’UGC Normandie Salle 1

Jean le serveur tombe amoureux d’Irène qui ne regarde que les riches mais un malentendu les rapproche le temps de deux nuits et si Irène part dès qu’elle apprend la condition de son amant, Jean s’accroche.
L’histoire partage plusieurs similarités avec le Quatre étoiles de Christian Vincent sorti six mois plus tôt. Dans ces comédies romantiques, on appréciera la manière des auteurs de se servir du luxe comme un cadre joliment clinquant sans caricature façon critique sociale ou, pire encore, façon Hell (oh l’attaque gratuite d’un film dont je n’ai vu que la bande-annonce). Ils filment ces fastes des gens qui ont tout avec humanité soit des hommes et des femmes riches, pas malheureux mais pas dupes. A ce titre, les deux « riches » de Hors de Prix, Marie-Christine Adam et Vernon Dobtcheff sont très bons.

Pierre Salvadori annonce avoir écrit son scénario en pensant précisément au couple Tautou/Elmaleh et c’est palpable à l’écran. Gad Elmaleh affine de plus en plus son rôle de naïf burlesque et amoureux tout en démontrant un pouvoir de séduction indéniable. Il est superbe en costume. Avec ses parapluies en papier sur la tête, Audrey Tautou, tour à tour sexy et touchante, fait des merveilles si bien qu’on se fait même avoir lors d’une fausse scène de séduction avec ses « je voudrais… j’aimerais… » ! Ils forment un très beau couple jusque dans cette belle et inévitable scène de baiser pieds nus.

elmaleh/tautou

Coup sur coup, Pierre Salvadori a réalisé deux très beaux films, tendres et drôles : Cible Emouvante et Les Apprentis. Depuis, sa réputation n’est plus à faire, les budgets sont plus confortables et les castings sont de très hauts niveaux : Daniel Auteil et José Garcia pour Après Vous, son bon précédent film et maintenant Audrey Tautou et Gad Elmaleh. Ses films sont peut-être un peu moins bons, moins spontanés, mais l’envie visiblement demeure et le talent s’affine.
Et Comme souvent (toujours) dans les comédies de l’auteur, le film ne fait pas mourir de rire mais jamais il n’ennuie grâce à de fins dialogues et une mise en scène précise misant élégamment sur quelques quiproquos sans atteindre l’overdose. L’hilarité jaillit lorsque Jean dévoile de manière faussement négligée de Jean sa montre à 30000 euros ou quand il cache sa véritable à Irène quand elle entre dans le restaurant où il travaille. Et le réalisateur nous touche avec de beaux moments de romantisme (l’escapade à la plage) et une belle et assez inattendue interprétation du titre du film. Dès lors, Hors de Prix fait plus que nous amuser. Il nous enchante.

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Par Pascal
1 commentaire7 décembre 2006
Catégories : Cinéma

Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan

Vu le 28/11/2006 à l’UGC Odéon Salle 1 en VO
Il n’y a pas de post générique mais le générique lui-même est très bon.

L’appellation « film culte » est arrivée bien avant la sortie du film. Il faut reconnaitre que les premières images, la plupart tirées du début du film, étaient hilarantes tout comme le personnage Borat lui-même. Et même après ces mois de buzz, de scandales et de procès, le film ne déçoit aucunement.

Ce n’est pas original de brocarder les travers d’une société à partir d’un personnage totalement étranger à ses traditions et mode de vie. Ce n’est pas la première fois qu’on réalise un vrai faux documentaire, il suffit de se rappeler de C’est arrivé près de chez vous, autre film culte. Ce n’est pas novateur de voir un acteur, ici Sacha Baron Cohen, jouer le même rôle à la scène et dans la vie (publique). Le très beau Man on the Moon traite d’ailleurs de ce sujet à travers la vie du comique Andy Kaufman.
Mais il est clair que Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan, apporte une liberté de ton rarement vue dans les politiquement correctes années 2000. Et surtout, il fait rire. Beaucoup. Le rythme est plutôt soutenu tout au long du périple de Borat à travers l’Amérique. L’humour va du plus trash au grand n’importe quoi sans oublier des répliques idiotes ((aux américains)« Nous soutenons votre guerre de terreur » ou « Nous aurions du rentrer à New York, au-moins il n’y a pas de juifs là-bas »).

Accompagné par son producteur (l’acteur Ken Davitian, qu’on aurait tort d’oublier, est vraiment très bon) et d’un ours, Borat passera d’un bord à l’autre, de la communauté gay exubérante aux féministes, des business men impassibles aux évangélistes, d’une prostituée d’Atlanta à Pamela Anderson. Une photo rapide de l’Amérique d’où ressortent des moments de pure comédie, de vrais fausses interviews incroyables et de lancer de billets de banque sur des cafards (!).

Aux USA, on se marre et le film est un succès. Les Américains rient peut-être d’eux-mêmes ou plus vraisemblablement des Américains rient d’autres Américains. Difficile d’imaginer pareil équivalent en France (même si OSS 117 était vraiment bon cette année et assez audacieux) mais peut-être que cela viendra de l’étranger. Après tout, Sacha Baron Cohen est anglais.

borat

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Par Pascal
1 commentaire2 décembre 2006
Catégories : Cinéma

Le Prestige

Vu le 27/11/2006 à l’UGC George V Salle 7 en VO

Every great magic trick consists of three acts. The first act is called « The Pledge »; The magician shows you something ordinary, but of course… it probably isn’t. The second act is called « The Turn »; The magician makes his ordinary some thing do something extraordinary. Now if you’re looking for the secret… you won’t find it, that’s why there’s a third act called, « The Prestige »; this is the part with the twists and turns, where lives hang in the balance, and you see something shocking you’ve never seen before.

C’est ainsi que Cutter (Michaël Caine, toujours parfait) annonce le déroulement d’un tour de magie et nous montre un tour autour d’une cage d’oiseau qui disparaît dont l’explication, qui viendra par la suite, est technique et très terre à terre.
L’époque est décisive. Dans Le Prestige, Christopher Nolan filme superbement un siècle, le 19è, où la magie ainsi que la science et la technique connaissent un formidable essor. Et il nous montre les liens forts entre magie et science où les expérimentations scientifiques échappent parfois à l’entendement et où les magiciens utilisent l’ingénierie pour mettre au point leurs tours. Dans ces domaines alors très en vogues, le culte du secret règne et les rivalités franches où tous les coups sont permis, deviennent nombreuses aussi bien entre scientifiques (Edison et Tesla) qu’entre deux grands magiciens : Rupert Angier et Alfred Borden.

prestige prestige

Ces liens ne sont pas neutres, en nous révélant l’envers du décor, le réalisateur semble constamment sur le fil, entre une réalité triviale et la magie pure lorsqu’il refuse à nous comme à ses personnages de révéler tout de suite les secrets de certains tours. Son récit éclaté par journaux interposés et les multiples rebondissements tiennent de la manipulation. Certes, Christopher Nolan nous manipule et bien plus ouvertement que dans Memento. Mais il fait bien comme dans un (bon) spectacle de magie. Et ce film à rebondissements dispose d’un scénario solide où rien n’est laissé au hasard, où la mécanique est inéluctable et la résolution palpable avant qu’elle n’éclate comme ce fut le cas dans un film comme Sixième Sens.

Au coeur de cette histoire, le sacrifice, parfois littéral, des deux magiciens. Rupert Angier (Hugh Jackman, élégant et dur) transforme sa volonté de se venger de son rival, qu’il pense à l’origine de la mort de sa femme, en une obsession de tous les instants, jalousant tous ses succès. Borden est lui corps et âme soumis à son art, emportant avec lui ses proches. Dans ce rôle, Christian Bale est passionné et schizophrène, peut-être au sommet. Rien que pour lui et son personnage, Le Prestige mérite plusieurs visions.

Fiche IMDB

Par Pascal
4 commentaires2 décembre 2006
Catégories : Cinéma


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